SOHN. KHONS. DIE SONNE
cipe inerte, passif, femelle; Moiin, le principe actif, mâle; Khons, ou Khon, le Fils, l'Effet, et dieu lunaire. Dans le terme Am-Moun-Ra, employé pour caractériser cette Triade, Ha, soleil, en égyptien, est substitué à Khon, lune, pour désigner le Fils, l'Effet. Le soleil ou la lune peuvent ainsi être, tous deux, le Fils, l'Effet. Or, les mots va, ran, dan, dzan, djan, etc.,. signifient serpent, dent, blanc, dans presque toutes les langues, et, notamment, en hébreu, en annamite et dans les langues européennes. Le Fils, l'Effet, dont il est question dans ces religions préhistoriques, pourrait, dans ces conditions, être assimilé au serpent de feu. à l'éclair, considéré par les primitifs comme l'Esprit céleste, le Verbe (de ver, blanc, lune, lumière), le fluide qui crée, qui donne la vie ; le principe qui saisit, anime, inspire, insuffle l'initiation, etc., principe, fluide. Esprit symbolisés pai* la lumière astrale, la blanche colombe, etc. Dans la confusion apparente de ces conceptions théosophiques diverses, réside, peut-être, le point de départ de la distinction entre les deux systèmes religieux antiques toujours en lutte, le système solaire (principe femelle), et le système lunaire (principe mâle), représentant des intérêts, des aspirations, des races rivales. Quoi qu'il en soit, nous constatons, en allemand, la similitude phonétique du mot Sohn, qui comme Khon, signifie Fils, et du mot die Sonne, au féminin, le Soleil; il en est de même du mot masculin der Moond, la Lune, et du mot égyptien et annamite Moun, dieu lunaire, principe mâle. Nous terminerons par cette double constatation : i° Le lien qui unit de la manière la plus évidente
96 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES les religions et les civilisations asiatiques à celles de rOccident, les siècles passés aux présents, c'est, nous le répétons, la croix, l'expression symbolique, née avec la nature humaine même, de l'odieux cri « crois ou meurs », par lequel fut toujours, de tout temps et en tous pays impitoyablement et violemment réprimée toute tentative de liberté de conscience, d'aspiration vers le Progrès, vers l'Idéal, lorsque celle-ci se trou- A^ait en opposition trop flagrante avec les intérêts des sectes ou des tyrans au pouvoir;
2° L'Egypte, par sa situation géographique, au point de jonction de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe, a constitué de tout temps comme un trait d'union entre les races de ces continents. C'est sur cette terre, qu'aux différentes phases de la formation des races préhistoriques, dans le remous des peuplades qui s'y produisit constamment sous l'action de causes multiples, que se perpétrèrent les mélanges d'où sont sorties les principales dérivations des langues et des races primitives. L'essaim humain le plus antique qui vint s'y fixer, fut un rameau, détaché de cette tribu-mère taï-annamite, originaire de Ngo (la première terre sortie du sein des flots). Au fur et à mesure de l'accroissement de sa population, cette tribu en déversait ainsi l'excédent dans les directions diverses, à la recherche de nouvelles terres habitables. Naturellement, les exodes successifs suivaient les directions jalonnées par les précédents essaims et fusionnaient avec eux, ou cherchaient à s'imposer à ces derniers par la conquête. L'un de ces exodes ou doubles donna, comme nous l'avons vu, son nom à l'Egypte.
Et maintenant, quelles conclusions tirerons-nous de cette étude? Nous croyons qu'il n'en est point de mieux appropriées au but que nous nous sommes proposé, que celles que nous avons déjà formulées à la fin de notre volume Annamites et Extrême-Occidentaux ^
1. Par la publication de ce volume, en 1894, et, aussi, en 1892, par celle de rAnnamite, mère des langues, l'idée fut émise pour la première fois, pensons-nous, ou tout au moins le premier essai fut tenté de démontrer : qu'un grand nombre de mots, d'objets de toute sorte, de mœurs, de coutumes, de détails des rites cultuels, etc., des races de l'Extrême-Orient : Annamites, Cambodgiens, Tartares, Japonais, Chinois, etc., se retrouvaient, à l'état de vestiges et parfois même sans modifications sensibles, dans le langage, les légendes, les coutumes, les monuments, etc., des races de l'Èxtrôme-Occident: Français, Germains, Grecs, Celtes, Mandé, Ouolofs, Égyptiens, etc., ou encore paraissaient y constituer comme le prolongement de la pensée qui avait présidé à la conception des principes d'après lesquels se sont formés les langues, les rites, les arts, etc., de ces diverses races.
