SIECLE
leurs verrières coloriées. Quelques travaux intérieurs furent ordonnés par Napoléon I" avant le sacre. On éleva un maître-autel; le sanctuaire fut clos de grilles en fer avec socle en marbre. Des ambons, également en marbre, remplacèrent les débris du jubé construit par le cardinal de Noailles, à la place qu'occupait l'ancien jubé du XTIP siècle.
Notre-Dame de Paris renfermait des monuments dont la destruction, fort regrettable, ne peut être imputée tout entière aux dernières années du XYIII'' siècle. Parmi les monuments enlevés en 1792, l'un des plus intéressants était la statue équestre de Philippe de Yalois. Ce prince, après la victoire de Gassel, revenant à Paris, était entré à cheval, entouré de ses barons, dans l'église Notre-Dame, dédiant ainsi son harnois royal à la Vierge. En mémoire de ce fait, une statue équestre avait été érigée sur deux colonnes, contre le dernier pilier sud de la nef. Cette image était revêtue des armes mêmes
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du prince, chanfreins, lioqiieton, liauberl, etc. On voyait encore ce précieux monument en 1792, et il n'est pas besoin de faire ressortir rintérêt qu'il aurait pour nous aujourd'hui (Ij, puisque nous ne possédons pas un seul harnois de guerre du XU'*" siècle. D'autres monuments consacraient aussi certains faits importants dont la vieille église avait été le témoin. Les drapeaux enlevés par les armées françaises étaient suspendus au niveau des galeries hautes; mais, par une attention qui l'ait honneur à notre pays, ces signes de victoires étaient enlevés pendant la paix.
Si les piliers de Notre-Dame de Paris avaient une voix, ils raconteraient toute
(1) Le fait de l'érection de ce simulacre couvert des armes mêmes de Philippe de Valois est rapporté par Du Breul, par le continuateur de la chronique de Guillaume de Nangis et par le P. Montfaucon. Toutefois le Chapitre de Paris prétendait que cette statue représentait Philippe le Bel, ce prince ayant fait à l'église des fondations assez importantes à la suite de la bataille gagnée par lui à Mons-en-Puèle.
notre histoire, depuis le règne de Philippe Auguste jusqu'à nos jours. De combien d'événements n'ont-ils pas été les témoins! C'est sous les voûtes de cette église que saint Dominique prêcha, après une apparition de la Yierge, dit la légende; que le comte de Toulouse, Raymond YII, vint abjurer l'hérésie, nu, en chemise auprès de l'autel. C'est là que Henri VI d'Angleterre fut couronné roi de France, en 1431 ; qu'en 1436 fut chanté le Te Deum^ à l'occasion de la reprise de Paris par les troupes de Charles YII.
Pendant la domination des Seize, les gale^ ries de l'église servaient d'habitation aux troupes populaires de la Ligue, qui, à la voix des clercs, sortaient de ce casernement d'un nouveau genre pour courir sus aux Politiques et entretenir la terreur parmi les bourgeois paisibles (1).
(1) On a trouvé de nomlireuses traces de cette habitation temporaire en enlevant les anciens carrelages des galeries : meultles brisés, vêtements, fragments
Mariages, baptêmes, obsèques, serments et vœux éternels, bientôt démentis par d'autres vœux et d'autres serments; fêtes populaires, fêtes royales; chants d'allégresse et de deuil; apologies et anatlièmes; oraisons funèbres pour les rois et pour les morts à l'attaque de la Bastille; culte de la déesse Raison et des théophilanthropes; réinstallation du culte, en 1802; sacre de Napoléon I" et baptême de princes au berceau, qui ne devaient point régner; la vieille église, impassible, fut un abri protecteur pour tant de misères et de splendeurs, pour les espérances et les malheurs de la population parisienne. Aussi ne faut-il pas s'étonner si le peuple de Paris a conservé pour ces pierres séculaires une vénération qui ne se démentit jamais. C'est le lien visible qui le rattache à un passé plein de grandeur, même pendant la tour-
d'ustcnsiles de cuisine; tout avait été jeté pêle-mêle dans les reins des voûtes à la dernière heure de la tyrannie des chefs de la Li^ruo.
