‹ Les églises gothiquesChapitre 6 sur 19 · Chartres. — La cathédrale commencée en 1115 par · texte numérisé non relu

Chartres. — La cathédrale commencée en 1115 par

l'évêque Fulbert en 1115, et achevée entre 1160-1170 aété

détruite presque entièrement par l'incendie de 1194. Il n'en est resté que la crypte romane, les deux clochers et, comme l’a montré M. de Lasteyrie, les sculptures toutes romanes, encore, du portail royal. Le Clocher Vieux a conservé sa belle flèche du xrr° siècle, mais l’église actuelle a été reconstruite entièrement sur un plan nouveau, de

2. Sens. — La cathédrale de Sens bâtie vers 1168 est … une de celles qui a le mieux conservé l’ordonnance de la

fin du xn° siècle. La principale innovation adoptée à cette

époque pour les cathédrales fut l'emploi de la voûtes LE d'ogives sur plan carré et adaptée au plan lombard dont …

(x) Il n’y a aucun avantage à garder les expressions équivoques

de style primaire, style de transition etc...

Ts

le principe a été probablement fourni aux architectes de l'Ile-de-France par les églises normandes. Commeen Normandie, en effet, lestravées de la nef centrale de Sens correspondent chacune à deux travées des nefs latérales et de deux en deux les piliers qui soutiennent les arcades sont renforcés.

Une voüte sexpartile ou à six panneaux (fig, 5) couvre chacune de ces travées centrales ; chacun des gros piliers reçoit donc trois retombées, celle de l'arc doubleau et celles des deux nervures diagonales; les piliers intermédiaires, au contraire, ne supportent qu'une seule nervure qui divise le carré en deux parties égales, À Sens ces pihiers très légers sont formés de ra füts accouplés.

. 3. Notre-Dame de Paris. — L'évêque Maurice ds Sulli réunit sous le vocable de Notre-Dame les deux églises de Saint-Etienne et de Sainte-Marie qui se dressaient à la pointe de l’Ile de la Cité. La première pierre de la nouvellecathédrale, fut poséeen 1163 par le pape Alexandre IIT ; à la mort de Maurice de Sulli, en 1196, le chœur et une partie du transept étaient achevés, les fondations de la nef jetées ; en 1235 le plan de Maurice de Sulli était exécuté entièrement et la cathédrale terminée ; sous le règne de Saint Louis, après l'incendie de 1240, eut lieu un remaniement qui modifia en partie le plan primitif et * les travaux duraient encore en 1351. Malgré les modifications, les mutlations, les restaurations qu’elle a subies, l'église actuelle de Notre-Dame a gardé encore l'empreinte

de ses premiers architectes. Le plan du xrr° siècle compor-

tait comme aujourd'hui cinq nefs, un transept peu saillant et un chœur très dégagé sur lequel s’ouvrait un double collatéral, dont les chapelles rayonnantes ont été modifiées. Les arcades qui entourent le rond-point du chœur et séparent la nef centrale des collatéraux sont soutenues

par de magnifiques colonnes cylindriques qui reçoivent

les retombées des voûtes sur de larges abaques ; on a re: noncé à faire retomber chaque nervure sur une colonnette, comme dans les deux premières travées de Saint-Denis. Les voûtes sont sur un plan carré et sexpartites, mais au

lieu de renforcer, comme à Sens, de deux en deux les pi-

liers qui bordent la grande nef, on a trouvé une solution plus élégante : ce sont les piles placées entre les deux collatéraux qui ont été pourvues alternativement des colonnettes destinées à les rendre plus résistantes; pour les autres

supports on a gardé la forme cylindrique. Les doubles”

collatéraux supportent de larges tribunes qui s'ouvrent sur la grande nef par des arcades géminées. En outre, avant les restaurations du xmi° siècle, de jolis œilsde-bœuf à meneaux décorés de dents-de-scie, éclairaient les combles des collatéraux et formaient un second étage de baies entre les tribunes et les fenêtres hautes (1). Pour la première fois l’arc brisé est employé exclusivement pour toutes les baïes ; le plein cintre n’est plus admis que pour

la croisée d’ogives qui soutient la voûte ; la forme des arcs-

brisés est légèrement surhaussée. Les fenêtres ont un aspect de simplicité élégante : elles se composent de deux arcs brisés surmontés d’une petite rose, le tout inscrit dans un arc plus large. Le profil des nervures est encore

peu compliqué, mais va en s’allégeant : c'est une baguette .

(r) Cette disposition a été rétablie par Viollet-Leduc dans les

‘travées voisines du transept.

centrale entre deux boudins qu’il est facile d'inscrire dans un épannelage rectangulaire. À l'extérieur la façade comprise entre les deux tours carrées que sépare la rose surmontée d’une galerie à jour, fut construite äans la première moitié du xn° siècle. Les arcs-boutants ont encore une structure massive, mais le plan à doubles collatéraux a permis de les faire à double volée ; les piles qu séparent les doubles-collatéraux ont été prolongées à l’extérieur et maintiennent ainsi l’arc-boutant en son milieu.

