EN
^^V^^ ous avons heuieuserneiit , pour la ^^ l pièce de vers qui suit, conimo nous v-iii jv,\ -^ avons eu pour la précédente et plus sûy~^^i>>-^ rementeiicore, le moyen de déterminer à quelle époque elle fut écrite. Ce moyen nous est fourni par les paroles de l'auteur sur l'église Saint- Jacques-de-l'Hôpital. Il en parle à deux reprises ; la première fois (aux vers 197-202) pour dire que les pèlerins de Saint-Jacques l'ont fondèp et jurée et qu'elle sera tort belle; la seconde fois (v. 289- 292), pour s'excuser de ce qu'il a mentionné cet édifice parmi des églises où le culte est public, tandis que les confrères de Saint-Jacques ne font
dire Toffice que pour les membres de leur confrérie, et il ajoute que c'est un monument construit de la veille. Or on sait d'ailleurs que Saint-Jacques-de-l'Hôpital avait été commencé en 1319, que Jean de Marignjr, évèque de Beauvais, y dit la première messe le dimanche 18 mars 1323, et que la dédicace en fut solennellement célébrée par le même prélat en l'année 1327. Ces données ne sont en rien contredites par le reste du document, et dès lors il est permis d'en déduire sans crainte qu'on était aux environs de l'année 1325 lorsque notre auteur écrivait.
Ce versificateur a composé d'autres écrits, ou du moins un autre écrit dans lequel il était déjà question d'églises , car il commence par rappeler cet (tuvrage. On pourrait être tenté par celte circonstance de se demander si ce ne serait pas le même qui avait déjà fait, à cinquante ans à peu piès de distance, le Dit des Moustiers; mais la différence de langage entre les deux pièces nous paraît trop grande pour qu'elles puissent être sorties toutes deux de la même plume.
Celle de 1325 est conservée dans le manuscrit suppl. fr., n" 1132 de la Bibliothèque impériale, au f" 148-119 vo. Elle est d'une belle écriture du xiv» siècle qui ne laisse place à aucun doute, si ce n'est que cinq ou six vers uumquent, parce qu'on H rogne au ciseau le bas des pages. IMusieur.s
DK l'A RIS KN 1325. 27
églises qui s'y tnmvaient inscrites peuvent donc nous échapper ; en effet, on n'y voit pas fii;nrei' Saint-Landry ni Saint-Antoine. Il y manque aussi d'antres maisons qui devinrent célèbres depuis, mais qui n'avaient probablement pas d'importance au temps de notre auteur. Cependant, au lien des 88 monuments qu'il annonce, on en compte en réalité 92. Cette ditïérence provient ou de ce qu'il était peu attentif, on de ce qu'il retoucha ses vers et y fil des intercalations ; mais quelle qu'elle soit, la cause de cette inexactitude ne mérite pas de nous arrêter plus longtemps.
Pour ce que fai fet mencion
Des églises, où dévocion
Est plus monstrce qu'en antre iieit.
Qtiar la repose li cors Dieu,
Des monstiers qui à Paris sont 5
Et de quiex sains il [este font
Les biens vous dirai et le nombre
S'a nombrer Salhan ne m'encombre.
Un gentil homme m'otroia — Quidam (sic)
Son hostel et si me proia I <>
Que je pour s'amour tant féissc
Que trestoiis les monstiers méissc
De Paris, en rime et en dit.
Isiu'lement. sans contredit.
Pour l'amour de lui m'eiilremis. IS
Si les ai loua en rime mis.
J'ny commencit' a Nostre-Dame
Qui nous sauve et gart cors et unie,
Pour ce que c'est la merc esglise
De Paris ; après, de ma ijuise. 30
Près le monstier Saint-Joha» le ront :
Entre euz deuz n'a ne val ne mont.
Et après Saint-Denis-du-Pas .
Ne Saint- Aignien^ n'oubli-je pas,
Et puis la chapele os noctaires 25
Ou il repaire mains vicaires.
Et puis après la Maison-Dieu
De Paris, ou a digne lieu.
En rue iioive pas ne gi-ieve
Le monstier Sainte-Geneviève 30
La Petite, que je ne faille :
Devant celle esghsc sans faille
Vent-on chapons, geiines. vos,
Perdris, plouviers et loidecos.
Apres, le monstier Sainl-Clirislolle H.H
Qui de l'amour Dieu fist son coffre.
Quant le porta outre la mer;
Servir le devons et amer :
Enlour vent on fourmages, ce/s.
