De Mercier, n
« Conspirer contre la régénération de la France », s'écrie l'abbé; je n'ai cessé d'en être l'un des plus chauds partisans; je n'ai pas craint d'en publier la nécessité dès les premiers jours de l'Assemblée des Notables, dans un ouvrage intitulé : Instructions sur toutes les assemblées nationales depuis le commencement de la monarchie jusqu'à nos jours; ouvrage par parenthèse, que le gouvernement antifrançais de ce temps crut devoir arrêter par Arrêt du Conseil d'État du Roi, et qui mérita, pour le patriotisme qu'il respirait, une interdiction d'un mois au libraire Royer, chargé du débit.
« J'étais donc destiné à payer cher mon patriotisme. Cette brochure est précisément l'extrait d'un grand ouvrage sur le même sujet, que j'avais vendu à un libraire étranger, et pour le prix duquel j'ai reçu le fatal billet, argué de faux, qui est devenu la cause du décret provisoire prononcé contre moi par le Parlement, le 27 mai dernier, sans motif d'aucunes charges préalables, et sans que les témoins non suspects, en présence desquels j'avais reçu le billet, eussent été entendus »
Aux Révolutions de Paris, qui l'ont dénoncé comme « un agent secret des aristocrates, l'un des principaux agents de l'émeute populaire du faubourg Saint-Antoine », et en particulier à Tournon, qu'il en savait être le rédacteur au n° II, Roy réplique : qu'en effet « Laurent, surnommé de Villedeuil depuis qu'il est parvenu, ex-ministre de Paris, heureusement proscrit pour sa lâcheté aristocratique, l'a fait arrêter le 2 mai, comme l'un des principaux auteurs de l'émeute, mais que l'examen de ses papiers et l'interrogatoire, qu'il voulut bien subir, détruisit ce dit-on...., et que Laurent de Villedeuil fut obligé de le rendre à la liberté le 12 ».
Les mêmes Révolutions de Paris, plus tard, étant rédigées par Feydel, ayant parlé de ses agissements en Picardie, de son retour à Paris deRruxelleset de Vienne « avec Caton Sabatier», Roy répond « n'avoir pu revenir d'où il n'est jamais allé, en compagnie d'un abbé, avec lequel il n'a jamais eu de relations ».
Quant à l'auteur de la Circulaire des districts \ — a il le connaît, dit-il, mais ne le désigne que par ses initiales P. D. B, ne pouvant le nommer, quoique la honte de son nom serait déjà un préjugé en sa
i. Brochure de 39 pages in-8»., Bibl. nat. Lb^a 2740; elle porte en sous-titre : Dénonciation forcée des apôtres du despotisme et de certains agents peu ou point connus cent fois plus dangereux, la plupart stipendiés, vils suppôts d'' aristocratie et fins limiers d'ancienne police, etc., etc. On y trouve la dénonciation nominative des membres de Vancien comité des Polignac à Versailles, dont quelques-uns sont ainsi définis : le maréchal de Broglie, « trompé, abusé indignement »; Barentin, « entraîné, l'ambition l'a vaincu » ; De Flandre de Brunville, « mauvais intrigant » ; De la Michodière o vieux fourbe dangereux » ; le duc de Brissac, « l'homme de toute nullité, il a sacrifié aux circonstances ». Champfort, de l'Académie française, y est cité comme « l'un des collaborateurs du Mémoire des princes, avec le marquis de Beaupoil et l'abbé Roy. »
faveur ». On l'y a traité de « infernal, exécrable, avec bureau, à la solde d'un grand prince, cruellement trompé, et à celle des Polignacs. » Oubliant qu'il a été « historiographe des ordres du comte d'Artois » et son secrétaire, il se vante de « n'avoir jamais de sa vie fait un doigt de cour à aucun prince du monde»; il traite les Polignac de « race prostituée et proscrite, de corrupteurs perfides de la vertu, insatiables sangsues de la patrie et profanateurs du trône » ; il déclare que, s'il avait eu, comme on le prétend, à revoir et corriger « le Mémoire des princes enfanté par le marquis de Ceaupoil », il l'eût « refondu entièrement et rédigé en forme d'excuses à la Nation ». On l'accuse « d'avoir une infinité de chambres et de domiciles dans et hors Paris, favorisé dans ses manœuvres par plusieurs filles du monde, prenant toutes sortes de noms et de qualités, suivant les quartiers et les circonstances ».
