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LES ORIGINES DE L'ARCHITECTURE GOTHIQUE

1. Caractère du style gothique. — L'expression d’architecture gothique, employée pour désigner les monuments construits sur le modèle de ceux de la région française du x11° au xv° siècle, a été universellement adoptée et, bien qu’elle repose sur une erreur historique (1), elle a l'avantage d’être précise et comprise de tous. Trois caractères

les églises gothiques et

tièrement différents des églises romanes : 1° La

voûte sur croisée d'ogives

Fig. 1.

(fig. 1) repose sur quatre

(1) Les Goths n’ont naturellement rien à voir dans cette

5 art L'expression de gothique fut adoptée au xvr* siècle, comme

supports reliés par des arcs : deux arcs doubleaux dans la largeur de lanefet deux arcs formerets parallèles aux murs. Entre les quatre supports s'étend une armature composée de deux arcsqui se croisent en diagonale : c’est lacroiséed’ogive, sur les branches de laquelle s'appuient les voitains ou compartiments de voûte. La poussée qui, dans la voûte en berceaux s'exerce uniquement sur les murs latéraux, ou dans la voûte d’arêtes, sur les quatre supports, est ici répartie sur les arcs qui forment l’ossature de la voûte. L'équilibre est donc plus complet que dans les églises romanes; 2°L'arc-boutant. Dans une église romane il y a une liaison intime entre les voûtes de la nef centrale et celles des nefs latérales : les secondes servent généralement à épauler les premières. La hauteur de la voûte centrale est donc subordonnée à celle des nefs latérales, et seule l’école bourguignonne avait été assez hardie pour ouvrir des fenêtres sur la grande nef au-dessus du point de butée des collatéraux. Grâce au procédé de l'arc-boutant les archi tectes gothiques ont résolu le problème etrendu les voûtes du collatéraux absolument indépendantes des voûtes de la nef centrale. Ils ont imaginé de faire partir des contreforts, . sur lesquels s'appuient les nefs des collatéraux, de véritables étais en forme d'éperons, les arcs-boufants (fig. 2) qui passant par-dessus le toit des collatéraux, viennent épauler

les arcs-doubleaux de la grande nef et les décharger ainsi

synonyme de barbare et en opposition au style classique. Les expressions d'architecture ogivale, architecture française, proposées

par Viollet-Leduc n’ont pu prévaloir contre l’usage. Cette ques.

tion offre d’ailleurs un très mince intérêt.

INTRODUCTION b

de la poussée qu’exercent sur eux Les croisées d’ogives. Ce procédé a permis de surélever la nef centrale, et de l’éclairer franchement par un étage de hautes fenêtres. Les murs, dont le rôle était si important dans une église romane, etque l'on faisait assezépais pour supporter la poussée de tout l’édifice, n’ont plus aucune importance

TE dans les églises go-

thiques ; en fait ils sont supprimés dans Pig. 2

la plupart des grandes cathédrales où on a ouvert des cha- pelles latérales entre les contreforts. — 3° L’ornementation naturaliste. À part quelques essais timides, la sculpture romane en était restée à l’imitation dégénérée des formes classiques, colonne pourvue d'un chapiteau à feuille d’acanthe et d’une base attique, ou elle s'était inspirée des motifs géométriques et des animaux stylisés de l'orfévrerie barbare et des étoffes orientales. Pour la première fois peut-être depuis la fin de l’âge hellénique les artistes des cathédrales gothiques regardent la nature, et ornent leurs chapiteaux des feuillages de leur pays. C’est la une révolution profonde dans l’art : de la copie exacte du végétal on en viendra à celle de la forme humaine. Les cartons

d'atelier que les artistes romains ou byzantins se transmet- |

taient précieusement et dont quelques-uns remontaient

aux écoles de l'antiquité feront place maintenant à la na- :

ture.

Ces trois caractères mis à part, on peut dire que l'église

gothique a adopté la plupart des procédés del’architecture

romane, le plan à trois nefs avec transept et chœur à dé-

ambulatoire couronné de chapelles rayonnantes, les piliers à colonnes engagées ou monocylindriques, les tribunes ou le triforium surmontant les bas-côtés, l'ordonnance générale des façades et des clochers. Il n’est pas jusqu’à l'arc brisé lui-même, appelé longtemps ogive par une véritable impropriété d'expression (1), qui ne soit le less de l’ar-

chitecture romane: à partir du xn° siècle on le trouve

dans toutes les provinces, en Poitou, en Bourgogne, en

Provence etc... employé pour les voûtes en berceau et les:

arcades, IT ne fut appliqué que baaucoup plus tard aux fenètres et aux portes ; beaucoup d’églises gothiques ont été construites avec des baies en plein cintre ; toutes au contraire ont leurs arcades en arc brisé. La forme des fenêtres peut donc servir à dater une église, mais ce n est pas un élément essentiel de l'architecture gothique.

die problème des origines. Dartein (Architecture lom-

barde) trouvait la croisée d'ogives à Saint-Ambroise de

Milan, au 1x° siècle. Quicherat en voyait le prototype dans

les «cancri » qui supportaient le phare d'Alexandrie. Il |

(1) Il faut absolument renoncer à à cette mauvyaise habitude et

réserver la dénomination d’ ogives : aux arcs diagonaux qui sou

tiennent les voûtes, k

croyait avec Viollet-Leduc qu’elle avait pu apparaître en même temps sur plusieurs points, à la rotonde de Quimperlé construite en 1029, au porche de Saint-Victor de Marseielle (r040), au porche de Moissac (règne de Philipe [), au narthex de Vézelay (xr° siècle). Corroyer a essayé de faire dériver la croisée d’ogives de l'architecture à coupoles du Périgord. Tous les exemples invoqués pour édifier ces théories ont été reconnus comme très postérieurs à l'apparition de la croisée d’ogives dans le pays qui semble bien être sa patrie d’origine, dans la région française proprement dite (Ile-de-France, Picardie, Champagne, Vexin normand.)