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mente; ce sont ses titres de noblesse. Peu d'entreprises furent plus populaires que celle de la restauration de Notre-Dame. Les travaux, commencés sous le règne du roi Louis- Philippe, en 1845, à la suite d'un vote des Chambres, furent continués pendant la République, conduits avec des ressources plus étendues et achevés sous le règne de Napoléon IIL Des souscriptions, recueillies avec un esprit de suite et un zèle peu communs par les archevêques de Paris, la fabrique et l'archiprêtre actuel de la cathédrale, ont permis de rendre à l'intérieur de l'église son lustre ancien. Les chapelles ont été peintes, le mobilier a été renouvelé, le trésor s'est enrichi d'objets précieux par le travail et la matière, si bien qu'après tant de mutilations et de spoliations, Notre-Dame redevient l'église métropolitaine digne d'un grand pays. Bientôt isolée au milieu de larges espaces, de jardins, de promenades, avant sous son ombre FHôtel-Dieu recon-
struit à neuf, rarclievêcliû et les services nécessaires au culte, au centre du Paris nouveau, elle montrera que ces premiers constructeurs prévoyaient les destinées futures de la grande ville, puisqu'ils avaient su lui donner cette grandeur et ce noble aspect.
La façade de Notre-Dame de Paris passa, de tous temps, pour un chef-d'œuvre. Seule, parmi nos grandes cathédrales françaises, elle présente un caractère d'unité parfaite et cette puissance (|ue l'heureuse et savante combinaison des lignes peut donner. L;i, point de confusion dans la composition des diverses parties, tout est clair pour les yeux. L'iconographie de cette grande page se lit facilement. Dans les ébrascments et voussures de la [torle centrale, dite porto (hi Jugement, se résume l'épopée chrétienne. Sur le trumeau apparaît la statue colossale du Christ homme, enseignant; ses pieds portent sur le lion et le dragon. Les [lelits i^as-rcliefs sculptés dans le socle représentent les
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Arts libéraux. Des deux côtés, les douze apôtres debout sur les figures symboliques de leur martyre ou des qualités qui les distinguent; c'est ainsi que sous saint Mathieu on voit un personnage écartant ses cheveux pour mieux entendre la parole évangélique. Deux rangées de médaillons en bas-reliefs présentent, au-dessus du socle, les douze Vertus elles douze Vices qui leur sont opposés. Les Vertus portent leur blason. Les vierges sages et les vierges folies se détachent sur les deux jambages, à la droite et à la gauche du Christ. Au-dessus, dans le premier linteau, commence la scène du Jugement dernier. Deux anges sonnent de la trompette, et les morts sortent de leurs tombeaux; rois, chevaliers, évèques, nobles dames, vilains, répondent à ce suprême appel. La seconde zone figure le pèsement des âmes ; l'archange Michel tient la balance portant une âme dans l'un de ses plateaux ; des démons pèsent sur l'autre. A droite de l'ar-
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change, les élus, représentés par des personnages uniformément vêtus de longues robes et coiffés de couronnes, regardent le ciel qui s'ouvre pour eux. A sa gauche, des démons entraînent aux enfers une iile de damnés liés par une longue chaîne. Ceux-ci conservent les vêtements tle leur état dans le monde. On voit des femmes, un évè(|ue, un roi, un clievaliei', des clercs et des laïques, pêle-mêle; la terreur et l'angoisse se peignent sur leur visage, tandis que du côté des élus l'expression des têtes est tout empreinte de sérénité et de joie.
Dans la partie t^upérieure du tympan, le Christ assis, les pieds reposant sur la terre, nu jusqu'à la ceinture, montre ses plaies. Deux anges de])Out, placés aux côtés, du Juge suprême, tiennent dans leurs mains les instruments de la iiassion comme pour rappeler aux réprouvés la rédemption dont ils n'ont pas su profiter. Derrière les anges sont agenouillés la Vierge et saint Jean intercé-
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(laiit pour les hommes. Comme encadrcmenl de cette scène, six rangs de voussuirs forment archivolte sm' le tympan et complètent la composition. Deux de ces cordons représentent des anges à mi-corps, comme ime auréole autour du Christ. Le troisième contient les prophètes, le quatrième les docteurs, le cinquième les martyrs, le sixième les vierges. Au has des voussures, à la droite du Christ, on voit un ange, des élus, Abraham; à la gauche, l'enfer.