4. Noyon. — La cathédrale de Noyon fut entreprise longtemps avant celle de Paris ; la consécration du chœur dans lequel on exposa la châsse de saint Eloi, date de

1193. Malgré la restauration du xm° siècle, au cours de laquelle on a transformé les voûtes sexpartites en voûtes sur plan barlong, elle a conservé son plan primitif, ses trois nefs de dix travées, son transept très développé et terminé comme celui des églises rhénanes par deux absides, son chœur à double déambulatoire couronné de cinq chapelles rayonnantes et inspiré visiblement de celui de Saint-Denis. Les supports se composent alternativement de piliers cylindriques et de piliers à type roman renforcés par des colonnettes ; cette alternance, qui n’a plus de raison d'être aujourd’hui, était due à l’établissement des voûtes sexpartites. À l'intéricur on trouve, avant d’arriver aux hautes fenêtres, un double étage de tribunes et d’arcatures trilobées. Le plein cintre est encore associé à l'arc brisé ; les bras du transept par exemple sont éclairés par des fenêtres géminées sous un arc en plein cintre.

5. Laon. — La cathédrale actuelle de Laon n’est pas comme on l’a cru longtemps l'église relevée en 1114 après la sanglante émeute dans laquelle l'évêque Gaudri avait été massacré par les partisans de la commune ; on res-

= taura seulement à cette époque l’ancienne église romane

et ce fut sous l’évêque Gautier II de Mortagne qu'on commença, à partir de 1164, à élever une cathédrale plus vaste. Le chœur était terminé en 1174, mais quand les travaux furent repris en 1191, le nouvel architecte, modifia l'ordonnance primitive et remplaça l’hémicycle du chœur par un chevet carré tout à fait exceptionnel dans l'architecture religieuse. L'église se compose de trois nefs à onze travées, d’un transept très accusé sur lequel

s'ouvrent, à la mode normande, deux absidioles à l’est et

du chœur sur plan carré qui comprend dix travées et se termine par le mur qu’éclairent trois fenêtres. La grande nef est couverte de voûtes sexpartites dont les nervures principales reposent sur des piliers renforcés par des fais= ceaux de colonnettes. À l'extérieur, la cathédrale apparaît dans une position magnifique, assise sur le plateau autour duquel la ville est construite. À la croisée du transept, s'élève comme dans les églises normandes une grosse tourlanterne carrée percée sur chaque face de deux fenêtres. La façade est comprise aussi entre deux tours carrées terminées par des beffrois de forme octogonale ; c’est une ordonnance analogue à celle des tours de Jumièges ; quatre tours semblables s’élevaient autrefois au-dessus des croisillons, mais deux d’entre elles ont disparu. Au deuxième étage des tours de façade on sculpta des figures colossales de bœufs en souvenir des attelages qui avaient servi à monter les matériaux sur le plateau. Au sud s'appuie aux murs de la cathédrale un des plus anciens cloîtres qu’ait produit l'art gothique ; ses arcades sont ornées d’une baie géminée surmontées d’une rose.

6. Le style du xu° siècle, — L'exemple de la cathédrale de Laon montre assez qu'à la fin du xu° siècle les architectes de l'Ile-de-France ont emprunté à l'école normande quelques-unes de ses dispositions. Au moment même où les Normands remplaçaient les charpentes de leurs églises

LES ÉGLISES GOTHIQUES fi à plan lombard par des voûtes sexpartites, l'alternance des piliers de module différent s’introduisait dans la région française et les voûtes sur plan carré paraissaient préférables aux voûtes barlongues qui avaient couvert les nefs des premiers édifices gothiques. Les autres caractères auxquels on reconnaît les églises de la deuxième moitié du xu° siècle sont : le dessin des fenêtres composées de deux arcs aigus gé- dimee,

minés surmontés d’un œil

ou d'une rose sous une arcade; les piliers cylindriques qui reçoivent les retombées des voûtes sur leur tailloir ; les profils encore très simples des nervures: les sculptures des chapiteaux où dominent, à Laon et à Saint-Julienle Pauvre par exemple, les feuilles d'eau associées aux bourgeons et les folioles repliées (fig. 7) ; les bases qui sont encore presque antiques comme à l'époque romane et se composent d’une scotie creusée entre deux tores.

Pour relier l'anneau qui termine le fût à la base, on se sert beaucoup au xni° siècle de griffes sculptées, (Saint-Germain-des-Prés, Saint-Julien le Pauvre). La base elle-même repose sur un socle à plan carré dont on a abattu les angles saillants (fig. 6).

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