‹ Les églises de ParisChapitre 7 sur 39 · SAINT SL'LI'ICE · texte numérisé non relu

SAINT SL'LI'ICE

vieilles boiseries qui la couvrent, celle chaire sombre et simple familièrement assise tout auprès des (idèles, comme le fauteuil d'un père qui parle à ses enfans assemblés, tout nous plaît dans celte chapelle, perle modeste, à cùlé du clin(iuant (pii l'enlourc; et qui s'embellit encore par le contraste et par les souvenirs qu'elle évoque. Sans doute, Jaccjues II, le roi exilé, s'agenouilla devant cet autel lorsqu'il vint un jour (1697) à Saint-Sulpice entendre la passion de son divin mailre, roi exilé comme lui; et il y a quelques jours encore, devant nous une femme prosternée, étrangère, exilée auisi, appelait peut-être la protection du ciel sur sa royale enfant et sur son royaume déchiré.

Un pas encore, un mot seulement, et nous aurons tout vu. Et aussi bien, que resle-t-il dans cette église souterraine où nous voulons descendre? Des débris de l'ancienne église et les traces de son ancien sol, quehjues pieds au-dessous du sol d'aujouid'hui; le chœur presque entier et quelques colonnes dispercées çà et là qui soutiennent encore le nouvel édifice, ruines mélancoliques et dont je préfère les vestiges délabrés aux froides grandeurs du monument (|ui les surmonti'; puis autour un terrain fouillé en tous sens, qui semble un amas de décombres. Autrefois, celte terre renfermait des tombeaux, et, aux pieds de leur église morte, reposaient les morts qui l'avaient aimée; on lésa chassés aujourd'hui.

Revenons à l'histoire de Saint-Sulpice; M. Languet de Gergy eut pour successeur (17-48) M. Dulau Dallemans, après lequel vint M. Joseph Say de ïerssac qui, en 1788, résigna la cure entre les mains de Al. de Panceniont. Une tempête furieuse s'amoncelait sur l'église de France, personne ne lui résista avec plus de fermeté que ce prêtre courageux. Son administration marque aussi une grande époque dans l'histoire de la paroisse; M. de Panceniont, après M. Olier, c'est le héros après l'apùlre, il liésila d'abord à prendre un tel fardeau, mais,. quand il l'eut accepté, il le porta avec courage.

La révolution éclata avec toutes ses colères contre les nobles et contre les prêtres, c'est alors que Saint-Sulpice devint le théâtre des plus ridicules ou des plus monstrueux excès; il semblait (pie toute raison se fût éteinte, et que les notions du (iliis simple bon sens eussent abaruionné ces iiilelligences aveuglt'ies par leurs erreurs.

La position de M. de Pancemonl devenait de plus en plus ditticile; s'il répandait dans le peuple de larges aumônes, il voulait le gagner; s'il les diminuait, les ressources lui man(iuant, il voulait exciter les regrets.

Il était important de gagner les curés de Paris, tous infUiens dans le clergé de France, et surtout le curé de Saint-Sulpice, le plus influent de tous. On n'épargna rien poury arriver. S'il faut on croire l'autorité t|ue nous suivons, les meneurs avaient médité une sorte de protestantisme français, moins chargé encore que l'autre de cérémonies et de dogmes; et ils avaient choisi M. dePancemont pour le chef de leur réforme. « Luther a fait sa réforme en trois mois, » lui disait l'envoyé mystérieux de ce concile nouveau, « et vousnemantpiurez ni d'hommes, ni d honneurs, ni d'argent; «est-il nécessaire dédire qu'il refusa?

M. de Pancemont essaya en vain de sauver l'abbaye de SaiiU- Germain-des-Prés; il prêta serment à la constitution quand ce serment n'engagea pas la foi, mais il refusa le serment religieux.

Enfin, lejour fatal arrive où le serment doit être prêté, l'église se remplit de fidèles et de factieux \ les harangueurs se lèvent et excitent le peuple. Le curé parait, le maréchal de Mouchy et le clergé l'accompagnent : il monte en chaire; les lévites, pour le défendre, se placent sur les degrés. Il parle des pauvres et des moyens de les secourir : il a fini, il se relire et il n'a pas dit un mot du serment ; l'église alors retentit des cris : le serment! à la lanterne! M. de Pancemont, toujours calme, regagne la chaire, et, au milieu du silence, il en laisse tomber ces pieuses et solennelles paroles: « Ma conscience me le défend. » Elles furent le signal du combat. On se précipite sur le pasteur, les prêtres et les fidèles (|ui l'entourent le défendent en vain; on le préserve pourtant et on le conduit dans la sacristie. L:'i, l'émotion prend le dessus, il s'évanouit, et revenu bientôt à lui dans ce moment suprême où la conscience en (ace des dangers acquiert une énergie nouvelle, il se rend avec un saint orgueil ce sublime témoignage:» Voilà le pins proche parent que j'aie ici, s'écrie-l-il en montrant M. de Colanges, et demandez-lui si toute la vie je ne me suis pas occupé de faire le bien... Voilà le prix que j'en retire. «Quelle distance de ce cri, retour mélancolique sur la vie et l'humilité résignée de M. Olier qui, dans une même circonstance, abreuvé de dégoûts, en appelle de plus grands encore?