La porte de gauche, sous la tour du nord, dite porte de la Vierge, est une composition des plus remarquables et qui peut être considérée comme le chef-d'œuvre de l'école de statuaire française au commencement du XIIP siècle. Les bas-rehefs et statues du tympan, qui représentent les prophètes, la mort de la Vierge et son couronnement, sont traités avec une ampleur de style et une perfection d'exécution peu ordinaires. Quant à la porte de droite, di(e porte Sainte-Anne,
3d les églises de PARIS
elle est en grande partie composée de fragments de l'église restaurée par Etienne de Garlande, vers IIAO. Son tympan, son trumeau, une partie des voussures et les statues des ébrasements appartiennent à la plus belle école de cette époque. Ces fragments ont été encastrés dans l'architecture de la façade et complétés avec adresse par l'architecte du XIIP siècle, désireux de conserver des objets d'art qui passaient, non sans raison, pour des œuvres de valeur. Entre ces trois portes, dans de larges niches ménagées au devant des contre-forts, se dressent quatre statues colossales : saint Etienne. l'Église, la Synagogue et saint Denis. Puis au-dessus, la longue file des rois de Juda forme un magnilique cordon séparant la première ordonnance de la façade des parties supérieures. Des statues isolées couronnent la galerie des rois. Elles représentent la Vierge accompagnée de deux anges; Adam et Eve. Cet ensemble, la rose qui s'ouvre entre les
tours, les baies inférieures de ces tours, resplendissaient de couleurs et de dorures dont on voit encore de nombreuses traces. En 1490, un évêque arménien nommé Martyr, étant venu en France, a laissé une relation de son voyage. Ce prélat, cfui avait vu un grand nombre de monuments et qui devait être habitué aux splendeurs des églises d'Orient, est émerveillé devant la grandeur majestueuse et la richesse de cette façade de Notre-Dame, éclatante de couleur et d'or. Il faut s'arrêter un moment devant en face des vantaux des deux portes de la Vierge et de Sainte-Anne, couverts de pentures en fer forgé d'un merveilleux travail. La légende prétend que le serrurier qui s'était chargé de ferrer ces portes, désespérant de réussir dans l'ouvrage qu'il avait entrepris, s'adressa au diable, lequel consentit à faire les pentures à la condition, bien entendu, de se payer avec l'âme du forgeron. Le marché portait que les trois portes seraient ferrées.
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Le diable remi)lit exactement les conditions du marché; les deux portes latérales furent ferrées sans difTiculté, mais impossible de poser les pentures sur les vantaux de la porte centrale, parce que c'est par cette porte que passe le saint Sacrement les jours de procession. Ainsi, toutes les clauses de l'engagement n'ayant pas été remplies, le serrurier garda son àme et le diable en fut pour ses deux portes, qui seules restèrent garnies de leur magnifique ferronnerie. Il faut dire que la légende ne date que du XIV'" siècle, et que les pentures appartiennent à la ferronnerie du commencement du XIIP. Nous espérons que rien ne s'opposera à ce que les pentures de la porte centrale, bientôt terminées, soient attachées aux vantaux qui les attendent depuis si longtemps.
(l'est au coucher du soleil, pendant les beaux jours, qu'il faut voir le grand portail de Notre-Dame. Son front s'illumine des
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couleurs les plus cbaiules, les verrières semblent jeter des étincelles; ces myriades de figures, ces êtres élrangesqui garnissent les galeries, paraissent s'animer comme un mystérieux concert. Jlien d'ailleurs, dans cet ensemble, n'est abandonné au hasard ou à la fantaisie, ainsi qu'on le répète trop souvent, ignorants que nous sommes des choses du moyen âge. Tout se tient dans ces grandes compositions; la science et l'art se prèlent un appui mutuel. L'archiiecte, le sculpteur, le peintre, le verrier ont travaillé, inspirés par une seule pensée; et s'ils n'ont point, le plus souvent, laissé leur nom sur ces œuvres, ils onl^su, bien mieux, y graver ce caractère de grandeur et d'unité dont nous poursuivons vainement l'expression aujourd'hui, préoccupés que nous sommes de notre personnalité et d'un succès éphémère. C'est encore un jour de fête nationale qu'il faut s'acheminer vers Notre-Dame, quand les portes de la grande façade engloutissent
cortèges brillants, peuple, soldats, que les cloches sonnent à toute volée, que gronde l'artillerie, et que sous ses larges nefs se répand une mer vivante. C'est alors qu'on a le sentiment de sa grandeur et qu'on ne saurait sans émotion coudoyer ces piliers, témoins impassibles de la vie d'un des peuples les plus agités de la terre.