« Je n'étais plus, s'écrie-t-il, au temps où vous parlez, qu'un pauvre hère, alité, exténué de douleur et de maladie : le moyen de manœuvrer
en pareil casl... Quant à mon nom, je l'ai toujours gardé Je ne suis
pas sorti de Paris depuis le mois d'avril 1789 Étant malade depuis
la fin de mai, j'ai gardé la chambre jusqu'à ce jour; plusieurs témoins dignes de foi m'y ont vu constamment. Si je n'ai pas cru devoir me montrer à d'autres qu'à ceux qui pouvaient m'être utiles, c'est que
parmi d'autres il s'en serait trouvé qui m'auraient nui Aussitôt
après mon funeste décret, je n'eus garde de retourner chez moi. Il était midi environ, je restai le reste de la journée dans l'appartement du Fu P. Chevalier, religieux grand augustin, docteur de Sorbonne. Le soir, le portier actuel de la maison, nommé Vichard, me conduisit chez sa femme, rue Dauphine, maison du bonnetier, au second sur le devant, vis-à-vis le Musée. J'y ai resté malade jusqu'au 5 juillet, sans être sorti de la chambre une seule fois. Le père, la mère et la fille attesteront ne m'avoir jamais entendu tenir le moindre propos aristocratique. Ils attesteront au contraire que tous mes discours respiraient le plus
pur et le plus ardent patriotisme Depuis le 5 juillet jusqu'au 7
d'août, la même famille a logé avec moi, rue des Grands-Augustins, dans l'hôtel garni de M. de Lamotte, n° 10, au second sur le devant, vis-à-vis l'hôtel de Saint-Gyr. Elle attestera encore que ma maladie me retint souvent au lit, et que je ne sortis pas une seule fois dehors. Elle attestera que, me trouvant moins malade, le soir du dimanche 12 juillet, où la police municipale ordonna de se tenir en garde contre les troupes armées dont on craignait l'invasion, furieux de ne pouvoir aller au secours de mes concitoyens pour les aider de tous mes moyens possibles, à la faveur de la nuit, je parus à ma fenêtre ; que malgré ses vives sollicitations et ses craintes, mon zèle patriotique m'emporta jusqu'à indiquer moi-même les moyens d'embarrasser la rue des
Grands-Augustins, soit en jetant des bouteilles cassées, soit en barrant les deux extrémités, soit en la traversant horizontalement à plusieurs distances, par des cordages et des planches, soit en la dépavant çà et là, soit en y portant des tonneaux et généralement tout ce qu'il serait
possible de trouver, pour gêner de plus en plus le passage Elle dira
combien elle fut elle-même indignée contre l'aveuglement du peuple, lequel, après le ik juillet, crut me reconnaître dans l'espèce d'ecclésiastique appelé Cordier qui, arrêté pour avoir maltraité un pauvre colporteur, allait être lanterné, s'il n'eût été secouru par les officiers municipaux ; elle dira combien injustement elle me vit traiter, quelques jours après, de scélérat, de traître à la patrie, etc., dans un écrit, sous le titre d'Exposé fidèle des manœuvres de plusieurs séditieux, sous le faux prétexte de se saisir de l'abbé Roy, écrit audacieusement signé de ce Cordier Que ne peut-elle pas dire, môme au delà de ma plus lumineuse justification !
« A l'époque du 7 août, j'avais, depuis quelques jours, une gouvernante; alors cette famille retourna dans sa chambre de la rue Dauphine. J'ai resté encore rue des Grands-Augustins, jusqu'au 8 mars. Le maître et la maîtresse de la maison m'ont prodigué à toute heure des soins, des égards infinis. Je puis dire que ma conduite chez eux m'a mérité leur estime particuhère; ce sont de nouveaux témoins de mon patriotisme, que je puis produire. Je les regrette sincèrement. Il m'en a coûté de les quitter, le 7 de mars dernier, mais je l'ai dû. Il fallait pouvoir dire à mes ennemis: j'ai vécu là, là, là. Rien ne m'oblige maintenant à dire où je suis. Et j'ai encore trop d'ennemis pour être dispensé de circonspection.