Près d'ilec siet Saint- Pierre-as-Biiefz 40
' Fondée en 1118. Elle était enlourée de bàtimenls qui la Tachaient aux yeux. Dénnolie vers 1795, et remplacée par une maison particulière (rue Chanoinesse, 22). — La C.hapelle-aux-Nolaires, consacrée à saint Didier, se lrou\aii au Châtelcl.
ItF. FARIS F.M 1325. '29
El le nionslier Sainle-Marine Qui ne siet pas sur la marine.
C'est iierilez que je vous di.
Et puis après la Uaifdalainne ^ 45
Qui vers Dieu ne fu pus vilainnc
De ses larmes ses piez lava,
De ses péchiez Dieu la lava :
Aussi nous veille il pardonner
Les nos, et sa yracc donner! 50
Folz est qui sa grâce n'achate.
Apres, Saint-Denis-de-la-Chartre ,
Apres est Saint-Symphorien,
En une place séant bien
Ou bout de la Peleterie. 35
Devant fait on boulengerie.
Et ou bout de la rue ans Fevres,
Ou il demeure pou d'orfèvres
Qui facent calices ne crois,
La siet le monstier Sainte-Crois ^. 60
Apres, Saint- Pierre-des Arsis *,
8 Fondée en 1 140 et, jusque vers le xiiie siècle, à re que l'on rroit, placée sous l'invocation de saint Nicolas. On croit aussi qu'avant 1140 c'était une synagogue. Elle a élé détruite on 1789 (située rue de la Juiverie, 5).
3 Sainle-Croix-en-la Cité. On ignore son origine; mais elle existait, comme chapelle, dès le commencement du xiie siècle. Elle a été démolie en 1797; son emplacement était rue de la Vieille-Draperie, 6.
^ On conjecture (|iip celle église (rue de la Vicillc-nra-
30 LBS KGLISES KT MONASTKKES
Knlre les ilrnpiers est assiz- :
El Suint-Mathyas sict après
Qtii des savetiers est bien près :
Plusieurs sont si paroissien bo
Que c'est un monstier ancien.
Et Saint-Germain, que que nus dir.
Le-^iel, siet près de l'Orherie^.
Et puis le monstier Saint-Michiel «
Qui nous conduise tous ou ciel! 70
Puis le monstier a un cors sain
Saint Eloy ' , o\i malade et sain
perif) fui fondée en 926, par Théodore, vicomle de Paris, sur les ruines d'une rhapelle placée sous la même invoealion. On n'a rien trouvé de satisfaisant pour expliquer son nom A' kTC\s (de Ârcesiis , Âssisiis, Aniciis, Àrsis). Incendiée et rebâtie en 1034; puis reb;itie en 1424; démolie enfin eu 1800.
^ L'Herberie, qui devint en 1557 le Marché-Neuf.
6 Guillebert de Metz (p. 53) cite l'église Saint-Michel de la Cité lîlle faisait partie du Palais.
' Abbaye de femmes, fondée vers 632-635, par saiiii Eloi, sous Tinvocation de saint Martial, qui fut changée, après lui, en Saint-Martial et Saint-Eloi. Elle paraît avoir aussi porté les noms de Sain(>Mariial et de Sainle-Aure, Saini-Martial et Sainte-Valère; mais dès 871, elle n'étaii connue que sous le nom de Sainl-Kloi. L'abbaye fui supprimée en 1530, et sou église transformée en une église paroissiale (rue Saint-Eloi) qui devint , en 1629, l'église des Barnabites. Ceux-ci la Teconstniisireni eu 1640. Démolie.
DE PAKIS KN l3'2o. ,'{l
VonI souvent nus pie:- cl dcsclunis.
Qu'il est mires et mareschaus
De mainte cruel maladie : 75
Ne croij que nul nus mal eu die.
Près d'ilec siel une chapelle
Qui moult est digne et riche et bêle ,
C'est la Chapele nostre roy,
Ou de biauté a grant arroy ^^
Et de richesse ; y a grant masse
De reliques en une chasse.
As quiex l'en doit porter honneur
Pour l'amour de iiostre Seignieur :
Sa crois, sa coronne et ii cleu 85
Laiens sont mis en noble lieu.
Et si i sert-on noblement Dieu.
\ Après est saint Burtholomieu | **
Qui siel devant le grant palais.
Mes chéus * est, donc est plus lais : 9»)
C'est veritez que vous despont.
Or m'en iray outre le pont
Pour des autres monstiers trouver,
Que l'en ne puisse reprouver,
Quar s'en mon dit faille de rien, 95
Premiers trouverez- Saint-Julien
Le Povre, et bien ai regardé
Que maint compagnon a gardé
De mort (ce n'est pas mesprisonj
•* Ce vers manque. Les détails fournis par les vers suivants et le besoin de la rime nous permettent cette restitution. " Klle élail donc écrotilée vers i;i25 ; on l'ignorait.
