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8G l.tS EGLISES I»t l'AlUS.

l)le et du confortable, qu'on a (ini par réduire les prali<|ues religieuses au niveau des simples altaires de goùl, de uiode et de couimodilé; qu'on a eu des lénèbres de Longcliainps. des messes inus<|uées, et enfin des églises désertes. Dèsi|ue réglis(î n'a plus été qu'un bàlimeiit jelé sur la voie publique comme une salle de spectacle, comme un bazar, comme un café, ou s'est dit naturellement : « J'y entrerai eu passant » , comme on se dit: « J'entierai en passant au Musée*. »

En pesant ces judicieuses considérations, on demeure convaincu que l'église de Saint-Merry est convenablement placée pour répondre au\ nombreux besoins de l'une des paroisses les plus populeuses de la capitale. Si son entrée semble trop simple au premier aspect, cette simplicité n'en fait que mieux ressortir la religieuse majesté de l'intérieur, (|ui otfre un vaste vaisseau gothique, dont toutes les parties admirablemenl distribuées, |»résentent un ensemble d'une magnifique régularité. Eu pénétrant sous ces voûtes silencieuses, image des anciennes forêts des Gaules, on éprouve une sorte de frissonnement et un sentiment vague de la Divinité. Ces piliers dépourvus de cliapilaux, ces arcs ou nervures qui forliiient les voûtes et s'en détachent comme les branches d'un arbre ou comme les épis d'une gerbede blé, toutes ces constructions légères sont d'une heureuse hardiesse qui contraste avec la timide et lourde symétrie de rarchileclure du paganisme.

L'intérieur de l'église de Saiul-Merry se compose, comme la plupart des églises gothi(pies, d'une nef étroite, de bas-cùlés et de chapelles ipii l'entourent couiiue d'une ceinture. Ce temple fut, dans le siècle dernier, l'objet île grandes réparations et de beaucoup d'embellissemens, plus reuiarquabies sous le rapport de la richesse (|ue sous celui du bon goût. La châsse de Saint- Merry, soutenue par deux anges, était d'argent massif el ornée de pierres précieuses ; elle contenait la plus grande partie des reli(|ucs de notre saint. Le chœur avait été décoré sur les dessins des frères Slodtz, habiles artistes comme statuaires el dessinateurs, (|ui ont laissé enlr'autres admirables ouvrages, les basreliels en pierre (|ui ornent le portiipie du rez-de-chaussée du portail de l'église de Saint-Sulpice. Par leurs soins, les arcades

* J-ol Lijttses fjtitliitjitSj p. lu.'S,

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(lu chœur de Sainl-Morry avaient été revêtues d'un stuc imilniit le marbre, et celles du sanctuaire étaient cnricliies de basrcliefs représentant des vases sacrés. Le graml autel, fait en forme de tombeau anli(|ne et lout-à-fait isolé, était orné, sur ses faces et dans ses encognures, de consoles de bronze doré, et deux anges, placés au bas du chœur, soutenaient les pupitres de l'Evangile et de l'Epiire.

l'endant la tourmente révolutionnaire, époque desauvage vandalisme, où l'on croyait détruire la religion en détruisant les églises, le monument gothique dédié à Saini-Merry fut moins malheureux que tant d'aulres temples catholiques. A part les spoliations et les mutilations qu'il eut à subir, on peut dire qu'il fut épargné comparalivemenl, car il resta debout avec la plus notable partie de ses décorations. Le chœur conserva presque tous les orneinens dont nous venons de parler, les vitraux même n'avaient été (|ue très-peu endommagés. On y voit encore dans plusieurs chapelles quel(|ues-unes des belles vitres peintes lic Pinaigrier, célèbre peintre sur verre du wi»" siècle. On doit wvement regretter de n'y jilus retrouver une Suzanne, qui passait pour le chef-d'œuvre de Parroy, autre habile peintre sur verre. Ce morceau avait été recueilli, pendant la révolution, au ^lusée des monumens français.

Les chapelles des Croisés sont ornées de colonnes corinthiennes supportant des frontons triangulaires, ornement qui, soit dit en passant, forme une cho(iuaule dis[)arale dans un édifice golhi(|ue. La chapelle dite de la Communion, éclairée par trois lanternes, avait été reconstruite en 1754. On voit encore quelques-uns des beaux tableaux (|ui décoraient les murs de Saiut- Merry, et parmi lesquels on citait les ouvrag(>s de Charles Coypel. Belle, Ulin, Carie Vanloo, Restoul, Youet. On admirait, dans la seconde chapelle, à gauche, près du chœur, un tableau en mosaïque fort estimé, représentant la Vierge et l'enfant Jésus entre deux anges; il éla't de David Florentin, et avait été apporté d'Italie en 1496, par Jean de Ganay, chancelier de France, qui avait acconqiagné le roi Charles Mil dans son aventureuse expédition au-delà des monts.

Il y avait aussi à Saint-Merry de belles tapisseries représentant l'histoire de N. S. Jésus-Christ; elles a\aicnl été exécutées sur li's dessins de Louis Lcrand)crl, sciilpliur de l'AcafJémie.

88 lES ÉGLISES DE TARIS.

Oulre le corps de Saiiil-Merry, celle église possédait un grand nombre d'autres reliques, dont on trouve le détail historique dans l'ouvrage de l'abbé Lebeuf, (jue nous avons déjà cité *.

Quelques personnages célèbres avaient été inhumés dans l'église de Sainl-Merry, ainsi que le témoignaient des inscriptions lumulaires qu'on pouvait y lire encore avant 1789. C'était une précieuse institution que celle des sépultures dans les églises. « L'homme d'état ne doit pas regretter moins vivement que l'homme religieux, a dit un écrivain moderne, la disparition de ces monumens funèbres si pleins de souvenirs eld'enseignemens, la destruction presque universelle deces pavés lumulaircs formés par la piété, et que Ion ne foulait (|u'avec un pieux frémissement. Ces enseignes de la mort rappelaient aux fidèles que le christianisme, qui s'est élancé d'un sépulcre à la conquête du monde, a confié son culte naissant et ses premières initiations au culte des tombeaux. 11 n'était pas une de ces effigies qui ne semblât crier d'une voix terrifiante : Homme, souviens-loi que tu n'es que poussière! — Le peuple, qui voyait sous ses pieds l'image de ceux qui , de leur vivant, marchaient sur sa lèle, comprenait mieux qu'un jour vient où le puissant et le pauvre , également couchés dans la poussière, ne se distinguent plus ([ue par leurs œuvres. Il apprenait à supporter ses maux, à dépouiller ses haines dans cette confiance, et la richesse même des mausolées ([ui se dressaient aussi à ses côtés, ne servait (ju'à lui rendre la leçon plus frappante. L'accumulation des écus blasonnés et des épilaphes ne faisait ressortir qu'avec plus d'éclat la vanité des grandeurs humaines et l'inexorable impartialité de la tombe insatiable. — Qui peut dire aussi combien d'impressions salutaires ces oppresseurs de l'humanité, ces fléaux que le ciel envoie aux hommes dans sa colère , n'ont pas rapporté eux-mêmes deces funèbres contemplations? On parle des vices dont ils se sont souillés, on énumère les crimes qu'ils ont commis; mais qui fera le conifile de ceux devant lesquels a reculé leur conscience effrayée, cédant à ces utiles et salutaires admonitions! Dieu seul le sait. »

Parmi les anciennes sépultures de Saint-Merry, on distinguait celle de Simon Marion, jurisconsulte d'une grande réputation,

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