‹ Les églises de ParisChapitre 3 sur 15 · SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT · texte numérisé non relu

SAINT-ÉTIENNE-DU-MONT

XVI* siècle. C'est en 1517 qu'elle fut reconstruite en commençant par l'abside. Conduites avec lenteur et interrompues pendant les guerres religieuses, les constructions ne furent achevées que vers 1620 par la façade. La chapelle absidale ne fut élevée que vers 1660. Aucune de nos égUses, à Paris, ne présente des dispositions intérieures qui puissent être comparées à celles de Saint- Étienne-du-Mont. Les voûtes des collatéraux, presque aussi élevées que celles de la nef, retombent sur de gros piHers cylindriques réunis à une certaine hauteur, dans la nef et le chœur, par une galerie de circulation, sorte de balcon qui fait le tour de l'édifice, sauf dans le transsept (1). Un jubé, reposant sur un arc surbaissé, ferme l'entrée du chœur

(1) Il faut remonter au XIII' siècle pour trouver une disposition analogue à celle qui a été adoptée à Tintérieur de Saint-Étienne-du-Mont. La nef de la cathédrale de Rouen présente une galerie de circulation suspendue aux piliers, qui peut-être donna le motif appliqué par l'architecte de l'église du Mont.

sans masquer l'autel principal, et deux jolis escaliers s'enroulant autour des piliers permettent de monter sur la plate-forme d'où on lisait autrefois l'épître et l'évangile et où se plaçaient les chantres. La façade de ce monument ressemble un peu trop à ces meubles appelés cabinets au commencement du XVn* siècle et qui cachaient leurs tiroirs, leurs vantaux et leurs secrets, sous une superfétation d'ordres microscopiques, de niches, de frontons circulaires et angulaires, de statuettes et de grotesques. Ce qui manque sur cette façade, comme sur la plupart des monuments religieux élevés à cette époque, c'est une idée première. Tout cela se superpose, s'enchaîne, s'accole sous Finfluonce d'un caprice, par un jeu de l'esprit, sans qu'il soit possible de découvrir, à travers ces échantillons d'architecture, un parti, une ordonnance résultant d'une pensée dominante. Même au moment de sa décadence, notre art du moyen âge se soumet à une idée,

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procède d'après la méthode, et la conception générale, si chargée qu'elle soit de détails, est écrite dès la hase du monument; si hien qu'on n'en saurait enlever une partie et la remplacer par autre chose sans détruire l'harmonie.

En peut-on dire autant de l'architecture de Saint-Eustache et de Saint-Étienne-du-Mont? Il y a bien quelque chose d'attrayant dans cet imprévu, dans cette fantaisie, qui interviennent à tout propos, et qui reproduisent en pierre les rêves de l'artiste. On se fatigue vite cependant de toute œuvre d'art qui n'est pas l'éclosion bien mûrie d'une idée mère. Un édifice, surtout un édifice religieux, n'est pas une causerie, passant d'un sujet à un autre, glissant sur tout sans rien approfondir, se tirant par un trait d'esprit d'une explication difficile, et ne laissant après elle que le souvenir d'une heure agréablement écoulée. L'architecture est un art trop sérieux, qui demande trop de soins et qui coûte

trop cher pour qu'il lui soit permis de se montrer sans rien dire et sans rien conclure. Il est clair que le XVP siècle ne prenait plus au sérieux les églises, qu'il les bâtissait plutôt pour prouver à la Réformation que le catholicisme était encore vivant que par conviction. Dans ces monuments, l'iconographie présente le bizarre mélange de traditions chrétiennes et de souvenirs de la Rome antique. Le symbolique tombe parfois dans le burlesque, et la satire personnelle intervient dans la sculpture.

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