COUPLETS
Sur l'air : Vous qui de l'amoureuse ivresse.
Si le clergé, si la Noblesse,
Mes bons amis, Nous trait' avec tant de rudesse
Et de mépris, Laissons-les tous s'en faire accroire,
Perdre l'État :
En attendant, nous allons boire •
Au Tiers État.
Devant la suprême Justice
Pas plus que nous, Que leur servent leur artifice
Et leur courroux?
Auraient-ils perdu la mémoire
Que leur éclat Provient, de même que leur Gloire,
Du Tiers État?
Nous devons tous à sa Puissance
Respect, égard ; Mais d'où tenons-nous la Naissance,
C'est du hasard.
Le premier qui se rendit Maître
Fut un soldat.
Il fut Roi ; d'où tenait-il l'être ?
Du Tiers État.
Vous qui nous traitez de racaille
Si poliment, Comme nous vous payerez la taille
Très noblement.
Vive le Sauveur de la France !
Necker vivat!
D'où ce héros tient-il naissance?
Du Tiers État.
De Louis, notre Grand Monarque,
Ah ! le Grand Cœur I Il veut, il fait, il nous le marque,
Notre bonheur.
Défendons, aimons avec zèle.
Servons l'État.
Qu'à Louis soit toujours fidèle
Le Tiers État !
Les députés étaient élus. Il restait à leur nommer des suppléants. L'assemblée du Tiers décida, le 19 mai, qu'il y en aurait 20, et que, pour eux, on adopterait la forme du scrutin de liste.
Il fut en même temps résolu, « l'assemblée se proposant de se continuer », de choisir de nouveaux présidents et secrétaires », en remplacement des quatre officiers actuels, obligés de se rendre aux États généraux.
A l'appel pour le scrutin des suppléants, il fut constaté 302 votants, 302 listes. Les scrutateurs et un certain nombre de membres passèrent la nuit à dépouiller les listes.
A l'ouverture de la séance du 20, on constata « que les relevés des scrutateurs, qui devaient naturellement se vérifier, ne s'accordaient pas, et que le nombre des voix n'était pas le même. Ces différences, suite de la fatigue d'un travail prolongé la nuit, laissaient une incertitude qui invalidait les nominations. » On décida une nouvelle vérification, qui fut remise à l'après-midi ^
Par une lettre reçue la veille du Prévôt de Paris ^ il avait été annoncé, sur l'acceptation du Clergé et de la Noblesse, que l'Asssemblée générale des trois Ordres de l'intérieur de Paris serait réunie, ce môme jour 20 mai, pour la prestation solennelle du serment des députés élus.
Le Tiers, en communiquant sa liste de députés à la Noblesse, lui fit part de la circonstance qui empêchait les suppléants de prêter le serment. La Noblesse envoya aussitôt une députation dont l'orateur, le comte de Moreton, expliqua qu'il ne fallait pas retarder l'Assemblée générale, et que les suppléants pourraient prêter serment ultérieurement, avec quelques élus nobles, qui étaient absents. Sur une autre démarche du Clergé, au nom duquel parla l'abbé de Montesquiou, l'Assemblée générale des trois Ordres se forma aussitôt dans la grande salle de l'archevêché qu'occupait le Tiers-État*.
Les listes du scrutin des suppléants avaient été déposées dans une cassette « fermée à trois cachets ». Après l'Assemblée générale, le Tiers, rentré seul en séance, une discussion s'engagea, et on décida de recommencer le scrutin.
Mais auparavant, on procéda au remplacement des quatre membres du bureau élus députés. 166 votants prirent part à l'opération. Courtin, par 70 voix, et Delavigne par 27, obtinrent la présidence et la viceprésidence; Duveyrier, avocat, et Garnier, ancien procureur au Châtelet, avec 16 et 15 voix seulement, furent nommés secrétaires et, à l'ouverture de la séance du 22, prêtèrent serment entre les mains de Camus *.