EXPLICATION DES NOBLES A LEURS COMMETTANTS
pas eu le succès qu'on en avait espéré. Enfin les Communes avaient pris le parti de renouveler leurs invitations aux deux premiers Ordres pour venir, dans la salle nationale, faire la vérification de tous les pouvoirs en commun; elles avaient fait faire ensuite l'appel des députés de tous les bailliages, et, après avoir statué que les seuls députés dont les pouvoirs avaient été vérifiés de la sorte étaient les représentants connus delà Nation, elles avaient déclaré l'Assemblée nationale formée et, le même jour, elles avaient prononcé sur les impositions un décret important.
« Peu après cette époque, la majorité du Clergé s'est réunie à l'Assemblée nationale.
« La Noblesse a adressé au Roi des réclamations contre la détermination des Communes. Alors il est devenu évident qu'il existait deux systèmes contraires dans les États généraux. Les Communes et la majorité du Clergé ont formé une assemblée active, ont soutenu que le droit d'empêchement n'existait dans aucun Ordre, et ont annoncé qu'ils allaient définitivement s'occuper de travailler à la Constitution. La Noblesse et la minorité du Clergé, formant deux assemblées distinctes, se trouvant isolées par la séparation de la troisième, ont persisté dans le système du veto, et se sont trouvées frappées d'une inaction absolue.
« Alors nous nous sommes dit : « La Constitution qui va être faite « par le Tiers-État et la majorité du Clergé peut, il est vrai, être désap- « prouvée par la minorité du Clergé et par l'Ordre delà Noblesse ; mais « cette désapprobation serait nulle dans le système de l'Assemblée « nationale, puisqu'elle ne reconnaît à aucun Ordre le droit de veto. « La Noblesse, au contraire, et la minorité du Clergé ne peuvent pas « faire une Constitution, puisqu'elle serait nulle dans leur propre sys- « tème, faute du concours du troisième Ordre. Il ne peut donc y avoir « de Constitution faite que par l'Assemblée nationale. Nos commettants « veulent une Constitution ; c'est donc dans l'Assemblée nationale qu'ils « ont marqué nos places. »
H Cependant, messieurs, nous avons cru devoir attendre. Le Roi,
après avoir suspendu toutes les séances particulières pendant trois
jours, s'est déterminé à tenir une séance royale pour faire connaître
mx trois Ordres le désir qu'il avait de les voir réunis pour travailler
[de concert aux objets d'intérêt général.
« Le jour même de cette séance royale, l'Assemblée nationale a déslaré persister dans ses précédents arrêtés, et le lendemain la Noblesse repris ses séances particulières.
« Alors nos espérances de conciliation se sont de plus en plus
évanouies; il nous fallait opter entre tos ordres exprimés dans vos articles impératifs, et votre vœu exprimé dans le préambule de votre Gahier; il fallait nous hâter d'aller vous représenter à l'Assemblée qui allait faire la Constitution.
« Nous nous sommes rappelé que, lors de la convocation irrégulière de Paris, vous vous étiez vous-mêmes bornés à protester contre la dissolution de la Commune, et que vous aviez obéi, regardant comme un crime social de retarder un instant la tenue des États génér raux. Fidèles à l'esprit de nos instructions, nous avons agi pour que les États généraux ne fussent point anéantis.
« Quel que soit le poids des motifs qui ont dirigé la conduite de vos députés, il est certain que deux d'entre eux ont trouvé dans leur propre conscience ces mêmes obstacles que la nôtre nous avait ordonné de franchir; ils ont cru devoir s'attacher inviolablement à la lettre de vos instructions; ils ont conservé plus longtemps l'espoir d'arriver au but par la route que vous leur aviez tracée : enfin, les circonstances nous réunissent tous dans l'Assemblée nationale ; mais notre délicatesse nous a imposé la loi de n'y prendre encore qu'une voix consultative.
« Il ne nous reste qu'un vœu à former :
« C'est que, rassemblés bientôt par une convocation régulière, que nous avons demandée, instruits des différentes déclarations que nous avons remises à l'Assemblée nationale en y entrant, et auxquelles chacun de nous se réfère, vous puissiez donner à la conduite de vos mandataires, et aux motifs qui les ont respectivement dirigés, l'approbation qu'il était de leur devoir de mériter, et qui sera toujours le but de leurs trayâux et la récompense la plus flatteuse de leur zèle.
« Nous sommes, avec respect, Messieurs, vos très humbles et très
obéissants serviteurs,
« Stanislas, comte de Clermont-Tonnerre ;
« Le duc de La Rochefoucauld;
« Le marquis de Montesquiou ;
« Le comte de Lally-Tolendal ;
« Du Port;
« DioNis DU Séjour ;
« Le président Le Peletier de Saint- Fargeau;
« Le comte de Mirepoix^ »
L'événement capital de la substitution de l'Assemblée nationale une et indivisible aux trois Ordres des États généraux s'était accompli