Quand, au-dessus de cette foule, des milliers de lumières dorent l'atmosphère poudreuse, que les vitraux jettent des lueurs nacrées, que résonnent les grandes orgues, la vieille église paraît se réveiller et participer à la vie, aux sentiments du peuple qu'elle abrite. Ce n'est pas par la richesse des marbres, par l'éclat des peintures que ce grand vaisseau séduit les yeux, mais par l'harmonie parfaite de ses lignes, le juste rapport entre l'ensemble et les détails. Fait pour l'homme, le monument le protège, mais ne l'écrase pas sous sa puissante masse par le luxe des matières rares et curieuses. Grand problème
d'architecture que ces maîtres du moyen âge ont su résoudre !
Autrefois, devant la façade, existait une plate-forme qu'on appelait le Parvis, au niveau du pavé de Féglise. Ce parvis clos de barrières, s'élevait de deux mètres environ au-dessus des voies environnantes de la berge de la Seine. On y montait encore par treize marches, du côté de la rivière, au commencement du XYIP siècle. Peu à peu le sol environnant s'étant élevé, le parvis ne fut plus distingué que parla clôture qui en marquait le périmètre : celle-ci disparut à son tour pendant le dernier siècle. Lorsqu'on 1847 on voulut abaisser le sol de la place pour dégager la façade, on trouva presque immédiatement, sous le pavé, des constructions romaines des bas temps dépendant d'un vaste édifice. Ces constructions s'étendent sous l'église et montrent leurs débris jusque vers le chevet, où furent découverts les curieux fragments de sculpture déposés au musée de Cluny.
La Cité renfermait autrefois un grand nombre de paroisses disparues aujourd'hui. Les habitations particulières auront même bientôt fait place à des monuments publics. Ainsi, s'accom})lit, après dix-sept cents ans d'existence, la destinée réservée à toutes les grandes villes qui, de leur berceau, firent la cité sacrée, V acropole^ le forum. De ses monuments anciens, la Cité ne renferme que Notre-Dame et certaines parties du Palais, résidence des princes suzerains jusqu'au XIV' siècle, puis Parlement, aujourd'hui Palais de Justice, composé bizarre de constructions appartenant à tous les âges, depuis le XlIP siècle jusqu'à notre époque. Cette agglomération de bâtiments est comme un ré-
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siimé de notre architecture depuis snint Louis jusqu'à Napoléon III, au milieu desquels s'élève la Sainte-Gliapelle.
Le saint roi ayant acquis, en 1241, de Baudouin II, empereur de Constantinople, la couronne d'épines et un morceau de la vraie croix, voulut placer ces saintes reliques dans un oratoire digne de les re.^evoir. L'architecte, Pierre de Montereau, fut chargé de la construction. Commencée en 1245, trois ans suffirent pour élever la Sainte-Chapelle, qui fut consacrée le 25 avril 1248. Nos moyens expéditifs et nos engins modernes nous permettraient à peine d'obtenir un pareil résultat. La Sainte-Chapelle est divisée en deux étages; la chapelle basse et la chapelle haute ; la première placée sous le vocable de la sainte Vierge, la seconde sous le vocable de la sainte Couronne et de la sainte Croix. Tout le bâtiment est construit en pierre de hais, dit diquart^ d'un beau grain, et présente le spécimen le plus complet et le
plus pur, peut-être, de l'architecture religieuse du milieu du XIIP siècle. Les deux étages sont voûtés en arcs d'ogives. Pour diminuer la portée des arcs de la chapelle basse et ne pas prendre trop de hauteur, ces voûtes reposent sur des colonnes isolées et forment ainsi un bas-côté étroit autour du vaisseau, éclairé par des roses-fenêtres qui remplissent tout l'espace laissé sous les formerets. Cette disposition originale donne une élégance singulière à cette œuvre qu'on eût pu prendre, sans cela, pour une crypte. Les parois de la chapelle haute, dont le pavé était de niveau avec celui des appartements royaux, ne présentent aux regards que des faisceaux de colonnettes entre lesquels brillent des verrières éclatantes de la plus harmonieuse coloration. Une riche arcaturc garnit le soubassement sous les appuis des fenêtres, et, derrière l'autel unique, s'élève une clôture ajourée, avec plate-forme, sur laquelle étaient placées les saintes reliques
protégées par un édicule en hois. Deux retraits ménagés entre les contre-forts, à droite et à gauche, étaient destinés à recevoir les sièges du roi et de la reine ; car la chapelle haute était réservée au souverain et à sa cour, tandis que la chapelle basse devait contenir les familiers. Un porche à deux étages et auquel on arrivait latéralement par les galeries da palais dessert les deux chapelles.
