LETTRE DE L'ABBÉ ROY A BAILLY
suivie du serment civique, signe de son sang, que cependant il ne publia que plusieurs mois après i, avec des additions formant un premier plaidoyer pour sa justification dans la double affaire de l'émeute et du billet Réveillon.
« Je suis devenu le plastron de tous les méchants, et peutêtre la pierre d'achoppement de tous les honnêtes gens
M Si l'accusation, qui ne pouvait être que très vague, paraissait alors tant soit peu fondée, il n'appartenait qu'à un tribunal d'en prendre
connaissance Mais, à l'époque de mon accusation, le despotisme
ministériel ou le gouvernement antifrançais était encore dans l'abominable habitude de braver les lois, d'écraser l'innocence d'un seul mot ou d'un trait de plume, de violer les droits et les propriétés les
plus sacrés de l'homme et du citoyen Un ministre de Paris, le sieur
Laurent de Villedeuil, commit l'attentat, non pas le plus inouï, mais
l'un des plus monstrueux, en me faisant arrêter le 3 mai dernier
sur un simple dicton d'accusation sans respect pour mon état, pour
ma personne, pour l'honorable assemblée élémentaire dont je faisais partie en qualité d'électeur, assemblée qui devait être libre et dont aucun membre innocent ou coupable ne pouvait être séparé que par une force juridique
« Détenu au secret dans la très obscure et très malsaine retraite des criminels par un abus d'autorité chimérique, je fus interrogé, en conséquence de ce même abus, par un autre suppôt de police, et sans forme juridique
« Mes papiers avaient été examinés, le lundi k mai, et aucun n'avait été trouvé suspect. J'avais subi interrogatoire, le lendemain 5, et mon innocence était prouvée. Cependant l'ordre de ma liberté n'arriva que le mardi suivant 12 du mois
« Rendu chez moi, je n'eus le temps, ni de rétablir ma santé,
ni de reprendre l'ordre de mes affaires, dans lesquelles on avait déjà mis le feu. Le 27 du même mois, je me vis, contre toute attente, enlacé provisoirement dans le plus terrible des liens juridiques, pour une affaire particuhère, absolument étrangère à la première. Je parle de mon affaire du billet contre le sieur Réveillon..... La plupart des juges me croyaient toujours prisonnier pour l'affaire de l'émeute. Mon innocence était à peine connue d'un très petit nombre de mes amis. Les préventions contre le prétendu moteur et instigateur de l'émeute semblaient être en faveur de celui qui en avait été la victime. Je suis loin d'attri-
1 . La brochure de 22 pages in-S" porte pour date d'impression 1190. Bibl. nat. Lb33 4437.
i36 L'ASSEMBLÉE DES TROIS ORDRES.
buer à mes juges autre chose qu'une erreur involontaire Je parais
contumace, mais je ne le suis, ni ne yeux l'être
« Vous connaissez, monsieur, l'erreur populaire à mon sujet; vous n'avez point oublié l'affaire d'une espèce d'ecclésiastique appelé Cordier, faussement pris pour moi le jeudi 16 juillet dernier
« Je ne TOUS parlerai pas, monsieur, des injures atroces dont m'accablent certains journalistes imposteurs et ignorants Je ne vous
demande point justice; c'est par-devant les tribunaux que je dois- me pourvoir; mais vous pouvez m'accorder protection et bienveillance; vous pouvez me procurer celles des généreux Représentants de la Commune, vos dignes coopérateurs, et des bons citoyens qui composent les districts de cette capitale. Aidez-moi; faites que tous m'aident à désabuser le peuple sur mon compte J'aime le peuple de toute mon
àme....
