LE FAUX BILLET
VExposè justificatif ^ et tout à fait décisive pour fixer l'objet du procès, entamé entre le propriétaire de la manufacture dévastée et l'abbé Roy avant les événements des 27 et 28 avril, continué ensuite et causant la disparition complète du très suspect publiciste et électeur ecclésiastique, si vite libéré comme accusé politique.
L'abbé Jean Roy était né à Rourges en Mkh- Docteur es arts de l'Université de sa ville natale, licencié en droit de la Faculté de Paris, avocat au Parlement et membre de plusieurs sociétés savantes, il était chanoine de l'église collégiale de Dun-le-Roy, protonotaire apostolique, censeur royal pour la théologie, membre de l'assemblée provinciale de Rourges, enfin secrétaire du comte d'Artois et historiographe de ses ordres. Il avait, depuis 1775, publié de nombreux ouvrages, tantôt de philosophie morale, tantôt de poésie, comme le Discours sur la servitude abolie, de 1781 ; il avait écrit un roman sur la Folie du sea;e, et s'était risqué jusque dans la comédie. Voilà le ton! en trois actes; les Mœurs, en cinq actes et en vers. A des Pièces fugitives il avait ajouté des Fragments historiques, et, tandis qu'il suivait la publication de feuilles mensuelles, telles que le Mentor universel et le Petit voyageur, il avait commencé en 1786 et terminé en 1788 une Histoire des cardinaux français, en six volumes, publiée en deux éditions, l'une in-8" et l'autre in-4" avec figures -.
C'est à propos de l'impression de ce dernier ouvrage qu'il entra en relations avec le papetier du faubourg Saint-Antoine. On lit dans le Mémoire pour Réveillon par Réveillon et ses conseils :
« L'abbé Roy a vendu son manuscrit à un libraire, mais il paraît que d'abord il avait voulu l'imprimer pour son compte et qu'il a changé d'avis après l'impression du premier volume. Toujours est-il qu'il est venu acheter chez moi du papier pour cet ouvrage Je n'avais contre lui aucun motif de défiance Il fut très inexact dans le payement
de la première fourniture que je lui fis ; ce ne fut qu'à force d'insfances et même de menaces que je parvins à lui faire solder cet article Aussi, quand il revint me demander une nouvelle fourniture,
je la lui refusai. L'abbé Roy, qui a ou qui avait la protection de M. le duc de Charost s'adressa à ce seigneur pour obtenir de lui une recommandation Sur son assurance qu'il se rendait bien volontiers caution de
l'abbé Roy, je ne balançai pas à fournir le papier nécessaire.
« Deux ans s'écoulèrent sans que l'abbé Roy songeât même à me donner un acompte. Alors, je m'adressai à M. le duc de Charost, comme à sa caution (8 et 10 avril, 5 juillet, 7 août 1788) J'écrivis
1. Mémoire pour le sieur Béveillon, plaignant en faux principal contre Vabbé Roy, censeur royal et accusé, in-i", à la Bibl. nat., dans la collection fictive par ordre alphabétique F3 1217, n° 25,542.
2. Voir, dans la Biographie universelle, la liste complète de ses ouvrages. La date de sa mort y manque; on ne la trouve nulle part. Il n'est question de lui ni dans les tables du Moniteur, ni dans la Liste générale des émigrés, ni dans les suppléments de cette liste.
plusieurs lettres à l'abbé Roy dans le cours de 1786 et 1787. La plupart
de ces lettres étaient écrites sur papier vélin
« Le 11 décembre 1787, un jeune homme se présente chez moi et demande à la caisse le payement d'un billet de 7,000 livres souscrit de
mon nom. Le caissier, qui n'avait pas d'avis de cette somme à
payer n'a pas de peine à reconnaître qu'il est faux , me le fait
voir J'interroge le porteur qui me dit être clerc chez M'' Édon, notaire, et chargé par lui de recevoir le montant de l'effet »
Le billet est reproduit dans le Mémoire avec ses dimensions exactes et en sa forme fautive :
« JourcThui l*"" décembre 1786 en un an, je payerai au porteur la somme de sept mille livres. Reçue comptant.