SAINT MERRY
mon en 1699; celle d'Arnaud, marquis de Pomponne, minisire d'élai, mort la même année; enfin, celle du fameux Chapelain , de l'Académie française, de son temps l'oracle de la littérature, rimeur plat, sec, lourd et dur, mais à qui l'on doit pardonner ses mauvais vers, dont le ridicule a été d'ailleurs bien surpassé depuis, en considération de l'immense service qu'il rendit aux muses françaises; il eut assez de goût pour deviner le génie naissant de Racine, et assez de probité littéraire pour encourager ses premiers essais. C'était un bien généreux sacrifice de la part d'un auteur qui se croyait poète, et qui était d'une avarice lolle qu'il se refusait le nécessaire.
Dans le cloître Saint-AIerry, derrière le chevet de l'église, on voit la maison qui fut longtemps le siège do la juridiction consulaire, appelée actuellement Tribunalde Commerce. Lesjugesconstils avaient été institués à Paris par un édit royal de novembre 1563, avec mission de connaître et décider sommairement toutes contestations entre marchands et autres pour le fait de la marchandise, cl les juger sans appel, pourvu toutefois que la demande n'excédât pas 500 livres. L'édil du roi Charles IX, portant établissement decette nouvelle juridiction, dont on ne pouvait encore apprécier toute l'utilité, ne fut enregistré par le parlement qu'au mois de janvier 1565, et ce fut dès ce moment que les juges-consulaires entrèrent en fonctions. Durant plusieurs années leurs séances se tinrent dans l'auditoire de Saint-Magloire; mais l'acquisition qu'ils firent, le IG novembre 1590, de la maison du président Baillet, située dans le cloître Saint-Merry,leur permit d'y établir leur tribunal , et ils vinrent s'y installer peu de temps après. Ce tribunal avait à peu près la même organisalion qu'aujourd'hui; il était composé d'un juge et de (|ualre consuls, et tenait ses séances trois fois par semaine. Les consuls portaient le titre de sire , qualification donnée autrefois indistinctement à tous les seigneurs français d'un haut lignage; mais depuis le xvi'" siècle, elle n'a plus été employée (|ue pour les rois el les consuls en charge.
Diverses peintures décoraient la maison consulaire. Il y avait dans la salle d'audience un tableau représentant le jugement de Salomon. On y voyait aussi le roi Charles IX remettant aux juges-consuls l'édil de leur création , par le peintre Porbus ; le portrait en pied do Louis XV, et un tableau de F^agrenée le jeune,
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représentant le buste de Louis XVI soutenu par la Justice. Cette dernière toile ornait la salle du conseil *.
Une autre institution s'est maintenue dans le cloître de Saint- Merry. C'est l'hospice qui y fut fondé le 15 décembre 1783, en faveur des pauvres de la paroisse. Les sœurs grises y prodiguèrent longtemps leurs soins aux malades sous l'adminisiration du curé et des membres du bureau de la charité. Aujourd'hui cet hospice est placé sous la surveillance du comité de bienfaisance. Derrière l'hospice étaient les écoles de charité , où les enfans des familles indigentes venaient chercher les premiers élémcns de l'éducation chrétienne.
On ne peut s'occuper del'égl'se deSaint-Merry etdeschosesqui s'y rattachent, sans dire quelques mots d'un monument religieux qui a disparu pour faire place à une maison parliculièrc. Nous voulons parler de l'église ou chapelle de Saint-Julien-des- Ménétriers , dont le nom rappelle une tradition touchante.
Au commencement du xiv siècle, deux ménétriers ou joueurs d'instrumens de musique, touchés de compassion à la vue d'une femme paralytique, que son extrême misère condamnait à rester nuit et jour exposée aux injures du temps, conçurent le charitable projet de fonder, dans le lieu môme où languissait cette infortunée, un petit hôpital (|ui pût servir d'asile aux pauvres errans.
L'abbesse de Montmartre était propriétaire de ce terrain, situé dans la rue Saint-Martin, un peu au-dessus de Saint-Merry ; elle consentit à le céder aux deux ménétriers, moyennant cent sous de rente el huit livres payables en six ans. On voit dans l'acte de cession^ daté de l'année 1330^ que ces deux hommes se nommaient Jacques Grare et Huet ou 11 ugues-!c- Lorrain. La construction de l'hôpital suivit do près, el l'année suivante, la confrérie des ménétriers s'unissant aux pieuses institutions des deux fondateurs, obtint l'autorisation de faire bàlir une chapelle, sous la condition de la doter de seize livres. Dès ce moment l'hôpital fut connu sous le nom de Saint-Julien et Saint- Gènes, et la chapelle, dédiée sous ceux de Saint-Georges, Saint- Julien et Saint-Gènes. Cet établissement ne tarda pas à être
■ Le Tribunal ilc (^ommprcc no sirgc plus dans le clollre Sainl-Merr; , il Cul liiinsftr*^ au |ia- .lis (le II Itoursp vers ll:xs.
