‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 321 sur 549 · LE MINISTRE DE PARIS AUX PREVOT ET ÉCHEVINS · texte numérisé non relu

LE MINISTRE DE PARIS AUX PREVOT ET ÉCHEVINS

« Messieurs,

« Le Roi approuve la réponse que MM. du Bureau de laVilleont

faite à cette demande; les opérations pour lesquelles ces assemblées ont eu lieu étant en ejQfet actuellement consommées, le Bureau ne pouvait accueillir la proposition qui lui était faite.

« J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur,

« Laurent de Villedeuil. »

Faute de local, la convocation des électeurs du Tiers en assemblée générale ne put être faite à la date, décidée le 23 mai, du mercredi 7 juin. C'est seulement le 25 juin, — après le serment du Jeu de paume, — que les électeurs se rassemblèrent chez un traiteur de la rue Dauphine, dans une salle dite du Musée, qu'une société de gens de lettres voulut bien leur céder. Ils la trouvèrent remplie par une noce de quatre-vingts couverts, qui, sur la déclaration de l'objet patriotique de leur réunion, disparut, tout de suite, après les avoir embrassés et félicités 1.

1. Voir, dans la collection Berville et Barrière, l'OEMure des sept jours, par Dusaulx, éd. de 1821, p. 270. « Nous étions, dit le vénérable traducteur de Juvénal, électeur du dis-

Plusieurs « citoyens nobles », Du Pré de Saint-Maur, le marquis de Luignié, de Romainvilliers, de Gheffontaine et de Favannes se présentèrent, « heureux de se trouver avec leurs concitoyens et leurs frères, et de leur prouver par leur présence combien ils étaient convaincus que le bien public ne pouvait être opéré que par la concorde et l'entière réunion de tous les citoyens. » Après délibération, le président, — qui était le vice-président Delavigne, remplaçant Courtin, démissionnaire pour cause de^jfaiblesse de santé, — les félicita de leur « noble patriotisme » et invita ceux « qui étaient électeurs à partager ses séances. » Deux d'entre eux. Du Pré de Saint-Maur et de Luigné, furent les premiers nommés de la députation, composée en outre, de Bancal des Issarts, Raymond, Vauvilliers, Garnier, Farcot, Tliouïn, Gibert fils, Pluvinet, Thuriot de la Rosière, et chargée, avec le président, « de réitérer au Bureau de la Ville la demande d'un local convenable dans une des salles de l'Hôtel de Ville ^ ».

La séance fut close par l'envoi à l'Assemblée nationale de vingt commissaires, chargés d'une Adresse, rédigée par Pitra, Garran de Goulon, D'Osmond et Hom : « Profitant du moment où elle a pu se « réunir après des tentatives inutiles, l'Assemblée des électeurs de la « Ville de Paris, pénétrée de respect et de reconnaissance pour la « conduite ferme et patriotique de l'Assemblée nationale,.... dé- « clare son adhésion invariable à ses délibérations, particulièrement « à celles du 17 de ce mois, dont elle soutiendra les principes dans « tous les temps et dans toutes les circonstances; elle consacrera à M jamais dans son souvenir les noms des députés du Clergé et de la « Noblesse qui se sont réunis à l'Assemblée nationale ^ »

A l'ouverture de la séance du 26 juin, dans le même local du Musée, se présentèrent les « citoyens ecclésiastiques », abbés Bertolio, Trufi'er, Le Masson, Moreau, annonçant qu'ils seraient « en plus grand nombre si l'assemblée avait un local certain et connu de tous », constatant l'utilité de cette assemblée des électeurs de Paris « et de toutes les assemblées partielles, qui forment, pour ainsi dire, les éléments de l'Assemblée nationale, et qui, toujours entretenues, composeront nécessairement les anneaux de cette chaîne intermédiaire qui, liant le peuple au Roi, doivent nous garantir à la fois de l'anarchie et du despotisme». Après délibération, les citoyens ecclésiastiques » furent reçus à la condition de « se réduire, relativement aux autres, au nombre de suffrages admis dans les assemblées préparatoires ». Les ecclésiastiques comme les Nobles refusèrent les places qui leur avaient été désignées,

trict des Feuillants, nous étions deux ou trois cents qui, sous l'œil vigilant des fauteurs du despotisme, osâmes nous réunir en plein jour dans cette espèce de cabaret qui, tel que le Jeu de paume à Versailles, servit de berceau à notre liberté naissante. »

1. Thuriot de la Rosière, rapporte Dusaulx (p. 270-271), s'écria i h Levez-vous, marchez, et suivez-moi... à l'Hôtel de Ville! ». Un autre électeur fit observer qu'un acte de violence, pojsible, 40,000 hommes étant prêts à « enfoncer les portes », si on persistait à les fermer devant leurs électeurs, « exposerait la Ville en compromettant l'Assemblée nationale » ; il répondit ensuite, « sur sa tête », que ce qui était refusé hier, on l'obtiendrait demain. « C'est pourquoi fut décidée une nouvelle démarche au bureau delà Ville.»

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