3. Les premières églises gothiques. — C'est dans les églises rurales de ces régions qu'il faut chercher les premiers exemples de croisées d’ogives, d’arcs-boutants et de décoration naturaliste. S'il est à peu près impossible de retrouver le monument original d’où découle tout l’art gothique, si les archéologues hésitent encore enire des églises picardes ou françaises, l’abondance des exemples fournis par cette grande région prouvent que les procédés gothiques sont nés sur son territoire. L'architecture gothique a constitué d’abord une des écoles régionales de l’art ro-

main, l'école française. L'église de Morienval (diocèse de … Soissons) qui date de la fin du xr° ou du début du xrr' siècle, avec ses trois clochers à toits de pierre et l’ornementation | stylisée de ses chapiteaux est une église toute romane ; un détail nouveau cependant s’y montre : les voûtes de son déambulatoire sont soutenues par des nervures lourdes en forme de gros boudins qui reposent sur des piliers monostyles,

Lt

Des croisées d’ogives d’aspect aussi archaïque ont été retrouvées par M. Enlart dans les églises picardes de Lucheux et d’Airaines (1120), par M. Perrault-Dabot à der l'église de Marolles-en-Brie (1117), par M. John Bilsons | en Angleterre (1120); celles-ci seraient une importation

normande, LR

À partir de 1125 environ, la croisée d’ogives paraît avoir

été employée dans de plus grandes proportions. L'église Saint-Etienne de Beauvais construite en 1110 avecune + … charpente, fut pourvue en 1130 de voûtes sur croisées d'ogives ; les bas-côtés actuels datent de cette construction; les chapiteaux sont ornés de larges feuilles d’eau que l’on trouve dans les étangs ou au bord des rivièrés. À Bury

L ainsi et Le profil de l’ogive est déjà moins ar-

CAR chaïque ; il se compose de deux gros tores sé- di Fig. 3. À

| (vallée du Thérain) les trois nefs ont été voütées

parés par une fine arête (fig. 3) ou de trois boudins accolés, dont un aminci en amande (fig. 4) : cette église date de 1120. L'église de Poissy, restaurée entièrement par Viollet-Leduc, indiquait les hési-

. tations d’un architecte du Parisis, entre 1125 . 1

et 1135. Tous les arcs étaient en plein cintre ; Fig. 4. les voûtes d’arèête appareillées se montraient à côté des voûtes sur croisées d’ogives. Sur

les chapiteaux les entrelacs se mêlaient aux feuilles d'eau,

aux feuilles d’acanthe et aux arums. L'église abandonnée de la Noël Saint-Martin (canton de Pont Saint-Maxence), | : celles de Bellefontaine, Cambronne-lez-Clermont (Beau-

vaisis), la crypte de Cormeille en Parisis, le porche de la do ani:

chapelle octogonale des Templiers à Laon, les églises de Vauxrezis, Bersy-le-Sec, Courmelles (diocèse de Soissons) datent de la même époque et marquent les progrès de la croisée d'ogives. À Paris l’église du prieuré de Saint-Martin des Champs (aujourd’hui Conservatoire des Arts et métiers), construite vers 1140, offre le plan d’une église à double déambulatoire qui prévaudra dans la suite ; cette

+ galerie est d'ailleurs couverte de voûtes d’arêtes et l’ogive m'est employée que pour le chœur et la chapelle absidale. 4. — La basilique de Saint-Denis. Les constructions de

. Suger à Saint-Denis montrent la première application du

style gothique à un grand édifice. Désireux de reconstruire son église abbatiale, dont l'étroitesse avait provoqué, un jour de fête, une catastrophe et, professant sur le luxe des églises des idées opposées à l'austérité exigée par saint Bernard, il s’adressa aux meilleurs architectes, interrogea les pèlerins sur les splendeurs de Sainte-Sophie

de Constantinople et songea à faire venir par le détroit de Gibraltar des colonnes de marbre du palais de Dioclétien ;

la découverte d’une carrière de calcaire très dur dans les” environs de Pontoise l'empêcha d’avoir recours à ce moyen,

et la population s’attela volontairement aux énormes blocs tirés de cette carrière qui servirent à construire les füts monolithes du déambulatoire. Les nefs actuelles et le transept de Saint-Denis datent de la reconstruction de Saint-Louis ; à l’œuvre de Suger appartiennent la façade, les deux premières travées, le chœur et son double déambulatoire, la crypte. La façade avec son double étage de qaies couronnées de créneaux et ses deux tours carrées,

dont une seule subsiste, montre le mélange d’arcs brisés et d'arcs en plein cintre qui caractérisent le début du xn° siècle ; la décoration sculpturale des tympans de ses

trois portails est toute romane et bourguignonne d'inspi=

ration. La façade et les premières travées furent inau-

gurées en 1137; immédiatement après on commença les travaux du chœur qui fut consacré le 121 juin 1144, en. “ présence de Louis VIT, d’Aliénor de Guienne, de Thibaud He de Champagne et de dix-huit évèques. Le chœur comporte | 4

un double déambulatoire supporté par des piliers cylin-

driques et monolithes surmontés de beaux chapiteaux à

crossettes ; sept chapelles rayonnantes le couronnent ;

au-dessous s'étend l’ancienne crypte agrandie par Suger

et couverte de voûtes d’arêtes appareiïllées. Quant aux ne

deux premières travées de la nef, elles ont conservé leurs |

voûtes sur ogives à profil de trible boudin retombant sur

des colonnettes engagées dans les piliers.

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