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approuvé par le pape, le roi, i'évèque de Paris, et la chapelle lut érigée en bénélice à la nomination des ménétriers. Mais cette sorte de privilège l'ut aboli en novembre 1644. Jean-François de Gond^', premier archevêque de Paris, trouvant sans doute de graves inconvénients à laisser ce bénéfice à la discrétion de la confrérie, jugea convenable de confier aux pères de la Doctrine chrétienne le soin de desservir ceUe chapelle, et la réunit définitivement à leur congrégation, en 1649. La confrérie des Ménétriers réclama vivement contre cette disposition ; mais, après de longues contestations, un arrêt fut rendu en 1658, cpii confirma les pères de la Doctrine chrétienne dans la possession de la chapelle deSainl-Julien-des-Ménétriers, ne laissant à la confrérie que le droit de nommer un chapelain et quelques autres prérogatives dont les fondateurs avaient ordinairement la jouissance. Au reste, l'architecture de cette petite église n'offrait rien de remarquable, non plus que son ornementalion intérieure. Seulement parmi les figures de ronde-bosse qui décoraient le portail, les regards distinguaient tout d'abord celle d'un jongleur ou ménétrier, qui, tenant de la main droite un archet, de la gauche un instrument de musi(|uede ce temps là, nommé vielle ou rebec, semblait exécuter avec une sorte de fougue quelqu'un de ces airs (pie le petit peuple écoulait avec le plus de plaisir. Celte ligure rappelait, d'une manière naïve, l'origine de léglise de Sainl-Julien-des-Ménétriers.
Un peuau-Jelà de la collégiale de Saint-Merry était située une porte de la première enceinte ;, que Ton croit avoir été bâtie .sous les derniers rois de la seconde race, à lépoque où tout le terrain que comprend le quartier Saint-Mariin était en bourgs et en cultures; il subsistait encore quelques vestiges de celte porte au quinzième siècle, sous le nom de \ Archet-Saint-Merry. La rue de la Verrerie portait primitivement le nom de rueSaint- Werry dans sa partie occidenlale. On ignore à quelle épo(pie précise, elle a quitté ce dernier nom pour prendre, dans toute sa longueur, celui de la Verrerie que portail l'autre partie; mais il est certain (|u'eile était ainsi désignée dès 1380. (Juant à la rue Neuve-Saint-Merry , elle était déjà bâtie au commencement du treizième siècle el peu après l'creclion de la nouvelle enceinte ordonnée par Philippe-Auguste. Elle reçut te surnom de Neuve, nou-scnicment parce (pi'elle était formée de constructions non-
velles, mais encore pour la distinguer de la rue de la Verrerie. Elle est indiquée sons son nom actuel dans un contrat fait entre Philippe-le-Hardi et le chapitre de Saint-Merry, en 1273. Enfin, du côté de la rue Saint-Martin, à l'entrée du cloître, qui était fermé à toutes ses issues, il y avait une porte et une barrière qui avaient été nommées la Barre-Sa'mt-Merry . M. de Saint-Victor conjecture que ce nom pouvait venir de la juridiction temporelle que les chanoines de Saint-Merry faisaient exercer dans celte enceinte; car leur auditoire et les prisons du chapitre y étaient situées, et c'était là qu'on tenait encore, dans les derniers temps, les assemblées capitulaires.
Dans le voisinage de léglise de Saint-Merry s'élevaient plusieurs autres églises paroissiales qui n'existent plus. De ce nombre était Saint-Jacques-Ia-Boucherie, qui jouissait du droit d'asile, et dont le petit portail, du côté de la rue de Marivault, avait été bâti en 1399, aux frais du célèbre Nicolas Flamel.
On peut citer encore, comme très-voisine de Saint-Merry, la petite église paroissiale de Saint-Josse , puisqu'elle s'éievail au coin des rues Aubry-le-Boucher et Quincampoix. Ce n'était d'abord qu'une simple chapelle dont la destination fut changée à l'occasion des nouveaux murs élevés par Philippe-Auguste. Cette chapelle venait d'être renfermée dans la ville, et les paroissiens de l'église Saint-Laurent, dont le territoire s'étendait jusque-là, réclamaient avec instance l'érection de la chapelle Saint-Josse en succursale ou en paroisse, alléguant l'éloignement de Saint- Laurent, et la difficulté d'administrer la nuit, et à une telle distance, les sacremens aux malades et aux mourans. L'évèque de Paris, touché de ces raisons , nomma des arbitres pour régler cette affaire. Il fut convenu que, du consentement du prieur de Saint-Marlin-des-Champs, qui nommait à la cure de Saint-Laurent et du curé de cette dernière église, la chapelle Sainl-Jossc serait déclarée paroissiale, moyennant certaines redevances envers les parties intéressées, et (pi'elle aurait pour paroissiens tous ceux (pii, dans la nouvelle enceinte, étaient auparavant de la paroisse Saint-Laurent. Celte église, qui avait été reconstruite en 1079, tomba sous le marteau révolutionnaire, et lit place à des maisons d'habitation.