« MM. d'Arnaud-Baculard S Guébert, procureur au Châtelet, m'ont vu souvent rue des Grands-Augustins, chez M. de Lamotte. M. Biche, jeune homme qui cultive les lettres avec succès, y vivait avec moi, depuis le mois d'octobre 1789 jusqu'au 8 mars. C'est lui qui m'apportait, pour l'ordinaire, les diatribes périodiques qui me concernaient.
Rien ne paraît plus sensible à l'abbé Roy que l'insinuation d'avoir publié un libelle contre la liberté de la presse :
« Je n'ai jamais, affirme-t-il, ni pensé, ni parlé, ni écrit contre la
liberté de la presse Qui connaissait le courant de la littérature, a
entendu parler d'une brochure intitulée : Jean-Jacques ou le réveilmatin des représentants de la Nation française. Elle était sous presse sur
1. Baculard-d'Arnaud (1718-1805), le larmoyant auteur des Épreuves du sentiment, et des Délassements de l homme sensible, dont se sont tant moqués Voltaire et Beaumarchais.
la fin d'avriL II est bon d'apprendre au public que j'ai de fortes raisons de croire que le ministre me fit arrêter, moins comme accusé au sujet de l'émeute du faubourg Saint-Antoine, qu'afin d'interrompre l'impression de cet ouvrage, et de me voler la suite de mes manuscrits. Ils m'ont été effectivement volés par le commissaire Ghesnon père. »
L'introduction du Mémoire (Tune victime de V aristocratie est une apologie de la liberté de la presse, entremêlée de plaintes contre les confrères, dont l'animosité « lui fait honte pour eux » ; car il est pitoyable de voir « les lettres humaines devenues si inhumaines », et ceux qui les cultivent s'entre-déchirer, comme « s'ils n'avaient pas assez d'ennemis parmi les sots, les riches oisifs et les grands orgueilleux. »
L'abbé Roy disparaît totalement après la publication de la précédente brochure. Aucun dictionnaire biographique n'indique la date de sa mort. Son nom ne se retrouve pas sur la liste des émigrés.
En vain avons-nous recherché la suite et la fin des poursuites requises contre lui par Réveillon. La série des Archives nationales, qui contient les affaires transmises du Parlement et du Châtelet, supprimés, au Tribunal des dix, institué par la loi du h décembre 1790, et aux six tribunaux criminels provisoires, créés par la loi du ik mars 1791, ne fournit aucun renseignement ^.
Réveillon n'ayant joué aucun rôle politique à travers la Révolution, les collections biographiques sont restées muettes à son égard. On sait seulement, par le compte rendu des séances de la Constituante et de la Législative, que sa manufacture était entièrement relevée en 1790, et qu'il offrait de fournir le papier du second tirage des assignats \
On lit dans le rapport de Montesquiou, dont les conclusions furent adoptées le 8 octobre 1790 :
« Le papier le plus solide et le plus transparent est le meilleur pour les assignats; celui dont on s'est servi jusqu'alors n'a aucun de ces avantages. Le ministre des finances avait cru trouver mieux et il
s'était trompé Si l'Assemblée ne donne point des ordres contraires,
nous en conclurons le marché avec M. Réveillon, si connu pour ses malheurs et son patriotisme. »
1. Arch. nat. Z^, Un inventaire de cette série a été fait en 1859 par l'archiviste Emile Campardon et est resté autographié. II indiquait dans la liasse ou le carton 114, aux numéros 5510, 5514 et 5515, un relevé des procès civils et criminels à parties civiles et de l'état des pièces. Le carton nous a été fourni, mais les pièces indiquées en étaient absentes. Nous les avons réclamées. Il nous a été répondu par l'un des chefs de bureau des Archives :
« Ces répertoires ont été distraits en 1861 par ordre de M. Grun, chef de la section législative et judiciaire. Us étaient, du reste, très incomplets, et, si mes souvenirs ne me trompent pas, ne se composaient guère que d'une page informe et sans suite. »