« Vous êtes, monsieur, le premier représentant de la Commune parisienne. Puissiez-vous convaincre le peuple qu'il a été grossièrement trompé sur mon compte; que je suis innocent, absolument innocent de toutes les imputations odieuses dont on me charge; que je suis et serai toute ma vie son meilleur ami; que je n'ai jamais ni écrit, ni parlé qu'en sa faveur, et que je serai, dans tous les cas, son plus brave défenseur
« Cette lettre, monsieur, n'est qu'un faible, très faible préliminaire de ce que je publierai dans la suite pour ma justification Il
résultera de mes récits un corps de preuves en faveur de mon innocence et de mon patriotisme, plus claires que la lumière du plus beau
midi L'enfant me lira Le père en prescrira la lecture à son fils. Il
me semble déjà les entendre : « 0 mon père! j'ai lu cet écrit et j'ai « frémi. Que faire donc pour éviter les traits de la calomnie et l'injus-
« tice des hommes? Que faire mon fils? Se comporter de manière
« à ne jamais rougir de sa conduite et à pouvoir toujours en rendre « un compte public. Sans doute, cet honnête malheureux n'a pas fait « autrement, puisqu'il défie tous ses accusateurs; il se console en « attendant la publicité du compte qui doit le justifier entièrement. »
« Je suis avec respect, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,
« L'abbé Roy.
« P. 5. — Si les motifs, quoique péremptoires, de mon élargissesement du 12 mai dernier, ne paraissaient point suffisants à messieurs du comité des recherches, je les supplie de vouloir bien réunir tous leurs efforts, toute leur activité, toute leur perspicacité pour
rechercher et découvrir contre moi, s'il est possible, des témoins, des preuves, ou môme des indices, tant relativement à mon accusation au sujet de l'émeute contre le sieur Béveillon, que sur toutes trames et intelligences quelconques de ma part contre la patrie. Au moindre avis je paraîtrai pour faire tête à mes accusateurs
Serment civique.
« En attendant. Monsieur, que je puisse prononcer le serment civique au milieu de mon district, recevez-le, s'il vous plaît, comme le garant incorruptible de mes sentiments.
« Je jure d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, et de maintenir de toutmon pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi.
« Je le signe de mon sang; c'est à ce prix que je me crois digne de mon état. Trop de lâches insolents, qui ne l'ont embrassé que par intérêt ou par vanité, l'ont déshonoré au milieu des pères de la patrie. »
Sans se découvrir pour suivre son procès avec Réveillon, ni se présenter en personne pour obtenir la justice qu'il réclamait du Maire de Paris et de l'Assemblée des représentants de la Commune, l'abbé Roy se faisait informer de tout ce qui s'écrivait contre lui. Au cours de l'année 1790, il s'étudia à réfuter, sous le titre de La vérité DÉVOILÉE ou MÉMOIRE d'une VICTIME DE l'aristocratie ^, les Révolutions de France et de Brabant^, les Révolutions de Paris ■^f les Annales patriotiques et littéraires'', et un libelle intitulé la Circulaire des districts ou dénonciation forcée des apôtres du despotisme et de certains agents.
Relevant une simple phrase de Camille Desmoulins sur ce qu'on l'avait « pris sur le fait, soudoyant des misérables pour provoquer les soldats », il jette ce cri de désespoir : u Que l'on est dégoûté de l'histoire lorsqu'on y trouve de pareilles erreurs! » Et cela, à la lin d'une apologie de ce « bon citoyen, loyal et franc », qui, « monté sur une chaise dans le jardin patriotique du Palais-Royal, aussi éloquent que l'orateur romain dans la tribune aux harangues, avait le premier excité le courage des Parisiens contre les Catilinas de la cour! »
Mercier a laissé passer dans sa feuille : « On assure que l'abbé Roy et un de ses confrères ont été arrêtés dans un village de Picardie, où ces petits conspirateurs à gages voulaient ameuter les paysans, pour commencer une espèce de guerre civile ». Roy rappelle à l'auteur du Tableau de Paris qu'il l'a rencontré dans les gazettes littéraires d'avant la Révolution, et « qu'il lui avait donné plusieurs marques d'amitié en retour de la sienne ».
i. In-8° de 20 pages, Bibl. nat. Lb^a 8566.