LE PALAIS-ROYAL ET LES ELECTEURS
peuple... Sous prétexte de précautions nécessaires contre des projets d'une démocratie, aussi impossible par la nature des choses que contradictoire au caractère et à l'esprit d'une Nation fameuse entre tous les peuples par son amour pour ses monarques, il semble qu'on ait résolu de faire adopter au Roi, malgré son cœur, des moyens de terreur et de force... Il circule des lettres dictées par l'esprit de Satan pour déshonorer le Peuple français, en publiant que la réunion de la majorité des Nobles a été impérieusement commandée par la nécessité de sacrifier leur existence, leur fortune et même leur opinion à la sûreté du
trône On a osé jusqu'à rappeler des époques que les derniers jours
de la France verront encore arrosées de nos larmes et prêter
au Tiers-État des pensées (régicides) ! comme si on pouvait ignorer quel monstre donna le premier cet abominable exemple, et dans quelle école (celle des Jésuites) il fut endoctriné ! »
Il requérait la nomination d'une députation de vingt membres pour transmettre à l'Assemblée nationale et déposer aux pieds du trône « le témoignage le plus énergique de l'amour et de la fidélité inviolable de tous les habitants de Paris au Roi... entre qui et son peuple il n'y a et il ni peut y avoir aucune sorte de guerre ».
L'abbé Rertolio présenta un projet d'adresse au Roi, « pour donner à Sa Majesté de nouvelles assurances d'amour et de fidélité », mais aussi la supplier « de retirer sa déclaration du 23 juin, de rendre à l'Assemblée nationale la plénitude de la liberté dont elle jouissait avant »; de faire retirer les troupes et autoriser le rétablissement de la garde bourgeoise, « seul moyen de ramener l'ordre et la tranquillité publique ».
On adopta, le h, la déclaration suivante, rédigée par Moreau de Saint-Méry et aussitôt livrée à l'impression :
« L'Assemblée des Électeurs de la Ville de Paris déclare qu'elle ne peut voir sans la plus profonde douleur quelques personnes entraînées par des mouvements inconsidérés, ou cédant peut-être à des insinuations dangereuses, manifester des alarmes sur le bonheur public, dont s'occupe le meilleur et le plus chéri des Rois, et que l'Assemblée nationale ne peut manquer de consolider pour jamais, si tous les citoyens s'empressent d'y concourir par une conduite dont la modération et l'amour de la paix doivent être la base.
« En conséquence l'Assemblée invite, au nom de la Patrie, tous les chefs des corporations, tous les pères de famille, en un mot tous les Français, habitants de cette capitale, à porter, à répandre partout des sentiments de calme et d'union ; enfin à soutenir le caractère d'une grande Nation si justement célèbre par son extrême amour et sa fidélité inviolable pour ses Rois. »
Dans cette même séance du h juillet, l'Assemblée générale des Électeurs reçut une pétition des « citoyens rassemblés au Palais-Royal », signée : « Vos très humbles serviteurs, fils de la Patrie, Marie de Saint- Ursin, secrétaire; Darantière, Brase, médecin, et de La Bruyère, tous envoyés du peuple à Versailles le 30 juin:
H II paraît que, d'après la lettre écrite par Sa Majesté à M. l'Archevêque de Paris, votre avis serait que les prisonniers, élargis le 30 juin par le peuple ameuté se réintégrassent dans la prison d'où ils ont été tirés. Notre avis, Messieurs, ne s'éloigne pas du vôtre. Voici cependant les modifications qu'il exige, et sans lesquelles nous n'osons les y déterminer.
« Ils refusent constamment de se rendre dans les prisons, si des garants aussi respectables que vous n'assurent leur liberté. Un de nous (M. de Ghamseru, médecin) a offert de souscrire, pour lui et pour nous tous, une obligation à la face du public de les protéger jusqu'à l'entier oubli de leur faute, et de présenter en tout temps l'adresse du lieu où ils seront transférés, en quelque endroit qu'ils soient.
« Nous vous prions. Messieurs, de vouloir bien vous transporter dans le lieu où ces malheureux sont encore (les arcades du Palais-Royal), ou de nous envoyer une garantie signée de six de vous, le seul moyen de les sauver étant de les mettre sous la sauvegarde de ce même public qui a brisé leurs fers. »
L'arrêté suivant fut proposé par l'abbé Bertolio et adopté :
« L'Assemblée des Électeurs de la Ville de Paris pense que la grâce des prisonniers actuellement au Palais -Royal est contenue dans la lettre du Roi à M. l'Archevêque de Paris ^ et qu'il n'est pas permis de douter de la parole de Sa Majesté. Si les prisonniers consentent à se réintégrer dans les prisons de l'Abbaye, et si le calme renaît sur-lechamp dans Paris, particulièrement au Palais-Royal, vingt-quatre Électeurs, nommés par l'Assemblée, se rendront aussitôt auprès de l'Assemblée nationale pour y annoncer que l'ordre est rétabli, aux termes de la lettre du Roi à M. l'Archevêque, solliciteront avec la plus grande activité l'exécution de la parole de Sa Majesté, et s'engagent à ne point rentrer dans Paris sans apporter la grâce des prisonniers ^ ».
1. Dans la lettre du Roi à l'archevêque (Arch. parletn.^ VIII, 184) il était dit : « La
violence employée pour délivrer des prisonniers à l'Abbaye est infiniment condamnable
Je céderai, cependant, lorsque l'ordre sera rétabli, à un sentiment de bonté; et j'espère n'avoir point de reproche à me faire de ma clémence, lorsqu'elle est invoquée, pour la première fois, par l'Assemblée des représentants de la Nation. »