Les ouvriers et les francs-maçons. La construction
et la décoration des églises exigcaient un personnel nom-
breux de compagnons tailleurs de pierre, maçons, charpentiers, peintres, imagiers, sculpteurs sur bois, verriers,
orfèvres etc... qui devaient être pourvus d’une instruction :
technique assez développée. Gertaines familles se trans ‘à mettaient de père en fils les secrets de leur profession ; il à ÿ a de véritables dynasties de peintres et d’imagiers; Evrard d'Orléans par exemple, en fonde une sous Phi
ne -le-Bel. D'autre part la construction is pause
LES ÉGLISES GOTHIQUES 19 lier qui duraient plusieurs générations et dans lesquels les connäissances techniques étaient données aux apprentis sous la forme d'un enseignement mystique à l'abri de la
Curiosité des profanes, Le travail terminé, maîtres et compagnons unis par des liens de solidarité, se rendaient sur üun autre chantier et commençaient à bâtir une nouvelle œuvre. Il se forma ainsi de véritables corporations ambulantes qui parcoururent l’Europe en se mettant au service des princes et des évêques bâtisseurs. Telle est l’origine des francs-maçons ; on les trouve organisés au xmr° siècle autour des travaux de la cathédrale de Strasbourg. La discipline la plus sévère régna dans ces confréries qui englobaient à la fois maîtres et compagnons; leurs membres devaient mener une vie honnête et accomplir régulièrement leurs devoirs de chrétiens; des conseils d'arbitrage jugeaient les différends qui pouvaient se produire dans le sein de l’association. Ce fut surtout en Angleterre et en Allemagne que les confréries de « logeurs du bon Dieu » et de francs-maçons se répandirent ; leur institution fut approuvée par les empereurs et au
xiv° siècle ils fournirent des architectes et des ouvriers aux travaux gigantesques de la cathédrale de Milan.
9. Les étapes de la construction d’une cathédrale, — L’enthousiasme des populations pour la construction des églises se ralentit à la fin du xru° siècle et surtout au xiv* siècle. La guerre de Cent Ans anéantit la prospérité économique de la France et ruina l'Eglise (1). D'autre part le plan des cathédrales avait été conçu d’une manière si grandiose, qu'il eût fallu de longs siècles de travail pour l'exécuter. Aussi un grand nombre de cathédrales sont restées inachevées ou n'ont été terminées que de nos
Lib:
(1) Voy. là-dessus l’article de M. Petit-Dutaillis QU historique, jaillet He
jours : la grande flècle de Cologne, les clochers de Cler-
mont-Ferrand sont de construction récente. Reims attend
toujours les flèches qui devaient couronner ses tours et Beauvais n’a pas encore sa grande nef. Peu de cathédrales ont été bâties d’un seul jet ; la consécration avait lieu dès que le chœur était exécuté, puis les travaux étaient interrompus souvent très longtemps; pendant ce temps les goûts et les méthodes avaient changé ainsi que l’instruction des maîtres-d'œuvre. Sans se soucier de conserver l'unité du style ou le plan du monument, chaque maître-
d'œuvre apportait à l'édifice ses modifications personnelles
et la manière de son temps. Une cathédrale est donc en général un édifice disparate dans lequel on peut étudier la stratification de tous les styles, du xn° au xix° siècle
mais il est rare que ses proportions grandioses ne fondent pas dans un ensemble harmonieux les apports de tous les
âges.
par exemple. Après l'incendie de 1218, l'évêque Evrard de Fouilloy résolut de la rebâtir sur un plan gigantesque ; un maître-d'œuvre de l'Ile-de-France, Robert de Luzarches,
le traça et commença à construire la nef, le chœur roman
ayant été réparé provisoirement. En 1223, à la mort
d’Evrard les fondations de la nef étaient jetées. Le succes-
seur de Robert de Luzarches, Thomas de Cormont, éleva
la nef et le transept jusqu’à la naissance des voûtes. Son … fils, Renaud de Cormont y travailla après lui etcommença
le chœur. Puis, en 1240 les constructions furent suspendues, faute de ressources ; pour comble de malheur un
incendie vint en 1258 détruire une partie des charpentes, et ce fut seulement alors, après dix-huit ans d'intervalle, … qu’on recommença les travaux. Les voûtes du transept et il du chœur ne furent terminées qu’en 1269. Au x1v° siècle on construisit des chapelles latérales entre les contreforts.
C'est ce qu'il est facile de voir à la cathédrale d'Amiens, |
Au xv° siècle on acheva les tours de la façade, et on éta-
blit entre elles la grande rose ; à l’intérieur en 1490 le | prévôt Adrien de Honnecourt fit don de la clôture en pierre du chœur. Du xvr° siècle datent les clôtures des chapelles du transept, les stalles du chœur et la flèche centrale. Puis viennent les périodes de vandalisme du xvi® siècle (en 1771 on badigeonne le chœur!) et enfin les restaurations modernes de Chaussey (1820-1849) et de Viollet-Leduc (jusqu’en 1874).
Bibliographie. Lambin. Les francs-maçons au Moyen Age, Paris, 1899. — Levasseur. Histoire des classes ouvrières en France, — Fagniez. Documentsrelatifsà l'industrie du ve au xvr° siècle (collections de textes-Picard). — Album de Villard de Honnecourt publiée en fac-simile par Lassus, Paris, 1858. — Demaison. Les archi-
tectes de la cathédrale de Reims. B. A. G, T. H. 1894 et 1898.