Les statues des douze Apôtres sont adossées aux piliers de la chapelle haute, au niveau de l'appui des fenêtres. Supportées par des culs-de-lampe et surmontées de dais, elles rompent la sécheresse des lignes verticales de ces piliers. Richement peintes, dorées et revêtues de pâtes coloriées, elles détachent, sur les mosaïques lumineuses des verrières leurs tons vigoureux d'or et d'émaux, présentant ainsi comme une zone animée au-dessus du soubassement.
Au nord de la Sainte-Chapelle s'élevait, avant l'incendie qui, en 1776, détruisit une
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partie du Palais, un pelit édifice à deux étages destiné au trésor des chartes et au service de la sacristie. C'était une gracieuse construction due également à Louis IX. Reliée à la chapelle royale par une courte galerie qui existe encore, son voisinage faisait ressortir la grandeur du vaisseau principal et composait avec celui-ci un ensemble de l'effet le plus pittoresque. Bien que le sinistre de 177G n'eût pas entamé le trésor des chartes, on jugea bon alors de le démolir pour donner à la cour du Mai un aspect symétrique et pour reproduire, à gauche de cette cour, en façon de pendant, la galerie qui longe la grand'salle des Pas-Perdus. Ce culte prodigieux pour la symétrie, plus fatal à nos édifices anciens que ne l'ont été les fureurs pojuilaires, la foudre et l'action du temps, fit cacher, derrière un lourd placage d'archilccturc, tout un côté de l'oratoire do saint Louis, autrefois dégagé. Du côté sud, les bâtiments de la police correctionnelle,
élevés il y a une vingtaine d'années, diminuèrent la largeur de l'ancienne cour; de sorte qu'aujourd'hui, contrairement à ce qui s'est pratiqué pour tous nos monuments parisiens, la Sainte-Chapelle, engagée plus qu'elle ne le fut jamais, ne laisse voir d'aucun côté ses belles proportions d'ensemble, demeure comme ensevelie au milieu d'amas de pierre froids et tristes, et ne montre qu'à grand'peine ses œuvres hautes par-dessus des toits et de lourds tuyaux de cheminée. Le passant cherche le long de ces murs monotones l'issue qui lui permet d'arriver au pied de l'édifice de saint Louis, signalé au loin par sa flèche dorée, et ne peut deviner où cet édifice prend racine.
Le roi Louis XI fut le premier qui apporta quelques modifications au plan de Pierre de Montereau. Le soupçonneux monarque ne se souciait point d'occuper le réduit ouvert qui, dans la nef haute, recevait le prie-dieu royal de ses prédécesseurs. 11 fit construire.
au midi, à la gauche de l'autel, entre deux contre-forts, un petit oratoire fermé avec une sorte de meurtrière, pour avoir vue sur l'officiant. Soit que les œuvres hautes de la Sainte-Chapelle fussent dégradées par le temps, soit qu'un incendie, dont l'histoire ne fait pas mention, eût détruit ses combles, Charles YIII y fît exécuter des travaux importants de restauration. La rose fut entièrement reconstruite et garnie de nouvelles verrières; les clochetons qui terminent les deux escaliers de la façade furent refaits, ainsi que la charpente du comble et la flèche en bois recouvert de plomb.
On prétend que le roi Louis XII, étant goutteux et voulant arriver aux chambres du Palais et à la chapelle haute en litière, fit élever le joli degré (1) à rampe droite, douce
(1) Brantôme rapporte comment le duc de Nemours descendit'au galop de son cheval Real le degré de la Sainle-Chapelle. « ...A propos de ce cheval Real, il faut que je face ce compte, que, deux ans avant, le roy
SAINTE-CHAPELLE AU XVIIl" SIÈCLE
LA SAINTE-CHAPELLE ol
et voûtée, qui longeait le flanc sud de la chapelle royale. Sous Henri II, un jubé en marbre sépara la nef haute en deux parties.