Et d'estre en vilainne pmo» ; 1 00
// les herberge et si les tence.
De herbergier a la poissance.
Et puis la chapele Saint-Blaive
Qui pour Dieu morut a grant glaive.
Apres oublier ne doy mie 105
Saint-Sevrin, pour la ferperie
Qui est achetée et vendue
En son quarrefour ; est tenue
De plusieurs manières de gent.
Qui s'en chevissent bel et gent. 1 10
Apres est Saint-Andrieu-des-Ars,
Ou mainte dame de leur ars
Ont miiiutes fois lancié et trait.
Et maint homme a eulz atrait.
Apres i r'est Saint-Augustin '15
Ou l'en parole bien latin.
A Saint~Germain-des-Prés m'en vois
Ou l'en sert Dieu a haute vois.
Apres est Saint-Martin-des-Orges ",
Et puis après i est Saint-Georgex : I 20
Apres. Saint-Perc-du-Sdblon "
10 II s'agit, probahlemenl , de la pelile église de Saint- Martin (me des f'ranrs-Bourgeoisj, près Sainl-Marcel. doni elle dépendait. Elle est mentionnée dans nn chroniqueur, dès 1129. On lareronstruisit en 15i4, et elle a été démolie en 1808. Son surnom des Orgen n'était pas ronnu, croyonsnous, jusiiu'ici.
" Vraisemlilahlenienl la [iciile églis.- de Sainl-l'ierre on
DE PAKIS KN 1325. .{3
Et Saint-Soupplis '* y asamblon
Et puis après les Cordeliers :
De bon vin boivent volenliers.
Saint 'Cosme et Saint-Damien, 125
Cy duy furent sirurgien
Et mires a Dieu nostre père ;
Qui ce ne croit ^ il le compère.
Et puis après Saint-Matelin ;
Sus coûtes et en draps de lin 130
Chainoigne nuit ** maint povre couche
De Dieu soient tel gcnt benoît.
Apres, le monstier Saint-Benoit
C'on apele le Bettourné ; i 35
D'ilec tantost m'en retourné
Au monstier des Hopitaliers
Que n'oublie pas volentiers.
Saint-Hylaire est un pou avanl :
Sainte - Genevieve-la-Grant I 4 0
Y est, ou a riche abbaye.
Puis ay ma voie envaïe,
Saint-Père, qui passe pour avoir été fondée par saint Germain ini-même (vii« siècle), auprès de l'abbaye de Sainl- Germain-des-Prés, el pour avoir été transportée, au xiii"^ siècle, à la place occupée maintenant par la chapelle de l'hôpital de la Charité. C'est d'elle que la rue des Saints Pères, par corruption de Saint-Père, a pris son nom.
'^ Saint-Sulpice était déjà paroisse en 1210.
*^ Liiez chacune (chaiscoigne) nui).
34 Lv.s k<;lisks kt monastères
S'ay trouvé un monsHer noblet
Que fîsl le cardounar Cholet i*;
Saint-Symphorien le petit 1 45
Si siet au dessous un petit.
En la tei-re Saint-Pierre ou Mont
Li Navarrois '^ nuef moustier ont ;
Carmélite logié se sont
Un pou aval; la moustier font. 150
Apres, Saint-Estienne-des-Grez ,
Qui de Dieu servir fu engrez.
Devant siéent li Jacobin
Qui par pais vont bin et bin :
Chapele y a de Sainl-Andrieu 155
Qui fu moult grant ami de Dieu.
D'ilec ahiy a Nostre-Dume
Des-Champs ; moignes, par m' ami- !
D'ilec au monstier Saint-Marciau,
Qui siet près d'un petit ruissiau. 1 60
1* Ce collège fui ronstruii en 1291-1295. Sa chapelle lui relie de Sainl-Symphorierij siluée en face^ ju-.qu'en 1504, où l'on construisit, dans le collège même, une chapelle de Sainte-Cécile. Les bâtiments du collège, fondé par le cardinal Cholel, élaieiil situés sur le terrain qu'occupe aujourd'hui le jardin du lycée Louis le Grand. On a achevé de les raser en 1823.
15 Le collège de Navarre, fondé par Jeanne, femme de Philippe le Bel, et bâti de 1309 à 1315. Sur son emplacement sont situés les bâtiments de l'École polytechnique.
DK PAUIS KN 1325. 3o
Saint-Mai-tin et Saint- Ypolili' '" ;
Ceus ai-je bien pris a eslite.
D'ilec ving au moustier Saint-Marc " ;
Puis a In traitie d'un arc
Est Saint- Victor moult bien séans; 165
Puis H monstiers des Bons-Enfans^'^ :
Puis la chapele aus Moinnios :
Demourer la plus je ni os.