Cette opinion ne rencontra tout d'abord que des incrédules et souleva môme de vives criti(iues. Cependant, la voie était ouverte et, peu à peu, grâce aux dispositions prises pour faciliter la diffusion, en Indo-Chine, de ces idées, — notamment par la distribution de nombreux exemplaires de ces volumes dans les divers milieux — cellesci firent leur chemin; aussi, ce n'est point sans une grande satisfac-
^8 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES Quand nous n'aurions réussi, redirons-nous, avec la même conviction, affermie encore par les constatations et les résultats que le présent travail a mis en relief ; quandnous n'aurions réussi qu'à provoquer la curiosité des archéologues, des philologues ou des linguistes de profession, ou encore à éveiller l'esprit de recherche et d'ohservation chez nos camarades de l'armée coloniale, chez les fonctionnaires, explorateurs et, en général, chez tous ceux qui, au cours de leur existence au delà des mers, sont amenés à se trouver en contact avec les races les plus diverses, ce serait un résultat déjà considérable à nos yeux, et nous n'hésiterions pas à nous en féliciter.
Assurément, on ne saurait trop étudier les langues
tion que l'auteur de ces lignes constate que, depuis (luelcjues années déjà, une pléiade de chercheurs a entrepris d'atteindre au hut (|u'il s'était proposé, en procédant à l'étude comparée de ces races, à l'aide de tous les témoins arcliéolopi(jues, anthropologiciues, philologiques, et de tous autres documents matériels et moraux que sont susceptibles de fournir, en abondance, à ceux (}ui savent les interroger, les langues, les mœurs, les légendes et le sol de l'Extrême-Orient.
1. Et, aussi, ajouterons-nous, par les résultats des recherches auxquelles nombre de savants de tous les pays consacrent leur existence. Ecoutons ce qu'a écrit sur ce même sujet l'un des plus éminents d'entre eux :
« Quoi ([u'il en soit, les recherches et les fouilles attirent tous les jours notre attention d'une façon plus spéciale sur une race primitive — plus ancienne que les Hébreux — peut-être même ([ue les Égyptiens (qui, je le répète, peuvent avoir réellement un peu de son àang), plus vieille même que la race chinoise qui, elle, est certainement de son sang, et auprès de qui les Grecs et les Romains, et même les Hindous sont nés d'hier.
« Nous ne les voyons jusqu'ici que confusément, comme à travers un voile : mais nous les voyons suffisamment pour savoir que, lorsque le voile sera soulevé, nous serons en contact immédiat avec ce qui est ijeutêtre la race la plus extraordinaire que le monde ait vu et dont les annales diront bien des secrets et résoudront bien des problèmes. ■■ (La race la plus ancienne, par Alexandre II. Japp; ouvrage paru en 1898.)
sémitiques ou indo-européennes, dont l'histoire est plus intimement liée à celle de l'ancien monde ; et ainsi dont les origines nous font remonter jusqu'au passé le plus lointain de notre race. Mais, pour qui veut éclaircir le problème de l'origine du langage, il est d'autres langues dont l'étude peut apporter des éléments précieux d'information. Telles sont ces langues de l'Extrême-Orient, parlées par des centaines de millions d'hommes; vieilles de milliers de siècles, peut-être. Elles ont produit, on le sait, des œuvres philosophiques et littéraires d'une importance considérable, dont les textes originaux se conservent comme de pieuses reliques, dans les bibliothèques impériales des fils des Célestes, et qui sont, chaque jour, consultées, invoquées, commentées, vulgarisées par un monde d'érudits et de lettrés. Les peuples qui parlaient ces langues ont possédé, dès la plus haute antiquité, tous les caractères de ces races supérieures dont nous avons tenté, ailleurs, d'esquisser la formation : races fortes, entreprenantes, d'une civilisation relativement aA^ancée, adonnées à la navigation, et essentiellement conquérantes; autant de causes qui furent de nature à produire leur essaimage sur le reste du globe, et, avec lui, la dispersion de leurs idiomes et de leurs idées. Et, à la vérité, la science ne constate-t-elle pas dans nos institutions, dans nos mœurs, dans nos coutumes, dans nos traditions et, aussi, dans les antiques monuments de notre sol, des traces de jour en jour plus nombreuses du passage des débordements successifs du flot humain asiatique? En dehors de ces langues savantes, il en est encore
100 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES d'autres, plus humbles, sans passé littéraire, mais riches en expressions imagées et primitives, dont l'étude approfondie ne saurait non plus être inutile, si même elle n'est plus précieuse à ceux qui voudraient poursuivre les recherches sur l'origine du langage : tels sont les idiomes de nombre de tribus cantonnées en Indo-Chine, sur la côte occidentale d'Afrique et de celles qui ont le Soudan comme aire de leurs migrations.