Le 26 juillet 1630, un incendie causé par la négligence des plombiers, dévora la charpente du comble et de la flèche qui, en tom- Jjant effondra la voûte de l'escalier dû à Louis XII. Ce sinistre étant réparé tant bien •que mal, les voûtes du degré ne furent point refaites. Des échoppes occupées par des libraires s'élevèrent entre ses piliers calcinés. C'est sur cet escalier à demi ruiné que
Henry fit une partye, le jour du mardi gras, avec les jeunes seigneurs, princes et gentilshommes de sa court, d'aller en masque par la ville de Paris, et à qui feroit plus de follies. Ils vinrent tous au Palais. M. de Nemours, estant sur le Pv,eal, monta de course (car ainsy le falloit) par le grand degré du palais (cas estrange, estant aussy précipitant (roide), entra dans la gallerie et grand salle dudit palais, fait ses tours, pourmenades, courses et folies, et puis vint descendre par le degré de la Sainte-Chapelle, sans que le cheval jamais bronchast, et rendit son maître saint et sauf dans la basse court...»
Buileau a transporlé le champ de bataille de son Lutrin (1).
Les choses restèrent à peu près en cet état jusqu'à la fin du siècle dernier. Une couverture en bois avait été seulement placée sur les tronçons des piles du degré de Louis XII.
Pendant la Hévolution, la Sainte-Chapelle devint un club, puis un magasin à farines, puis un dépôt des archives judiciaires, usage qui lui fut conservé jusqu'en 1837, époque où commencèrent les travaux de restauration. Après trente ans, ces tra\aux sont arrivés à leur terme, et le monument de saint Louis a repris son aspect premier. Bien entendu, les ouvrages de Cliarles VIII ont été conservés, et la flèche a été reconstruite suivant la forme de celle du XV* siècle, car
(1) Notre gravure rei)résente la Sainte-Chapelle et son escalier ruiné jiar l'incendie de 1G30,
L't lu perron antiqiio
Oii sans cc^sp, éliilant bons et méchants ccrit«, Barbin vlmi.I aux ])assans dos ailleurs à tout juix.
LA SATNTE-CHAPELLE 53
il n'existe hucliii renseignement sur le clocher primitif.
Les verrières ne composent pas seules la décoration coloriée de la Sainte-Cliapelle; les piliers, l'arcature et les voûtes sont couverts de peintures et de dorures qui donnent au vaisseau l'aspect d'une immense châsse. Des gaufrures et des fonds de verre, treillissés d'ornements d'or, ajoutent au précieux de cet intérieur splendide. C'est une harmonie chaude de tons transparents et sourds, de touches brUlantes et de reflets d'or qui vous transportent en dehors de la réalité. La coloration des piliers et des voûtes, fondue dans l'éclat translucide des verrières, acquiert une telle légèreté, que cet ensemble paraît sortir des conditions terrestres de stabilité. L'architecte, en reportant la poussée des contre-forts tout entière à l'extérieur, en en garnissant l'intervalle de verrières puissamment coloriées, savait bien qu'il obtiendrait cet effet prodigieux, réseau de fili-
granes d'or sertissant des pierres précieuses. Au fond de la chapelle brille, dans l'atmosphère diaprée, le grand tabernacle d'or qui protégeait le précieux rehquaire. C'était là, sur cette plate-forme ruisselante d'émaux et de reflets métalliques que saint Louis montait, à certains jours, pour montrer la couronne d'épines aux fidèles remphssant la nef et au peuple qui se tenait dans la cour du palais. Un panneau de verre blanc avait été réservé dans la fenêtre du fond pour permettre cette exhibition, réservée au roi seul (1).
Des tombes de pierre gravées composent presque entièrement le pavage de la chapelle basse; elles recouvraient les cercueils des principaux dignitaires de la chapelle royale, et parmi ces tombes on distingue celle de
(1) Aujourd'hui la sainte couronne et le morceau de la vraie croix achetés à Beaudouin II sont déposés dans le trésor de Notre-Dame. L'ancien reliquaire de la couronne ayant été fondu on 1792, celui que l'on voit aujourd'hui a été fabriqué sur le même dessin. Il est d'une grande richesse comme travail et comme matière.
SA I N T-JU L I EN- L E - P A L' V R E ao
Jacques Boileau, chanoine, frère du poëte, et qui mourut en 1716.
Une fois l'an, une messe est célébrée dans la Sainte-Chapelle à l'occasion de la rentrée des cours après les vacances.
