‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 332 sur 549 · LA PÉTITION DU PALAI S-RO VAL · texte numérisé non relu

LA PÉTITION DU PALAI S-RO VAL

« J'ai vu une scène bien singulière. Environ soixante à quatrevingts particuliers se promenaient dans l'intérieur et hors de la ville. Un d'eux marchait en tête et portait une bannière sur laquelle on lisait distinctement : Vive le Roi! Vive le duc d'Orléans! Vive le Tiers-État! Cette troupe s'arrêtait devant tous les corps de garde des gardes-françaises pour les saluer, et ils criaient à tue-tête: Vivent nos camarades!

« Il existe très sérieusement le projet d'expulser toutes les troupes étrangères, qui sont dans la ville ou dans les environs de Paris. Les bourgeois veulent former une troupe et se garder eux-mêmes. Je sais très positivement qu'on s'occupe de l'exécution de ce projet.

« Vers cinq heures du soir, on a publié au Palais-Royal une lettre manuscrite du Roi à la Noblesse (l'engageant à se réunir aux deux autres Ordres). Peu de temps après on a publié que la Noblesse s'était effectivement réunie. C'était la nouvelle d'une victoire emportée sur les ennemis; la joie était universelle

« Les orateurs du peuple font foule au Palais-Royal, le nombre en augmente chaque jour. Hier, pour manifester les principes populaires de M. Necker, ils lisaient à haute voix la lettre de ce ministre à l'Assemblée nationale On le regarde comme un dieu descendu du ciel

pour le salut de la Patrie. »

Entre deux de ces Notes secrètes est insérée la copie, d'une autre écriture, delà pétition du palais-royal du samedi 27 juin 1789.

Dans cette pétition, qui a été imprimée, on demande : « l'exil de la cour et au moins à cent lieues de Versailles de M""" la duchesse de Polignac, conseil pernicieux de la reine et des princes, parce qu'il est étonnant qu'une femme qui a donné tant de preuves de son horrible inconduite soit le timon de la France, chose honteuse pour le Roi, dont on connaît l'excellent cœur pour le peuple » ; pareillement a l'exil des maisons de Condé, de Conti, qui cabalent journellement contre le ministre à qui la France devra sa régénération »; que Necker, « qui veut le bien de tous les Français, soit constitué ministre national, et dépende totalement de la Nation », soustrait a au dédain de la faction qui veut l'opprimer et aux faiblesses du monarque »; que l'entrée dans la salle de l'Assemblée nationale, malgré la Noblesse, soit libre; que l'on renvoie « dans leurs postes respectifs les troupes, que de longues routes fatiguent », et qu'il leur soit accordé une paye plus forte, en diminuant celle de l'état-major ».

Les citoyens du Palais-Royal juraient de « défendre jusqu'à la dernière goutte de leur sang la liberté de M. Necker » et aussi celle des « citoyens-soldats, qui ont refusé d'obéir aux pouvoirs despotiques et exécutifs; qui se sont montrés amis et défenseurs de l'Ordre du Tiers, dont ils sont membres».

L'agent du ministre des affaires étrangères consacre la majeure partie de sa note du lundi 29 juin au compte rendu de l'Assemblée

nationale. Quant à Paris, ajoutet-il, «les réjouissances y continuent

sans interruption et tiennent de la folie Les électeurs, après s'être

réunis au Musée de la rue Dauphine, sont à l'Hôtel de Ville. On a proposé de supprimer le lieutenant de police et d'établir une milice bourgeoise. Ces deux propositions ont été admises, et l'on travaille à réunir les titres de la Ville qui établissent son droit sur ces deux points. On dit qu'elle en a joui jusqu'à Louis XIV, et que ce prince est le premier qui l'en ait dépouillée de sa propre autorité i».

La note du 30 juin contient le récit de l'enlèvement des gardesfrançaises de l'Abbaye, à l'instigation, « vers les sept heures du soir, d'un particulier écumant de rage, qui a rassemblé autour de lui au moins trois à quatre cents personnes Plus de fêtes, plus de réjouissances. Le délire de la joie a fait place à celui de la fureur; nous en sommes à peu de chose près au point où nous en étions le 2/^2».

« Paris, 1" juillet 1789.

« L'agitation des Parisiens, loin de diminuer paraît avoir pris de nouvelles forces; les soldats délivrés des prisons de l'Abbaye sont gardés soigneusement au Palais-Royal par trois ou quatre mille hommes. En attendant le retour de la députation qui s'est rendue à Versailles pour demander leur grâce, on se propose bien de les garantir de force contre toute entreprise, si cette grâce leur était refusée; mais on se flatte de l'obtenir, et cet espoir est fondé sur l'impuissance du gouvernement et la nécessité de céder aux circonstances. On sait d'ailleurs que deux soldats du même régiment, arrêtés à Versailles, on été rendus et mis en liberté : exemple qu'on cite pour justifier la conduite qu'on a tenue et qu'on veut tenir jusqu'à ce que la grâce de ceux de Paris soit accordée. Ces soldats sont dans une chambre du Palais- Royal ; on leur fait passer de l'argent et tout ce qui leur est nécessaire pour vivre, au moyen de paniers attachés à des cordes qu'ils jettent et retirent tour à tour. Cette manière de faire subsister n'annonce pas de grands moyens, cependant on dit publiquement que l'Angleterre fait répandre beaucoup d'argent et soudoie un nombre considérable d'agents pour exciter les troubles. Le bruit en a couru déjà hier, on a su qu'un particulier avait donné sept louis à un garde-suisse et à peu près autant à beaucoup d'autres personnes. De là on a conclu qu'il n'y avait qu'une puissance qui pût soutenir cette dépense, et les vues se sont fixées sur l'Angleterre.

« On est informé que M. le maréchal de Rroglieapris le commandement de l'armée. La population n'en a point été intimidée; elle a dit et affiché partout que, si on tirait un seul coup de fusil, on mettrait tout à

i. Archives des aff. étr., France, 1405, f» 230-232, 2. Ibid., fo 236.

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