‹ Les églises et monastères de ParisChapitre 1 sur 18 · RUE DAU PHINE. N · texte numérisé non relu

RUE DAU PHINE. N

M l> CCC IVI

INTRODUCTION

I l'on en croit le poëte Fortunat, qui vivait à la cour des lois mérovingiens sur la fin du vie siècle, la cathédrale de Paris existait déjà en 375. Loin de révoquer en doute cette haute antiquité de Notre-Dame, on peut la faire remonter plus haut encore en considérant qu'un concile, solennité qui suppose l'existence d'une église, fut tenu à Paris en l'année 360. La cathédrale passe pour avoir été la seule église de Paris jusqu'au règne de Ghildehert h"-, qui embrasse les années 511 à 558 ; mais elle était composée d'une basilique principale placée sous l'invocation de

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saint Etienne et d'une chapelle accessoire dédiée à Notre-Dame. C'était alors et ce fut encore l'usage durant plusieurs siècles de grouper autour des grandes églises el d'adosser presque à leurs murailles des baptistères, des oratoires et d'autres petits édifices religieux qui dépendaient de l'église mère. Il est certain que Notre-Dame a remplacé Saint-Étienne , mais on ignore à quelle époque.

Childebert I*"'' fonda, en 54.3, la célèbre abbaye (le Saint-Germain-des-Prés et répara la cathédrale avec une magnificence qui, au dire de Fortunat, rappelait les merveilles du temple de Salomon. L'église de Saint -Laurent existait aussi de son temps aux abords ou dans un faubourg de Paris. D'autres encore se voyaient sans doute sous le règne de ce prince ou dans le siècle suivant, mais dont il n'est point resté de trace ni même de souvenir. Ainsi, sans un diplôme de l'an 558, nous ignorerions complètement l'existence à Paris, à cette époijue, d'un oratoire de Saint-Andéol, et sans un passage de Grégoire de Tours ', l'on n'aurait jamais su qu'il y avait aux approches de la cathédrale une cha-

' Giég. de Tours ; Gloria ronfesnorum. chap. r.v. inliliilc: Ue sepuirhru Creireniicp Parhuiriini .

iNTiioiimmoN.

peUe plîicop sous l'invocation d'une sainte bitMi inconnue elle-même, sainte Grescence.

Une charte précieuse nous a conservé Fétat des églises de Paris au commencement du viiF siècle. C'est le testament d'Erminthrude, rédigé à Paris même vers l'an 700, et dans lequel cette noble et riche matrone franque distri bue entre ses légataires une étonnante profusion cf objets divers, d'esclaves, de terres, de bijoux, de menus ustensiles et jusqu'au char attelé de bœufs sur lequel elle avait coutume de faire ses promenades. Au nombre des légataires qu'elle enrichit par ses dispositions dernières, elle comprend toutes les églises de Paris ^ . et elle les énumère dans cet ordre : Saint-Pierre (qui fut plus tard l'abbaye de Sainte-Geneviève), Notre- Dame , Saint-Étienne , Saint-Gervais (et Saint- Protais), Saint -Symphorien, Sain te -Croix et Saint-Vincent (plus tard Saint -Germain -des- Prés), enfin Saint-Denys (probablement Saint- Denys-de-la-Chartre) .

' « Basilicae consliluta; Parisiis, » dit la testatrice. Notre- Dame , Saint-Ktienne , Sainl-Sympliorien et Saint-Denys étaient dans la Cité. Saint-Pierre et Sainte-Croix toucliaieiil au palais des Thermes sur la rivn fçaiiohe de la Seine ; SainltJervais , sur la rive droite el b;iit:n;inl dans le (leuvc. élait également dans un faubourg.

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Deux siècles après, on se trouvait au sortir des ravages cruels exercés par les Northmans qui se jetaient avec rage contre les lieux saints et qui avaient tout détruit aux environs de Paris en 885 et 886. Cependant un document de la fin du ix*" siècle ou du commencement du x*' nous fournit quelques renseignements sur les églises de Paris à cette époque. C'est une énumération des terrains vagues ou jardins, au nombre de trente-quatre, que possédaient alors dans cette ville les religieux de l'abbaye de Saint-Maur des- Fossés. Les quatre confins de chaque terrain sont régulièrement dénommés dans la pièce, et l'on y trouve de cette manière la mention de douze églises, outre Saint-Maur; ce sont Siiint-Geivais, Saint-Julien (probablement Saint-Jidienie-Pauvre), Notre-Dame. Saint-Pierre (abbaye de Sainte-Geneviève), Saint-Georges, Saint-Éloi. Saint-Denys , Saint-Germain (Saint-Germain-le- Vieil ou Saint- Germain - TAuxerrois) , Saint- Christophe , Saint-Merri . Sainte-Geneviève (la- Petite) et Saint-Martin. Personne, que nous sachions, ne s'est encore servi de ce document, resté inédit jusqu'à ce jour, et cependant il n'est pas sans intérêt dès qu'il se trouve écrit par une main d'aussi vénérable antiquité. Le dédain dont il a peut-être été l'objet s'explique sans doute par le vague des termes dans lesquels il est

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conçu et le peu de lumières qu'il est permis, par conséquent, d'en retirer. iNéanmoins il nous a semblé bon de le donner, ne fût-ce que dans l'espérance de voir un plus habile y découvrir ce que ses devanciers n'ont pas aperçu.

