‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 297 sur 549 · INQUIÉTUDES ET SOURDES AGITATIONS · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES ET SOURDES AGITATIONS

passé le matin avec tranquillité et beaucoup d'ordre, à la majestueuse cérémonie par laquelle le Roi avait voulu pieusement

faire précéder l'ouverture des États généraux A la procession du

Saint-Sacrement on avait remarqué, dans l'Ordre du Tiers État, des laboureurs bas-bretons du diocèse de Vannes, qui avaient conservé leur

veste et culotte de bure La musique du Roi avait séparé les évoques

du Clergé de leur Ordre Le discours de l'évoque de Nancy avait

causé une impression qui avait fait oublier la décence au point d'applaudir, sans respect pour la majesté de l'assemblée et de la cérémonie, qui n'avait fini que vers quatre heures après midi. Enfin les bruits fâcheux, effrayants, semés et répandus d'avance comme à plaisir, ayant détourné un très grand nombre de Parisiens de se rendre à Versailles pour y jouir d'un spectacle à la fois majestueux et imposant, il n'y avait point eu de cohue, et tout le monde avait pu voir tranquillement et à son aise l'auguste cérémonie. »

« Mardi, 12 mai. — On n'entend parler que de soulèvements et d'insurrections dans différentes villes du royaume, vers lesquelles le gouvernement est obligé de faire marcher des détachements de troupes. Partout c'est sous le prétexte de la cherté des grains, dont les accaparements continuent toujours par les effets d'une manœuvre aussi inconcevable qu'elle est criminelle et rèprèhensihlc

« Des lettres particulières de Montpellier annoncent que M. le comte de Périgord, commandant dans cette ville pour le Roi, avait ordonné que tout le monde, à l'exception seulement des prêtres et des moines, y 'prît les armes pour la défense commune, attendu la fâcheuse nouvelle de l'arrivée d'un nombre de brigands dans deux vaisseaux, près du port de Cette, et du dessein qu'ils semblaient annoncer de mettre le feu dans ce port ^ »

« Samedi, ùjain. — On redouble de précautions pour la garde des marchés et l'on multiplie les patrouilles. La veille se sont affichés, no-

1. Quatre jours de suite, les 19, 20, 21 et 22 mai, des hommes et des femmes s'attrapèrent à la barrière de Clichy, chargés de paniers de maquereaux, bousculèrent les employés de la Ferme et entrèrent dans Paris sans payer les droits. Laurent de Villedeuil, très inquiet de ce mouvement populaire, écrivait à M. Vente, fermier général, et à M. Delaître, directeur des octrois de Paris, qu'il mettait à leur disposition la maréchaussée. M. Marchais, inspecteur du service des brigades de l'Ile-de-France, recevait l'ordre de donner toute son attention à la surveillance de la barrière de Clichy et n d'aviser aux meilleurs moyens de prévenir les délits dont la Ferme avait à se plaindre, et qui, d'ailleurs, pourraient devenir d'une pernicieuse conséquence. » (Arch. nat., O'500 P' 308-309.)

En vertu d'autres instructions de môme date, 29 mai, la maréchaussée était chargée de garder avec soin la plaine des Sablons, où, sur la demande de la Société royale d'agriculture, le gouvernement venait de dépenser 4,000 livres de semis de pommes de terre. (Ibid., (" 305.)

tamment au faubourg Saint-Antoine, des placards par lesquels on annonçait un nouveau soulèvement prétendu prochain, toujours prenant le prétexte de la cherté du pain, trop malheureusement prolongée et qui promettait de l'être encore, suivant toutes les apparences, jusqu'après les moissons, en supposant qu'elle ne s'étendît pas plus loin. On voit non seulement avec douleur, mais avec beaucoup d'inquiétude, qu'il existe toujours dans la capitale, comme dans plusieurs autres cantons du royaume, une semence de discorde, un germe, un levain d'insurrection, dont le feu, caché et comme enseveli sous une cendre trompeuse, pourrait de moment à autre occasionner un incendie des plus considérables; et l'on ne cesse de former des vœux pour que la bénigne influence de l'Assemblée des États généraux, non encore constituée, dont on cherche à retarder les opérations, à empêcher le succès, puisse enfin parvenir à tarir les sources des malheurs de la France et à rétablir l'ordre en fondant la félicité publique sur une base solide et durable. »

« Mercredi, 10 juin. — On continue toujours, et pour de bonnes raisons, les mêmes précautions de gardes et de patrouilles dans les marchés et les environs des marchés, car, loin de faire entrevoir une prochaine diminution du pain, on répand le bruit qu'il augmentera encore. On sait, d'ailleurs, qu'il vient d'être fait défense aux boulangers de la Ville, comme à ceux des faubourgs, de faire extérieurement et dans aucun des villages voisins de la capitale la moindre emplette de farine, avec injonction précise de ne s'en fournir qu'à la Halle, où on les force d'en prendre de mauvaise pour la mêler avec de la bonne, au prix auquel l'administration a jugé à propos de la taxer; ce qui met le boulanger dans le cas, non seulement de fournir de mauvais pain depuis environ une huitaine de jours, mais encore d'éprouver de la difficulté à s'en procurer. »

« Samedi, 13 juin. — On continue les mêmes précautions dans les

marchés Attendu l'augmentation de six deniers par pain de quatre

livres, plusieurs boulangers ont cru devoir, vu le prix auquel la farine leur est vendue à la Halle, se permettre depuis quelques jours envers leurs pratiques de le porter à 15 sous 1/2; il vient de leur être fait très expresse interdiction et défense, soi-disant par la police, de continuer ou d'étendre cette augmentation, qui pourrait avoir des suites fâcheuses dans un moment où les esprits ne sont malheureusement que trop échauffés. »

Page 1