PROJETS DE VIOLENCES
feu cl à sang. Elle a dit beaucoup d'autres choses, beaucoup plus fortes encore; dans sa fureur, elle ne respecte rien.
« Les patriotes vont se faire inscrire au café du Caveau; on dit que la liste est déjà très nombreuse. Je n'ai pas été curieux d'aller vérifier le fait. C'est au point que les gens sages n'osent plus paraître, encore moins s'arrêter au Palais-Royal •. »
« Paris, le 2 juillet.
« Nous sommes dans des circonstances bien critiques. Les esprits, loin de se calmer, fermentent plus violemment que jamais; les agitations populaires épouvantent tout le monde.
« Les gardes-françaises sont toujours au Palais-Royal sous la sauvegarde du peuple. S'il n'obtient pas leur grâce, il se portera aux dernières extrémités. L'arrêté de l'Assemblée nationale n'a pas produit l'effet qu'on devait en attendre. Toute la journée s'est passée dans le trouble et le désordre. Ce matin, les orateurs du Palais-Royal faisaient publiquement le procès de M. le comte D*** (d'Artois) et de M™" de P*** (Polignac) et de beaucoup d'autres. Le premier surtout a été traité de la manière la plus cruelle et la plus extravagante. « Il veut, disaient-ils, « se retirer en Espagne, s'il ne parvient pas à nous réduire; il n'en est « pas à bout, mais nous saurons l'arrêter en chemin et nous venger du (( mal qu'il veut faire. »
« Toutes ces scènes se passent au Palais-Royal. Là on se plaignait de M. Railly et des lenteurs auxquelles il paraît se prêter; on parlait d^un coup d autorité, dont on prétend que le gouvernement s'occupe depuis quelques jours et dont on accuse M. le maréchal de Rroglie. On se préparait à le parer, et les dispositions ultérieures qu'on annonçait publiquement sont vraiment alarmantes. « S'ils manquent leur « coup, disaient-ils, nous brûlerons le château de Versailles ; nous le mettrons « pierre sur pierre, » etc., etc. On parlait ensuite de M. le duc d'Orléans;
tous le déclaraient généralissime des troupes nationales, d'autres Mais
je me tais, tant je frémis des folies du jour, elles sont à leur comble.
« Il est important de faire veiller sur les canons distribués dans la ville. On pourrait s'en emparer par surprise et, s'il faut en croire ce que j'ai entendu dans la foule, le projet en est formé.
« On s'attend à voir former un camp dans les environs de la ville. On dit qu'il arrive beaucoup de troupes étrangères, que les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud sont gardés. Toutes ces précautions, tous ces préparatifs n'époMuanfenï personne. Les attroupements deviennent plus nombreux, la fureur du peuple est inconcevable.
,1. Archives des aflf. étr., France, 1405, f 238.
« On persiste à croire que les Anglais ont ici des agents secrets; quHls distribuent de V argent; que ce sont eux et eux seuls qui soulèvent le peuple. Il conviendrait sans doute de les faire surveiller de près et d'en faire un exemple, si on parvenait à découvrir les auteurs du complot.
H On pense généralement que, dans l'état des choses, il y aurait de l'imprudence à tenter un coup d'autorité, d'autant plus dangereux qu'il pourrait mettre le feu aux quatre coins du royaume. On croit que tous ces grands mouvements s'apaiseront d'eux-mêmes; que le temps, le besoin, l'ennui et surtout quelques négociations heureuses feront rentrer dans le devoir ceux qui en sont sortis; que les plus opiniâtres rougiront enfin de leur conduite, et que l'Assemblée nationale, en donnant l'exemple de la concorde et du respect de l'autorité royale, ramènera, par son influence sur tous les Ordres de l'État, le calme et la paix qui paraissent en être bannis. Les Français chérissent leur Roi par excellence; ils reviendront d'un moment d'erreur, et ce retour mettra le comble à la gloire et au bonheur du monarque.
« Telle est l'opinion des gens sages qui veulent le bien. D'autres, moins modérés et plus impatients, veulent brusquer l'aventure et tout hasarder; leur avis peut avoir des suites funestes; il doit en avoir nécessairement. Le plus doux, le plus humain mérite la préférence *. »
A L'HOTEL DE VILLE Résumé du procès-verbal des électeurs, 1-10 juillet*.
Les électeurs de Paris, en leur seconde séance, tenue à l'Hôtel de Ville, le l*""" juillet, élurent, par 103 voix sur 182 votants, président en second, l'un des délégués du district de Saint-Eustache, créole de la Martinique, membre du conseil supérieur de Saint-Domingue, l'écrivain et légiste Moreau de Saint-Méry '.
Le professeur Vauvilliers, électeur du district de Saint-Étienne du Mont, s'écria :
« Jamais peut-être circonstance plus délicate ne demande tout ensemble et la plus brûlante exaltation des sens et la plus calme tranquillité des esprits... Des artisans d'iniquité répandent à pleines mains des semences de discorde entre tous les Ordres, entre le Roi et son