Dès qu'on arrive au moment où s'élevèrent sur le trône les rois de la troisième race , c'està-dire dès la fin du x»^ siècle, les documents abondent et nos archives sont remplies des titres de tout genre auxquels donnèrent lieu, dans les temps qui suivirent , la libéralité des rois et des peuples envers le clergé de Paris. Parmi les merveilles de la capitale qui déjà frappaient les contemporains de Philippe-Auguste et de saint Louis, les moutiers, c'est-à-dire les monastères et les églises, excitaient l'admiration de ce moyen âge qui fut si longtenqjs avant de sortir de sa grossière enveloppe et de comprendre le beau en dehors de l'idée religieuse. Il n'est guère de poète ou de chroniqueur d'alors qui ait parlé de la grande ville sans lui laisser à cet égard le tribut de ses louanges.

Un versificateur inconnu rima, vers la fin du XHK siècle, une petite pièce intitulée les Monstiers de Paris, dans laquelle il énumère, avec la plus parfaite sécheresse il est vrai, les édifices religieux qu'il avait vus dans la grande ville. 11

n llNTKOltl'CTION.

en coniple soixante-treize. Cette pièce a été publiée , mais il nous a paru nécessaire ici de la reproduire.

Une autre pièce de vers, postérieure d'une cin- (juantaine d'années à la précédente, a été consa- <rée au même sujet par un poète qui n'était pas beaucoup mieux inspiré que son confrère plus ancien, mais qui pourtant donne quelque essor à sa plume, et s'essaye à peindre un peu ses impressions. Il entre dans quelques détails sur les lieux qu'il décrit . sur ceux qui les habitent et même sur des circonstances purement extérieures, telles que le commerce des divers quartiers. II met aussi dans son discours une certaine méthode qui en double pour nous l'utilité : l'autre poète énumérait ses églises au hasard de la rime ; celui-ci procède en décrivant la Cité d'abord, puis la rive gauche de la Seine, et il termine par la revue des édifices de la rive droite. Il dénombre ainsi quatre-vingt-huit monuments auxquels sont consacrés plus de trois cents vers, et encore, dit-il, il ne mentionne pas les chapelles particulières de ducs, de comtes, d'évêques, d'abbés et de bourgeois ; il n'a voulu compter que les édifices publics. Cette seconde pièce a été publiée, mais non pas tout à fait en entier, par M. Jubinal. dans son Nmiveau re- <</fi//(le Contes. Dits. Fabliaux (Paris. ISi"!. t. ii.

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p. 102). Elle mérite d'être réimprimée avec soin et justifierait à elle seule la publication du livret que nous offrons au lecteur. Les historiens de Paris se sont servis plus d'une fois de la pièce intitulée les MonUiers ; celle-ci leur fournirait certainement plus de ressources.

Il est aussi question des abbayes et églises de F'aris au moyen âge dans quelques autres compositions dont les principales sont : le DU des Ordres, par Rutebeuf, et la Description el plaisance des religions, par Rois de Cambrai ; l'abbé de MaroUes a fait imprimer aussi, vers la lin du wn*" siècle S plusieurs milliers de détestables vers sur le même sujet; mais tous ces ouvrages ne sont qu'accidentellement relatifs aux moutiers de Paris et traitent des ordres religieux en général. Au lieu donc de les reproduire, nous avons jugé faire une chose utile et rendre

• l<;n 1677. Les quatrains de l'abbé de Marolles à la louange de Paris forment un volufne in- 4" d'une extrême rareté. C'est là son plus grand mérite, car \o trop fécond abbé a trouvé mojen de s'y montrer inférieur aux plus infimes versilicaliiurs du moyen âge. Voici comment, pour parler des religieux, il entre en matière :

La Congiégalidii de Saiiit-Maur, comuieueee En six cent dix-liuicl avcc(iue du bonheur, Le Pape en vingt el un luy prèle sa laveur; En vingt-sept Urbain la coiiliinie avancée.

INTKODIICTION.

cet opuscule plus digne d'être consulté, en plaçant après l'œuvre de nos deux poètes le document du ix«^ siècle dont nous avons parlé ci-dessus, et qui a le mérite de n'avoir encore jamais été imprimé. Nous y joindrons la liste (rédigée d'après les historiens de Paris) des églises et monastères qui y ont été fondés depuis le xiye siècle jusqu'à la fin de l'ancienne monarchie; enfin l'état des édifices religieux existant à Paris de nos jours. Si l'on ajoutait l'autel à Jupiter, découvert en 1711 dans les fondations de Notre-Dame, et les synagogues Israélites, la nomenclature donnée ici, de tous les édifices religieux connus comme ayant existé ou existant encore à Paris, serait bien près de se trouver complète.

L'on ne saurait apportei- trop de détails, trop d'exactitude , trop de soins minutieux , lorsqu'on veut parler de Paris, mais le difficile, comme disait l'éditeur d'un de ses plus vieux historiens, dom Jacques Dubreul, est de « ne « rien dire et escrire de bas d'une telle ville qui M est la gloire, la perle et la magnificence non « seulement de la France, mais encore de tout « l'univers. »

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