Saint-Bernart oublier ne doy,
Sa.int-Nicholas-du-Chardonnaii, 1 70
Puis après la Sourbonnerie *'
Que je ne don oublier mie.
Puis m'en reving tout sans effroij
Droit au monstier de Saint- Lieffroy 2",
Et a Saint-Germuin-l' Aucerrois . 175
16 Son origine est inconnue, mais elle existait en 1158. On ne lui connaissait pas, jusqu'à présent, l'invocation de Saint-Mariin. Elle a été démolie pendant la révolution et son emplacement a été occupé ensuite par la maison rue Sainl-Hippolyte, 8.
" Probablement Saint-Médard.
18 Ktablissemenl dont l'origine est inconnue. Il paraît remonter à la première moitié du xiii'* siècle ; sa chapelle était sous l'invocation de Saint-Firmin. Il fut donné, en 1625, à la congrégation de la Mission (rue Saint-Victor, 68).
19 La Sorbonne, fondée vers 1256 par Robert de Sorbon. L'église actuelle de Sorbonne fut bâtie de 16:)3 à 1653.
20 Ici l'auleui- passe de la rive gauche à la rive droilc de la Seine.
36 tKS KOLISKS ET MONASlÈKKS
D'ileques a Saint-Nicholas
Du- Louvre, et a Saint-Thomas.
Et puis après je- m'en reoins
Par le monstier des Quinze-Vins 180
Et au monstier Saint- Honnoure ,
Ou de bon cner Dieu ai ouré
D'ilec m'en ving a Saint-Huitasse,
Près des haies, en digne place.
Et d'ilec a Saint -Innocent, 1X5
Ou gist maint cors d'omme innocent,
Et après a Sainte-Oportune :
De clous guérit et d'apostume ;
Et puis a Sainte- Katherine
Qui vierge fu pure entérine : \ ^'0
Puis le monstier de Saint-Magloire
Qui ama Dieu le roy de gloire
Et assez près de icel lieu
Est le sépulcre Dame Dieu ** .
Puis a Saint-Leu et a Saint- Gile 195
Aussi voirs est comm'Euvangile,
Et si vous di qu'a l'oposite
L'esglise de Saint-Jaques est dillc 2*
ïl L'église et la ronfrérie du Saint-Sépulcre. La première pierre de l'église fut posée le 18 mai 1326. Ces bâtiments, qui avaient été refaits de 1526 à 1655, ont fait place, durant la Révolution, à la cour Batave (rue Saint-Denis, 124).
22 I glise commencée en 1317 et dédiée en 1327. Elle fut d'abord particulière aux membres de la confrérie des pèlerins revenus de Saint-Jacques de Composlelle. C'est ce
DE PARIS KN 1325. "^T
Que les confrères ont fondée
Par grant devocion jurée 200
Sus la gra7it rue fondé l'ont ;
Cei'tes moult biau séant resont "-'■*.
Li monstiers de la Trinité
Ou le Seignieur de majesté
Est bien servi a grant honneur. 205
Devant lui r'est Saint-Sauvéeur
Et les Filles-Dien sont ajyrès.
Saint-Ladres en est assez près.
Puis m'en reving a Saint-Lorens :
De cheminer ne fui pas lens ; "21 0
Puis a Saint-Nicholas-des-C hans
Puis a Saint-Martin où, de chans
Servent li moigne Jhesucris .
Au Temple ving, pas ne mespris,
Et puis après as Blans-Mantiaus «* 21 5
que disent les historiens de Paris, et ce qui se trouve répété dans les derniers vers de notre pièce. Située à l'angle des rues Saint-Denys et Maueonseil.
*3 On voit qu'il s'agit, dans ce passage, d'un édifice qui n'est que juré et /onde, maisqui n'est pas encore construit; ce que confirment encore les vers 289 et 290 ci-après. Au lieu de refont peut-être faut^-il lire seront : a Dans leur nouvelle église, les confrères seront très-bellement assis. »
2* Les serfs de la vierge Marie, appelés Blancs-Manteaux à cause de leur costume, s'établirent à Paris, en 1258 (rue des Blancs-Manteaux, 12-16, et rue de Paradis). Ils furent remplacés, en 1297, par les Guillemites, et ceux-ci, en 161», par les Bénédictins, sans (|ue le nom populaire de
38 LES ÉiiLlSES ET MONASTEKE.-'
Ou l'en essuie a (jrans monciaua-
Laine, et en lu hrelonnerie ,
A une petite abbute
Que l'en apele Sarnte-Civis
Dont les frères mêlent les crois 220