LES ÉLECTEURS ET LE BUREAU DE LA VILLE
sans que Paris y prît une part directe. Mais l'agitation du Palais-Royal, où s'apportaient et se commentaient chaque soir les nouvelles de Versailles, et la présence de très nombreux Parisiens, aux séances des Communes, ne servirent pas peu à convaincre les représentants que tout un peuple était prêt à se lever pour les soutenir.
Le public était si considérable dans la salle des Menus, le 17 juin, que le docteur Guillotin fit une motion « sur l'air pesant et pestilentiel exhalé des corps de plus de trois mille personnes et devant produire infailliblement un elTet funeste sur tous les députés ». Il fut chargé de procurer « des ouvertures suffisantes au renouvellement de l'air, de faire mettre des dossiers aux banquettes, de présider à tous les changements nécessaires à la construction de la salle ^ »
La force armée ayant occupé toutes les entrées du palais, dans la matinée du 20 juin, les séances, qui étaient restées publiques au Jeu de paume, à Saint-Louis, ne purent le redevenir avant la Lettre royale du 27. Précisément parce que la représentation nationale paraissait être emprisonnée, il vint de Paris de véritables foules, qui, le 23 et le 25, furent sur le point d'entrer en conflit avec les troupes.
Le président Bailly, Glermont-Tonnerre, l'archevêque de Vienne et Pison du Galand furent chargés d'aller calmer le peuple. Ils lui « firent part des résolutions qui venaient d'être prises pour que désormais la salle des États généraux ne lui fût pas interdite ». Ces représentations, estril rapporté au procès-verbal *, « ont produit leur effet; le peuple a respecté de simples conseils qui lui ont paru dictés par un zèle véritable pour ses intérêts. La foule s'est dispersée sur-lechamp. L'archevêque de Vienne l'a engagée à se répandre dans la Ville pour y rétablir la paix et le calme ».
Cette foule, très irritée, avait hué l'archevêque de Paris, parce qu'il restait dans la Chambre du Clergé ; dès qu'elle apprit son entrée à l'Assemblée nationale, elle l'acclama. La force militaire, et, en particulier, les compagnies de gardes-françaises, postées au château, se montrèrent plus que patientes, malgré l'exaspération de leurs chefs.