GO NSPIRATION CONTRE LES ÉTATS GÉNÉRAUX
Extraits des notes secrètes adressées au ministre des affaires étrangères '.
Paris, le 17 mai.
« Les circonstances de la mort de M. de Lamoignon* étonnent tout le monde. Les uns disent qae c'est un accident, d'autres qu'il s'est tué lui-même de désespoir; le plus grand nombre est persuadé qu'on s'est servi de ses propres armes pour l'assassiner. Telle est l'opinion publique sur cet événement vraiment extraordinaire. »
Paris, le 20 mai.
« Les esprits fermentent violemment sur les questions préliminaires qui divisent les trois Ordres. Bien des gens craignent la dissolution des États généraux et désirent que le gouvernement fasse usage de tous les moyens conciliateurs qui sont en sa possession pour la prévenir. »
Paris, le 23 mai.
« La Déclaration du Roi (sur les jugements prévôtaax) a été
généralement applaudie, mais l'enregistrement au Parlement n'a pas été du goût de tout le monde. On a prétendu que, les États généraux étant assemblés, on devait s'adresser à eux directement, et que le droit d'enregistrer, de vérifier la loi, n'appartenait qu'aux États généraux.
« On a fait courir le bruit que M. Necker était venu ce matin à Paris, à la Bourse, pour soutenir la valeur des effets publics, dont la décadence alarmait bien des gens. Ce bruit, qui paraît faux, n'en a pas moins fait hausser les effets, mais on s'attend à ce que cette hausse ne sera pas de durée. »
Paris, le 24 mai.
M Le buste du Roi a été placé à la Bourse; M. Necker a assisté à cette cérémonie. On assure que cette démarche a principalement pour but de rétablir la confiance. Il y est parvenu jusqu'à un certain point, les effets publics ont repris un peu de faveur. »
Versailles, le 31 mai et le 1" juin.
« M. d'Épréménil s'est fait de cruels ennemis dans la capitale;
tous les partis, même celui de la Noblesse, lui reprochent ses craintes
1. Arch. des afif. étr., France, 1405, f°» 136, 139, 144, 165, 171, 184, 186, 187, 188, 191, 192, 198, 204, 209, 210, 214, 215, 217. Ces notes commencent à l'ouverture des États généraux et finissent le lendemain de la prise de la Bastille. La première est du 6 mai, la dernière du 15 juillet 1789.
2. Chrétien-François de Lamoignon, président à mortier au Parlement de Paris, garde des sceaux en 1787-1788, avait partagé toute l'impopularité de Loménie deBrienne.
et ses invectives contre le Tiers État. On assure que, dans une séance de la Noblesse, il s'échauffa au point que M. le duc de Luynes fut obligé de l'arrêter : « Cessez, lui dit-il, des propos outrageants; vous avez trop « tôt oublié que votre père était de l'Ordre que vous calomniez injus- « tement ! »
« M. d'Épréménil, dans sa fougueuse déclamation, avait fort insisté sur le crime des Communes d'Angleterre, qui conduisirent leur Roi sur Vêchafaud ^
« Ce rapprochement déplacé de circonstances et d'intentions absolument opposées a fait le plus grand tort à M. d'Épréménil. On ne le lui pardonnera jamais.
« Les méchants font courir le bruit que M. d'Épréménil fait journellement la partie de M. le comte d'Artois, el de là l'application de ce proverbe trivial : « Dites-moi qui vous fréquentez, je vous dirai qui u vous êtes 1 »
Versailles, le 2 juin.
« Point de variation dans les opinions; les deux partis se disputent toujours avec la môme opiniâtreté
« On ne se lasse point de faire circuler dans le public des écrits incendiaires
« Dans ces circonstances malheureuses, M. Necker joue un terrible
rôle; on ne parle que de lui et de ses principes populaires II a des
partisans, sans doute, mais des ennemis bien redoutables. Les effets publics continuent à baisser sensiblement. »
Versailles, le 3 juin.
« Le bruit public d'aujourd'hui est que les États généraux n'auront pas lieu. Cette nouvelle s'est répandue rapidement et paraît se soutenir dans la capitale.
« Elle a été annoncée partons les partis qui ont un intérêt marqué à cette dissolution. Dans ce nombre on compte :
« 1° Les députés des États de Bretagne;
« 2° Le Parlement;
« 3° Les fermiers généraux;
« 4" Les administrateurs des domaines du Roi;
« 5" Les princes et les grands seigneurs employés à la cour, et beaucoup d'autres corps, dont l'influence réunie et le crédit ont donné un air de vérité à cette nouvelle, tout au moins indiscrète et prématurée.
i. Turgot, le 12 mai 1776, lorsque son bon ami Louis XVI, cédant aux intrigues de la cour, signa sa révocation, avait laissé échapper ce cri de désespoir du réformateur réduit à l'impuissance : « C'est ainsi qu'on conduit les rois à l'échafaud ! »
CE QUE PEUT l AIUE LE ROI. 417
« Le discrédit fait des progrès alarmants, c'est au point que le placement des billets de la Caisse d'escompte se fait avec beaucoup de difficulté. »
Au milieu de ces Notes secrètes se trouve S d'une autre écriture, une pièce, en marge de laquelle le ministre (Montmorin) a mentionné :
(( h juin 1789, anonyme. J'ignore absolument, malgré les recherches que j'ai fait faire, d'où elle peut ni'êlre adressée. »