‹ Les Égyptiens préhistoriques identifiés avec les Annamites d'après les inscriptions hiéroglyphiquesChapitre 12 sur 43 · AM-MO, AM-MOU, AM-MOUN · texte numérisé non relu

AM-MO, AM-MOU, AM-MOUN

couronne rouge, symbole de la souveraineté. Ses mains tiennent le sceptre terminé par la tête du lévrier.

L'animal symbolique d'Ammon est le bélier.

La langue annamite va nous aider à nous reconnaître dans ce dédale le plus confus de traductions de textes se rapportant à une antiquité de 8000 ans. L'annamite nous apprend d'abord que le nom de ce dieu pourrait s'écrire Am-mo ou Am-mou ou Am-moiin; Am et mo, et mou, ont en annamite, parmi leurs différentes significations, la signification commune de obscur, secret, mystérieux, au sens physique comme au sens figuré, signification dont la répétition sert, dans cette langue ainsi qu'en chinois, à bien spécialiser le caractère « mystérieux » du mot Am-moun.

On a, en efîet : Am, obscur, secret, mystérieux, caché, ténébreux, clandestin, crépuscule, soir; mo, nuit, soleil couchant, tombeau; mou, caché, obscur, secret, noir; mong, lune obscure.

La traduction qui a été donnée, par quelques auteurs, de Ammon-Ra, par « Le soleil caché », le dieu caché se manifestant par le soleil, ne nous paraît donc point, en raison des significations qui précèdent, devoir être acceptée; comme nous le verrons, c'est le sens de « mystère de la génération » qu'il conviendrait plutôt d'attribuer à l'expression Am-Mon.

Disons encore que mot, en annamite, signifie un, unique, que mou et 7nao signifient tous deux « voile, capuce, capuchon, bonnet, mitre, couronne », emblèmes de domination, et aussi « bonnet en usage dans les sacrifices des Païens », nous dit le dictionnaire

22 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES annamite'; qu'enfin Mu-ong sert à désigner une bête féroce : lionceau, loup, sans cloute une bête symbolique et que, en tout cas, ce mot suivi du mot San, chasser, signifie lévrier (en annamite Muong-san), l'animal du chasseur, par excellence, dans l'Egypte antique.

Mais, ce qui marque encore plus le caractère particulier de « mystérieux » du dieu Ammon, c'est le sens ci-après du mot annamite Am, que nous copions textuellement dans le dictionnaire : « Am (comme Râm), matière fluide en repos, matière obscure, inférieure; obscur, secret; principe femelle (par rapport à Deueung qui est le principe mâle, la matière active, forte, lumineuse, le fluide toujours en mouvement) : Am-Deueung, la terre; les deux principes des changements qui donnent naissance aux quatre formes d'où partent toutes les créatures, les sorts ; le principe mâle et le principe femelle ».

Nous sommes, en ce point, en pleine confusion, sans doute voulue, S3"stématique, imposée aux Égyptiens, comme un dogme, comme un article de foi, par leurs prêtres, dans le but de créer 1' « obscurantisme », le « mystère », grâce auquel ces derniers ont pu conserver, pendant une longue série de siècles, un moyen de susciter et de perpétuer le trouble dans les consciences, d'entretenir une foule de superstitions, de règles religieuses ; de faire naître des sentiments mys-

i. En comparant les bonnets que portent actuellement, comme coiffures, les prêtres et les dieux de la Chine et de l'Inde, à ceux qui, dans les hiéroglyphes, couvrent la tête du roi Am-mon, on constate une similitude complète.

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tiques, etc., qui seront autant d'éléments puissants de domination sur les masses ignorantes et crédules ' .

Nous nous trouvons vraisemblablement en présence de la religion qui a enfanté ailleurs le taoïsme et qui a inspiré les doctrines philosophiques des grands penseurs de l'antiquité.

Cherchons à sonder la profondeur du mystère. La signification ci-dessus de Am, si elle était appliquée au deuxième dieu, Mouth, qui semblerait devoir être l'élément femelle, c'est-à-dire « la mère », nous en fournirait une explication facile. Mais la matière active, se rapportant à Moutli, a, en ann., un autre nom, deueung.