Les églises paroissiales de l'ancien Paris de Philippe Auguste et de Charles V étaient très nombreuses et petites. Dans Penceinte de la populeuse ville l'espace était rare. Des oratoires et chapelles dépendant d'hôpitaux et de collèges permettaient encore à la foule des fidèles de se disséminer sur un grand nombre de points. Parmi ces chapelles, la plus ancienne et la plus remarquable par le style de son architecture est certainement la petite église de Saint-Julien-le-Pauvre, dépendance aujourd'hui de FHôtel-Dieu, sur la rive gauche. Cet édifice, dont les fondations remontent aux premiers siècles de l'ère chrétienne, puisque Grégoire de Tours le cite déjà comme une basilique, fut reconstruit plusieurs fois. L'édifice actuel rem.onte à la
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lîii du XII" siècle (1170 environ;, et les détails de son architecture ont une parfaite analogie avec ceux de la partie ancienne de Notre-Dame. Très sirn[)le à l'extérieur, la petite église de Saint-Julien fournit un exemple excellent de cette belle école du XIP siècle dont Tabsido de Saint-Germain-des-Prés est, à Paris, le plus ancien spécimen, et dont nous retrouvons des restes à Saint-Denis. Il est, chez les peuples, des moments de floraison pendant lesquels la marche des événements polili(]ues, les travaux de l'intelligence. le besoin d"e.\})ansion, le développement des arts, la puissance militaire composent un ensemMc complet et harmonique. L'histoire antique et l'histoire des temps modernes présentent de ces points brillants signalés comme des fanaux à travers la p;\le lueur des faits d'un ordre secondaire. On aime à fixer le plus longtemps possible ses regards sur ces époques privilégiées, et l'on se demande quelles
sont les causes qui ont produit ces grandeurs soudaines : on voudrait les faire renaître. Les diverses expressions de l'art, pendant ces périodes d'expansion, prennent un caractère tranché qui permet de les reconnaître aisément à travers les siècles sans jamais vieillir; car c'est le privilège des œuvres d'art qui sont Fexpression exacte d'un état de la civilisation, de conserver une jeunesse éternelle. Telle est l'architecture des Grecs pendant la brillante et trop courte phase de leur histoire; telle est celle de l'Ilede-France pendant les XII" et XII^ siècles. De tant de monuments élevés alors, il ne nous reste guère que des églises, quelques châteaux ruinés, des débris épars, monastères, hospices. Paris, centre d'activité, colosse sans cesse rebâti, ne conserve qu'un petit nombre de ces édifices dus aux écoles laïques des XIP et XIIP siècles. Si nous laissons de côté Notre-Dame, Saint-Julien-le- Pauvre, le chœur de Saint-Germain-des-Prés,
58 LES EGLISES DE PAltlS
celui de Saint-Martin-des-Ghamps, quelques traces conservées à Sain t-Sé vérin, nous ne trouvons plus dans nos églises que des restes, très altérés d'ailleurs, des XlV'^etXV* siècles, restes sans valeur comme art, affadis par des restam^ations continuelles faites sans goût et sans intelligence. Les paroisses de Saint- Merri, de Saint-Leu, de Saint-Nicolas-des- Champs, de Saint-Laurent, de Saint-Gervais, ne présentent qu'un intérêt très secondaire à l'artiste et à l'archéologue. Gênées par l'espace, leurs plans sans développements, contournés, font penser à ces fruits qui mûrissent entre les barreaux d'un treillage. La place était trop rare pour ne point profiter de toute celle dont on pouvait disposer, et il ne s'agissait pas de chercher des combinaisons symétriques. La richesse même des paroisses du vieux Paris fut pour les églises une cause de mutilations. Depuis le XVII" siècle, notamment, elles eurent à subir des transformations de tous genres; boiseries mal-
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séantes, placages de maçbres, mobilier à la mode du jour, enlèvement de vitraux pour donner de la lumière, tableaux accrochés aux piliers, vinrent modifler ou masquer leur vieille architecture. La Révolution, en enlevant ces superfétations, les laissa nues, couvertes de plaies, dévastées; et depuis lors les réparations tentées n'ont pas toujours été heureuses. La grande pensée d'unité qui présida, dans l'origine, à la construction de ces monuments religieux, était perdue après la Renaissance; et, pour s'en convaincre, il suffit de parcourir les Guides qui, depuis le XVII" siècle, ont parlé de ces monuments.
Ce qui occupe les auteurs, ce sont les tableaux, les objets mobiliers, les orgues, certains détails nouveaux ; comme si les églises étaient des musées ou des magasins de bricà-brac. Cependant la Renaissance sut encore élever, à Paris, de beaux monuments religieux ; Saint-Euslache, Saint-Etienne-du- Mont en fournissent la preuve.
