NOBLESSE. — LES JEUNES SUPPLÉANTS
« Paris, et toutes les provinces ont vu avec intérêt tous les jeunes M gens quitter avec empressement les amusements de leur âge, pour <( assister dans les bailliages aux différentes assemblés. Témoin de leur « exactitude à celles de Paris, j'ai été à portée d'en entendre plusieurs « annoncer des talents qui peuvent devenir précieux, et le choix que « les deux assemblées ont fait de ces jeunes gens pour suppléants jus- « tifie mon jugement ; ils sont devenus par ce choix les enfants de la « patrie. L'honneur les engage à se rendre dignes de ce nom qui les « honore. La Noblesse qui les a élus a droit, j'ose le dire. Messieurs, « d'attendre de vous qu'en leur ouvrant l'entrée de votre auguste assem- « blée, ils puissent s'instruire en vous écoutant et apprendre de vous « ce grand art de parler, sans lequel les plus grands talents deviennent « inutiles, profiter du fruit de vos méditations, se former par vos « exemples à ne pas abuser des élans du génie qui peut quelquefois « négliger des détails utiles, enfin, se rendre dignes de vous remplacer « un Jour. Ces enfants de la patrie sont les vôtres, Messieurs, c'est de- (c vant leurs pères que je plaide leur cause. Ceux qui y prennent un « si juste intérêt peuvent-ils leur refuser une place, que Paris leur a « déjà désignée et que leur modestie ne leur a pas permis de demander « eux-mêmes?
« La jeunesse actuelle, plus formée qu'elle n'était au même âge « dans le siècle passé, a montré le désir de s'instruire, de se rendre « utile. Serait-ce donc un soin indigne de la majesté des États géné- « raux que celui de fixer le génie bouillant de cet âge heureux sur des « grandes vues patriotiques, de les associera l'étude du droit public? « Rome, Sparte, Athènes, n'éloignaient pas la jeunesse de l'utile con- « naissance des intérêts de la patrie et nos voisins nous en donnent « l'exemple récent. Non, messieurs, je ne puis croire que la gravité de « vos fonctions doive en éloigner la jeunesse; je crois, au contraire, « que ce serait la plus auguste et la plus utile école nationale. Je ne « me hasarderai point à vous indiquer les limites dans lesquelles vous « bornerez leurs séances-, si vous leur accorderez voix consultative ou « la simple assistance; c'est à votre sagesse à en décider; mais cette « idée m'a paru digne de vous être présentée.
« Je suis loin d'entendre demander à la Chambre de la Noblesse « d'ordonner à tous les suppléants de se rendre à Versailles; il peut « s'en trouver dans quelques provinces que leurs affaires y re^ « tiennent. Je veux simplement supplier la Chambre de permettre à « ceux des suppléants qui le demanderont d'assister aux délibérations « pour y jouir du droit qu'il plairait à la Chambre de leur accorder. »
« Celte adresse a été mise en délibération, approuvée par les uns,
combattue par les autres. Quelques-uns ont proposé d'ordonner aux suppléants d'assister aux délibérations des États généraux. M. le président a dit qu'il ne croyait pas qu'il fallût demander l'admission des suppléants dans l'assemblée des États généraux; que c'était supposer l'exclusion des autres citoyens et que, chez un peuple constitué, chez un peuple libre, les assemblées nationales devaient se tenir publiquement; qu'il était d'avis qu'on demandât pour les suppléants une place marquée, qui pût montrer à la patrie son espoir et indiquera la Nation quels étaient ceux qui avaient suivi les travaux d'une assemblée et qui pouvaient, à l'assemblée prochaine, les reprendre où on les avait laissés ; que, d'un autre côté, on ne devait pas ordonner aux suppléants d'assister aux États parce que, s'il en était parmi eux qu'on avait voulu encourager en les nommant, il en était aussi qu'on avait voulu récompenser de longs travaux et que ces mêmes travaux occupaient encore avec fruit pour la chose publique. Il a fini par proposer à la Chambre de remettre aux députés un article particulier ainsi conçu :
« Les députés seront spécialement chargés de demander aux États « généraux et à la Chambre de la Noblesse une place marquée pour « les suppléants, sans qu'il leur soit accordé voix délibérative ni con- « sultative. »
« L'article a été adopté à la pluralité de 63 voix contre 38.
« Le Cahier a été remis aux députés ainsi que la copie de celui du Tiers et des mémoires déposés
« Le second secrétaire a lu le procès-verbal (des séances de la Noblesse) en entier, et arrêté qu'après avoir été signé par tous les membres présents, il serait déposé au secrétariat de l'archevêché pour que les membres absents pussent en prendre lecture et le signer; qu'il ne resterait plus alors qu'à attendre la fin des travaux du Tiers et que Messieurs seraient tous avertis du jour de l'Assemblée générale des trois Ordres pour le serment commun des députés.
« Le procès-verbal a été lu, approuvé et signé par tous les membres composant ladite assemblée.
u Pour copie conforme à l'original signé des membres susdits,
« Stanislas, comte de Clekm ont-Tonnerre, président.
« DuvAL d'ÉpRÉMÉNiL, premier Secrétaire.
« Le comte de Lally-Tolendal, second secrétaire. »