D'autre part, Mouth, qui est, dans certaines circonstances, représentée avec le signe caractéristique de la faculté de créer (elle s'appelle alors Tha-AIoun), l'est, dans quelques figures, avec l'attribut générateur. C'est alors Ammon, disent les textes, dans la seconde personne de la trinité égyptienne thébaine. Cette divinité serait ainsi susceptible de représenter tour à tour, ou à la fois, le principe mâle et le principe femelle. Or, Mouth a pour emblème le Vautour qui, dans les temps préhistoriques, ainsi que l'attestent des inscriptions hiéroglyphiques, était considéré comme

1. Cette ligne de conduite ne se trouve-t-elle point admirablement résumée dans la déclaration suivante d'un grand personnage dont le tombeau est conservé dans les galeries du Musée du Louvre? On lit, comme épitaphe, sur le tombeau de ce personnage qui se nomme Ptah-Mer et s'intitule Grand Pontife de Memphis, « qu'il avait pénétré les mystères de tout sanctuaire; qu'il n'était rien qui lui fût caché. Il couvrait d'an voile le flanc de tout ce qu'il avait vu. » Cette dernière phrase, ajoute avec beaucoup de justesse le traducteur de l'inscription, nous montre bien que « si c'était un rare privilège de soulever le voile des mystères sacrés, c'était en même temps un devoir de le laisser retomber •>.

24 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES un animal hermaphrodite, se reproduisant lui-même. D'un autre côté, le Bélier, animal symbolique d'Ammon, est exprimé, en annamite, particulièrement par le même mot ci-dessus, de\œung, principe mâle, qui désigne en plus, comme la racine dé, dzé, d'où il est tiré, et les variantes da, dza, les autres animaux de l'espèce ovine et aussi : père, ventre, beaucoup, descendants, postérité*. Or, la lune, en langue taï, est précisément désignée par ce mot deueung ou dueun. Cet astre, et par suite Moim, dont la lune est l'emblème, constituerait, dans ces conditions, le principe mâle, actif, en raison, sans doute, de l'impression causée sur les esprits primitifs par le travail des phases lunaires. Am, nous l'avons vu, est le principe femelle. La réunion de ces deux principes et du mot ra, produira, Am-Moiui-Ra, terme qui représenterait 1' « Eternelle puissance créatrice » '.

1. Le signe de la constellation du Bélier, se dit, en annamite, dzan, mot qui, comme ran, d:a et ra, a la signification de serpent, père, créer : cet animal est bien considéré ainsi comme le symbole de la création.

2. Deueung, qui, en annamite, signifie principe mâle, et en taï, lune, est la prononciation annamite du mot chinois thang, dont le caractère, dans cette dernière langue, signifie, à la fois, blancheur, éclat (comme les mots annamites, trang, blanc, lune; trai, garçon, le mâle) et, à la suite d'une très légère modification : obscurité (allusion à l\un-deueung des Annamites).

On connaît la figure par laquelle est représenté cet Am-deueung, principe mâle et principe femelle, appelé aussi Dai-Cuc (le Yn-Yang ou Tai-ky, des Chinois;, et qui, présume-t-on, est le plus ancien signe symbolique de Thumanité, <■ représentant les deux influences contraires, le bien et le mal, la chaleur et le froid, le mouvement et le repos, dont la combinaison et l'action commune donneraient naissance à tous les êtres et à toutes les choses ».

D'après les sinologues, le cercle du Yn-Yang figurerait le ciel ; les deux parties, l'une noire, l'autre blanche, seraient le jour et la nuit se pénétrant mutuellement et s'entraînant autour d'un axe. Nous pensons que ce symbole fait allusion à l'hermaphrodisme de Mouth,

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Poursuivons noire étude sur les noms désignant les dieux de la trinité thébaine.

2° Moulh a le même radical que les mots mère, militer, mater, millier, etc., de toutes les langues; mou signifie d'ailleurs mère, en annamite et en chinois.