Il faut en dire autant de l'église et du monastère de Saint- Magloire, (jui étaient situés dans la rue Saiiil-Denis; de l'église cl
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du chapitre du Saint-Sépulcre, qui ont été remplacés en partie par le bâtiment connu sous le nom de Cour-Batave; de l'hôpital de Sainte-Catherine, qui devint le magasin d'un marchand d'étoffes, dont l'enseigne était l'image de la sainte; de l'ancienne église royale et collégiale de Sainte-Opportune, dont la tour était curieuse parles ornemensdont elle était couverte, tels que fleurs-de-lys, festons, cornes d'abondance, trophées, etc.
Tous ces édifices consacrés au culte catholique, et se trouvant si rapprochés les uns des autres, étaient d'éloquens témoignages de la piété des siècles qui les avaient vus s'élever. Ils semblaient tous se grouper autour del'égiisedeSaint-Merry^ciuoiqu'ils n'en dépendissent point. Nous avons donc cru pouvoir, en passant, saluer de quelques regrets, non les ruines et les vestiges de ces temples^, car le vent des révolutions a tout balayé, mais du moins la place où ils furent si longtemps l'objet de la vénération des fidèles.
Revenons maintenant à l'église de Saint-Merry pour mentionner quelques souvenirs historiques, anciens ou récents, qui doivent nécessaireu)ent trouver place dans celte rapide esquisse.
Notons d'abord que l'illustre abbé Suger, cet habile et sage ministre, qui mérita et obtint le surnom i\e père de la patrie, fut, pendant quelque temps, l'un des paroissiens de Saint-Merry. En 1140, il habitait non loin de cette église. La tradition ne nous a conservé aucun indice sur l'emplacement qu'occupait sa maison. Mais si l'on en juge par l'économie qu'il montra dans l'administration de la fortune de l'élat, il est probable (|ue ce n'était pas un palais.
Le 10 décembre 1592, un service funèbre fut célébré dans l'église de Saint-Merry pour le repos de l'àme d'Alexandre Farnèse, duc de Parme, habile général de Philippe II, roi d'Espagne, qui, après avoir forcé Henri IV de lever le siège de Rouen, venait de mourir à Arras d'une blessure au bras. On déploya une grande pompe pour les funérailles de ce héros de la Ligue, <|ui avait tout récemment défendu Paris contre les atta(|ties ilu roi légitime de France. Cette cérémonie avait attiré une grande alfluence. On y voyait tous les chefs des ligueurs, les officiers espagnols de la garnison et le cardinal Cajelan, que le pape Sixte-
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Quint, après la mort de Henri III , avait envoyé en France en (|ualité de légat à latere, pour contribuer de toute son influence à l'éleclion d'un souverain catholique.
L'année suivante, Claude Morenne ou Moraine, curé de Saint- Merry, montra un zèle vraiment courageux pour la cause de Henri IV, que repoussait tout Paris séduit par les menées de la Ligue. Nous lisons dans le Registre-Journal de Pierre de Lestoile ( année 1593 ) : « Le dimanche 27 de ce mois (juin ), le curé de Saint-Germain de l'Auxerrois osla sa chaire à Moraines, curé de Saint-Merry, disant qu'il preschoit en politique, pour ce qu'il parloitpour la paix, et avoildil cpTil faloit recevoir l'hérétique se convertissant, prescha, ce jour^ séditieusement comme de coustume, contre la paix et contre le Roy; dit qu'il avoit pris expressément la chaire pour prescher, et l'avoit ostée à Moraines à cause de l'évangile du jour, qui esloit de la brebis perdue : sachant que c'estoit une évangile de polili(|ue, et que l'autre n'eut failli à l'allégoriser politiquement. »
Dans le mois de juillet suivant, le curé de Saint-Merry fui appelé par Henri IV à Saint-Denis, avec plusieurs autres docteurs, pour travailler à sa conversion. Claude Morenne s'y rendit, le 15, avec René Benoisl, curé de Saint-Eustache. Plusieurs autres docteurs s'y trouvaient déjà réunis, entre autre Ayniarl de Chavaignac, curé de Saint-Sulpice. On sait quel fut l'heureux résultat de leurs conférences avec le roi.