SAINÏ-EUSTAGHE
SaintEustache n'était jusqu'au XVP siècle qu'une cliapelle dédiée à sainte Agnès, dont l'imporlance s'était accrue successivement par suite de l'extension du quartier qui l'entourait. Ce fut en 1532 que le prévôt de Paris, Jean de la Barre, posa la première pierre de l'église actuelle. L'architecte était un certain David. Les travaux, commencés par la nef, ne furent continués qu'avec lenteur; il est à croire même qu'ils restèrent en suspens lors des guerres religieuses, puisque le chœur ne fut commencé qu'en 1G2-4, en suivant scrupuleusement, d'ailleurs, les projets primitifs. La façade, dont le rez-de-chaussée fut élevé probahlement par l'architecte auteur du projet, resta inachevée. Ces (inivres
SAINT-EUfcTACllE 61
inférieures, qui rappelaient le style des deux portails nord et sud, furent démolies au commencement du XVIIP siècle et remplacées par le lourd portail que nous voyons aujourd'hui, dont chacun peut constater la médiocrité, et qui est attribué à Mansard.
Le plan de Saint-Eustache est exactement celui d'une église gothique; le système de structure adopté est encore le système admis pendant le moyen âge en France : voûtes contre-boutées par des arcs-boutants, bascôtés avec triforium au-dessus, chapelles latérales et absidales, flèche en charpente et plomb au centre du transsept, contre-forts avec pinacles pour assurer la stabilité, chenaux aux gargouilles saillantes. Cependant, si l'architecte n'a rien inventé, quant au plan et aux dispositions générales, il a prétendu innover dans les détails. Repoussant la courbe en tiers-points, vulgairement appelée ogive, il a adopté pour les fenêtres hautes la forme elliptique, ce qui n'est pas heureux.
Ses contre-forts simulent des pilastres composites et, à l'intérieur, les piliers présentent la plus étrange saperfétation de pilastres et de colonnes qu'il soit possible d'imaginer. L'effet d'ensemble de cet intérieur ne laisse pas cependant de produire une impression de grandeur élégante qui séduit. Ces collatéraux élevés répandent dans le vaisseau une belle lumière, heureusement répartie. Il y a bien dans tout cet intérieur une affectation théâtrale, le désir évident de surprendre, et si ce vaisseau était entièrement recouvert de peintures, si les fenêtres étaient garnies de vitraux légèrement coloriés, l'intérieur de l'église Saint-Eustache aurait toute l'apparence d'un palais de fées, sinon d'une église cathohque. Cet intérieur, très grand déjà, grandirait encore par une bonne entente d'harmonie de tons. Qu'on imagine tout un système de coloration commençant, dans les parties inférieures, par des tons solides et chauds et devenant de plus en plus délicats
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et légers à mesure que l'on s'élèverait, avec quelques éclats d'or sur les points saillants; que l'on voile, par la pensée, les jours des fenêtres par des vitraux d'une transparence nacrée, l'etfet général serait merveilleux. L'architecte de Saint-Eustaclie, en projetant son édifice, avait-il eu cette pensée? C'est à croire, car l'architecture intérieure ne paraît composée que pour s'aider de la peinture.
Quelques chapelles seulement furent peintes pendant le XVIP siècle, restaurées et complétées depuis peu, mais d'après un principe étranger au style adopté dans le monument. Ces peintures, en effet, d'un aspect lourd et peu harmonieux, quel que soit d'ailleurs leur mérite, ne se rattachent point à l'architecture et ne la font point valoir.
Il faut examiner avec attention le portail nord du transsept de Saint-Eustache : c'est une des œuvres les plus remarquables du XVP siècle. Les proportions de ce grand pi-
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gnon, réLude des détails, leurs rapports avec Tensemble indiquent un artiste consommé dans son art. Malheureusement, ce portail s'élève au fond d'une rue étroite et biaise qui permet difficilement d'en saisir l'ensemble d'un coup d'œil.
Si, dans ces monuments religieux de l'époque de la Renaissance on ne retrouve plus cette verdeur juvénile, ce savoir du constructeur, cette variété de moyens qui charment dans les édifices du XIP et du XIII* siècle et qui en font un sujet perpétuel d'études, on y reconnaît encore une fertilité d'invention, originalité native qui peut-être nous manquent aujourd'hui.