Tha-Moiin, le titre le plus imposant de cette déesse, qui la représente, disent les auteurs, comme « Etre créateur à l'égal d'Ammon », doit se traduire par femme, épouse par excellence. Avec ce titre, en effet,

et, peut-être aussi, en même temps, à doux principes génériques primitifs, race blanche et race noire, qui auraient donné naissance à toutes les autres races. Notons (jue des divinités du Panthéon de rExlrème-Orient sont représentées tenant un enfant dans les bras et désignées par la dénomination de « Vierges-mères » ou par des termes analogues : elles ont sans doute hérité cette faculté de concevoir et d'engendrer, sans l'intervention d'un autre être, de la croyance primitive (jui attribuait à Mouth ce pouvoir. Observons que certaines de ces divinités antiques sont tantôt représentées sous la forme d'un homme et désignées par un nom masculin, tantôt sous la forme d'une femme. Ainsi la déesse annamite Kouan-Am, en chinois, Kouan-In, la <• Vierge voilée », s'incarne sous la forme de Ba-lôn (Grande Dame), et sous celle de Omj-Lôn (Grand Seigneur). De même, dans le culte primitif des Japonais ou Kami, l'animal fabuleux qui symbolise le dieu principal est le Kirin, mâle et femelle, source de tous les êtres. D'autre part, on trouve, au Cambodge, dans des monuments dédiés à Civa et à son épouse Uma, les deux divinités réunies sous la forme d'un seul corps mâle. D'autres statues représentent, comme symbole de la même idée, LaUsmy, femme de Vishnou, avec l'image de son époux dans sa coiffure. N'y aurait-il point à tirer des faits qui précèdent (jnelque indication relativement à l'idée que les races primitives s'étaient formée, ou qu'elles avaient reçue, par la tradition, du mode de reproduction des espèces animales et végétales (qui, à leur sens, auraient été d'abord hermaphrodites), aux premiers âges de la création ; et, si l'homme avait pu transmettre et conserver, dans ses croyances, un souvenir, si faible qu'il fût, de ces âges, n'y aurait-il point là une preuve, ou tout au moins une forte présomption, en faveur de la doctrine de ceux qui pensent que cet être a été doué, dès sa création, d'une intelligence réelle, supérieure, et qu'ainsi il n'aurait point eu besoin d'avoir le singe comme prototype ?

26 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES Mouth porte toujours le signe caractéristique de la faculté de créer. On a, en annamite : The, épouse ; Iheo, obéir, suivre (servante); thay, maître, maîtresse; thai, terme de respect; thi, appellatif des femmes; than-maou la sainte mère, et mou, appellatif des femmes âgées. Tha-Moun signifie ainsi, à notre avis, la mère, la femme qui engendre, par excellence, d'une manière mystérieuse, aussi bien que l'épouse divine d'Ammoun.

Mouth est tantôt coiffée de la double couronne (en annamite mou) ; tantôt, sa coiffure est formée par une dépouille de vautour appliquée sur sa tête en forme de bonnet ou de capuchon {mou) '. Elle tient à la main la croix ansée, symbole de la vie divine, disent les textes. Than, en annamite, comme le mot Tha, de Tha-Mouth, signifie Esprit, Génie, Saint, divin, immortel; la croix se dit, en annamite, thanh r/ia; en chinois, thap teu. Le vocable tha, de Tha-Moun, se retrouve dans ces mots.

Enfin, un autre de ses titres, « Souveraine de la Nuit», peut aussi s'expliquer par la signification des vocables annamites mo, mou, que nous avons déjà donnée : nuit, soleil couchant, obscur, noir, aller de nuit, lune obscure, etc., en même temps que par la signification du mot Tah, Tla, etc., qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, dans différents idiomes de tribus indo-chinoises, est le nom même de la lune, et personnifie cet astre, en tant que déesse, être divin , sacré, etc., et objet de couleur blanche.

1. Cette dépouille lui sert de voile: c'est aussi la « Mère voilée ■■, à rapprocher de la « Vierge voilée » des Annamites; mou, voile, mj-the.

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