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Cl pourtanl (jni n'admirerait l'an et l'autre, et qni dira lequel est le i)lus humble de l'orgueil du premier ou de l'iiumililé du second?

Le curé est interdit, il continue ses fonctions. Le 4 février 1791 intervient un décret nouveau, qui divisait Paris en trenle-lrois paroisses. Sainl-Sulpice en formait trois : l'une conservait pour siège celte église; les deux autres se réunissaient à Sainl-Germain-des-Prés et à Sainl-Tliomas-d'Aquin. Deux jours après, le père Poiré, prêtre assermenté supérieur de la maison de l'Oratoire-Saint-Honoré, est élu curé de Sainl-Sulpice. M. de Pancemonl comprend bien qu'il n'est pas possible de résister à cet intrus; il quille le presbytère, et abandonne l'église qu'il ne peut plus garder; il loue publiquement à la municipalité elle-même l'église des Théatins, et il l'ouvre (11 avril) au culte catliolique. Rome nest plus dans Rome. Les fidèles s'y rendent en foule, les révolulionnairesy viennent aussi, ils s'attroupent, ils insultent les prêtres et les femmes.

On va plus loin, on médite la mort de celui qu'on ne pouvait vaincre, s'il faut en croire un récit du temps. M. de Pancemonl est obligé de fuir. 11 se réfugie à Bruxelles.

L'absence de M. de Pancemonl dura six mois; il revint ensuite à Paris, mais il évita de paraître en public, et se voua tout entier au secours des pauvres et aux œuvres de charité, sous la protection des autorités du département, qui toujours, les contemporains lui rendentcel hommage, restèrent fidèles aux principes de liberté qu'elles avaient proclamés. Enfin, lorsque la paix revint pour la religion, M. de Pancemonl, qui avait si bien mérité d'elle, lut nommé àrévêché de Vannes, et quitta pour jamais une paroisse qu'il avait honorée par son courage et par ses vertus.

Le père Pore était mort; un prêtre, nommé Mahieu, lui avait succédé. Un instant l'église de Saint-Sulpice fut transformée en templede la victoire; mais enfin, à la renaissance du culte, M. de Pierre fui nommé à cette cure (1802).

M. de Pierre, ancien prêtre de la communauté de Saint- Sulpice, avait traversé la révolution au milieu des dangers, mais toujours à son poste. Il n'avait pas quille Paris, et il n'avait pas voulu un iuslaiil ralentir sou zèle dans la distribution des secours S|)iriluels aux paroissiens dispersés. Il fit, pendant son udmiiiislralion , de conslans cffoils pour réparer les maux

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dont il avait élé lémoin, et sa fortune privée fui consacrée ;"i (les bonnes œuvres ou à (Jes rcparalioiis que les fureurs révolutionnaires avaient rendues nécessaires dans son église; ils' occupait de rétablir celte pieuse communauté de préires qui, pendant un siècle et demi, avail jeté tant d'édification sur la paroisse, lorsque la mort vint le surprendre le 22 janvier 1830.

Après six mois de vacances , pendant lesquels M. Potel, vicaire de Saint-Sulpice , administra celle église, M. Colin fut nommé curé, et c'est lui qui dirige aujourd'hui le troupeau de M. Olier, de M. Languet et de M. de Pancemont , la position de ce pasteur et le malheur des temps lui indiquaient suffisamment sa tâche, et, placé prés d'un foyer de lumières religieuses, il semble surtout avoir porté son attention sur l'instruction chrétienne que réclament sesadministrés. Saint-Snipice est sur ce points et il n'y a rien là qui doive étonner la paroisse la plus remarquable de Paris. Les prêtres du séminaire, toujours si dévoués, et dont le zèle n'a jamais failli quand il s'est af^i de bienfaits à répandre, dirigent encore, comme au temps de M. Olier , desinslructions nombreuses sur la foi , appropriées aux différens âges et à l'inlciligence dos auditeurs. Ici le zèle de l'apôtre suit encore le jeune homme après sa première communion ; il le dirige et lui fail pénétrer plus avant ces mystères insondables de la grandeur divine; il fortifie sa foi , et, par conséquent, l'aide à marcher dans la voie du bien ; et ces instructions dignes, graves, hautes quelquefois, ces catéchismes de persévérance rendent des services dont on s'aperçoit de plus en plus. La paroisse de Saint-Sulpice, plus d'une fois morcelée depuis les vieux jours, et qui voit autour d'elle bien des filles rassemblées sur son vieux patrimoine, a perdu beaucoup de l'importance (jue nous lui avons vue ; ce n'est plus la première paroisse du monde, c'est, comme on dit aujourd'hui dans notre langage administratif, une paroisse de preniicrc classe, et voilà tout. Mais elleest encore éminentc par sa |)iété et par la pureté de ses mœurs, et les saints prêtres dont nous avons cherché à reproduire quel(|ues traits n'ont pas jeté en vain sur cette terre fertile la pieuse semence de leurs bonnes œuvres et de leur parole.

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