Ecoutons encore le récit de Pierre de Lestoile : « Le mercredi 21 juillet, le sieur Benoist, curé de Saint-Eustache,et six ou sept autrescuréz docteurs, ses confrères, appelé/ par le roy pour assister à sa conversion, ont été demandera M. de .Mayenne la permission d'aller à Saint-Denys , et lui ont fait voir les lettres qu'ils ont reçues de sa Majesté. Le dit duc les a renvoyés à M. le légat, qui, après plusieurs remontrances, les a menacés de censures ecclésiasti(|ues s'ils alloient à Saint-Denys. Sur quoi, le sieur curé de Saint-Euslache portant la parole^ tant pour lui que pour ses compagnons, lui a dit qu'il ne lui pouvoit défendre et encore moins l'excommunier pour se trouver à une cérémonie si désirée de tous les gens de biews, voire ordonner et commander par les décrets et saints canons à ceux de sa profission, de se trouver en semblables évènemens, pour savoir cl discerner par les signes, indices et autres remanjues, si la
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conversion serait feinte, simuléeou digned'êlreapproiivéeil'eiix; et a dit de plus à M. le légat, que son état et oflice l'obligeaieni lui-même d'y devoir être.
» Après quoi, le dit curé, nonobstant ces déCenses, est aile avec ses compagnons à Saint- Denis ; et en chemin et en pleine rue ont dit ipriis allaient assister à la conversion du roi. »
Quatre jours après (ie'25 juillet), (|uoi(|uele duc de Mayenne eût fiiit publierde rigoureuses défenses d'aller à Saint-Denis et de sortir de Paris sans sa permission, le curé de Sainl-Merry , ainsi queceuxde Sainl-Eustache, elde Saint-Sulpiceétaient présens à l'idjjuralion publique de Henri IV, qui eut lieu dans l'église de Saint- Denis, entre les mains de l'archevêque de Bourges, assisté d'un grand nombre de prélats, d'abbés et de religieux de divers ordres.
Ainsi le curé Claude Morenne eut le périlleux honneur de contribuer à ce grand changement qui devait mettre un terme aux horreurs de la guerre civile, en replaçant sur le trône le souverain légitime.
De nos jours, le cloître Saint-Merry a acquis une triste célébrité. On se souvient de cette formidable insurrection des 5 et 6 juin 1832. Les révoltés s'étaient concentrés dans la rue Saint-Martin, et, placés derrière une barricade qu'on ne put démolir qu'avec de l'artillerie, opposaient une résistance opiniâtre et désespérée. Ce ne fut que le second jour qu'on put voir la (in de cette sanglante et déplorable collision. Puissent les lumières de la religion nous procurer enfin une civilisation morale qui ne compte plus de pareils trophées! C'est contre l'étranger qu'il faut se battre, comme le vaillant Odon le Faulconnier, le généreux fondateur de Sainl-Merry.
Notre église avait eu beaucoup à souffrir du canon et de la fusillade, dans ces journées sinistres. Mais, grâce à d'imporlanles réparations qui ont été faites depuis , il ne reste (|ue fort peu de traces de ces dégradations.
Quoique Saint-Merry ait été dépouillée de sa collégiale, cette paroisse n'en est pas moins une des plus importantes de Paris. Au centre du (juartier le plus populeux , s'élendanl sur un territoire (|ui endjrasse plusieurs parties fort éloignées les unes des autres, ne comptant que des artisans pauvres et peu éclairés dans le plus grand nombre de ses habitons, elle a une pénible et
grande làclie à suivre, au spirituel comme an temporel, et jusqu'ici le ciel lui a fait la grâce de la remplir avec autant do succès que de zèle. Aux grandes solennités de la religion, l'église de Saint-Merry est toujours une de celles où les fidèles affluent avec le plus d'empressement. Les prédicateurs les plus renommés aiment à y venir annoncer la parole de Dieu à nn nombreux auditoire; et dernièrement encore, un prélat illustre, dont on admire l'éloquence aussi bien que la charité, administrait dans cette basilique les sacremens d'Eucharistie et do Confirmation à de jeunes ouvriers , qui paraissaient ravis (}e leur bonheur. Le pieux évèque voulait encourager par sa présence ci par ses paroles apostoliques une nouvelle œuvre qui vient do s'établir à Saint-Merry, et qui a pour objet d'instruire et de disposer à la première communion ces jeunesenfans, qu'on emploie dans les ateliers dès l'âge le plus tendre, et qui n'y trouvent le plus souvent que des principes d'irréligion et des exemples d'inconduile.