En leur qualité de langues monosyllabiques, avec tendance à l'agglutination — et, comme telles, rudimentaires, ou du moins arrêtées et immobilisées à une phase inférieure de l'évolution des langues, — les unes et les autres présentent même cet avantage d'être plus voisines de la source première. Elles nous permettent donc de remonter plus haut dans le passé de l'humanité, en même temps qu'elles nous fournissent l'occasion d'étudier le langage dans la période la plus intéressante de ses transformations. Par elles nous sommes introduits dans un monde mystérieux, contemporain des âges oîi l'homme balbutiait encore plutôt qu'il ne parlait ou qu'il n exprimait sa pensée. C'est, nous le répétons, ce que nous avons voulu dire en intitulant un précédent volume VAnnaynite, mère des langues, et quand nous n'aurions pas prouvé notre thèse, nous croirions encore avoir rendu service à la science en troublant sa sécurité. Car il ne faut pas oublier que les théories linguistiques en faveur aujourd'hui sont contemporaines du temps où personne en Europe ne connaissait, sinon d'une manière très superficielle, les langues de l'Extrême- Asie, pas plus que celles de l'Afrique centrale ; où
tout ce qu'on possédait de ces langues se réduisait, en efîet, à un vocabulaire des plus rudimentaires et des plus incomplets; et que ces théories étant ainsi fondées sur ce qu'on appelle un dénombrement imparfait, il y a lieu de craindre qu'elles ne soient trop étroites.
Avons-nous maintenant besoin de rappeler que la langue d'une race est le témoin de son histoire? et que, pour y retrouver, non seulement l'empreinte de ses mœurs ou la raison de ses institutions, mais encore son vrai caractère, celui qui la distingue des unes ou qui l'apparente aux autres, il suffit de savoir l'interroger? Qui ne connaît le livre ingénieux, hardi et savant de Pictet sur les Origines Indo-Européennes? Nous n'avons point songé sans doute à l'imiter; nous n'en avions ni les moyens ni l'autorité nécessaire, et notre dessein était tout différent. Mais nous avons cependant essayé de montrer, toutes les fois que nous en avons eu l'occasion, et notamment dans de précédents volumes, la confirmation que nos opinions linguistiques trouvaient dans les usages, dans les croyances, dans les légendes ou dans les superstitions comparés de l'Annam, de l'Afrique et de l'Europe. C'est encore un résultat qui n'est pas à dédaigner, ni non plus celui d'avoir, par nos recherches ouvert de nouvelles perspectives non seulement à la linguistique, mais à l'ethnographie, et peutêtre à l'histoire des civilisations primitives.
Car, après tout cela, nous persistons dans notre thèse primitive, puisque aussi bien nous n'avons entrepris ce travail que pour la défendre, pour l'appuyer de
102 LES ÉGYPTIENS IDENTIFIÉS AVEC LES ANNAMITES preuves nouvelles, et pour l'élargir si nous pouvions. Nous ne méconnaissons point la grandeur des progrès que la science comparée des langues a réalisés dans le siècle qui vient de finir; et personne plus que nous, nous l'avons dit, n'admire la rigueur qui a présidé à ses déductions et ne comprend la prudence avec laquelle elle accueille toute idée réformatrice d'une doctrine qui a été judicieusement mais, aussi, péniblement établie. Nous ne nions pas que le français procède, pour une très grande part, directement du latin; que la plupart des langues parlées par les peuplades de l'intérieur de l'Afrique relèvent d'une même source; mais de ces langues sémitiques si l'on peut remonter à l'hébreu; du latin lui-même, et du grec, si l'on peut remonter à une autre langue, le sanscrit, qui aurait la même origine et serait sœur du copte, nous croyons qu'il est permis de remonter plus haut encore et jusqu'à une époque antérieure à la sépararation des langues dites aryennes, à celle des langues dites sémitiques, et à celle enfin des langues qu'on enveloppe sous le nom de langues touraniennes. Pour diverses raisons, nous avons cru trouver dans l'annamite le type d'une de ces langues parlées par les tribus qui donnèrent naissance aux Indo-Européens, aux Sémites et aux Touraniens, et, à mesure que nous avons approfondi le sujet, nous avons vu les rapprochements se multiplier, se préciser, et s'étendre. Trop nombreux alors, et, selon nous, trop frappants pour s'expliquer par de simples rencontres ou coïncidences, il nous a semblé qu'on n'en pouvait rendre compte qu'au point de vue généalogique. C'est donc à ce
point de vue que nous nous sommes placé. Nous le croyons juste, nous le croyons fécond, et toute notre ambition serait que le lecteur en jugeât comme nous. Le philologues en jugeront à leur tour. Nous nous permettrons seulement d'ajouter que, s'il y a eu un temps où il était utile, prudent et vraiment scientifique de s'interdire toute recherche relative à l'origine ou à l'invention du langage, ce temps est passé maintenant. On ne supprime point les questions. Et puisqu'en somme ce qui intéresse la curiosité en matière de linguistique, c'est de savoir quels ont été les rudiments du langage articulé, quelles en sont les racines premières, et comment, sous quelles influences elles ont fructifié, on pardonnera sans doute à un soldat, que les hasards de sa carrière ont mis à même d'étudier sur place un élément trop négligé du problème, on lui pardonnera, et nous espérons qu'on lui saura quelque gré d'avoir essayé de le mettre en lumière.
Paris, avril-juin 1905.