‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 353 sur 549 · ARRÊTÉ DEMANDANT LA GARDE BOURGEOISE · texte numérisé non relu

ARRÊTÉ DEMANDANT LA GARDE BOURGEOISE

Et, en conséquence, fut voté l'Arrôté suivant :

u L'Assemblée des électeurs de la Ville de Paris, ne pouvant se dis- (i simuler que la présence d'un grand nombre de troupes dans cette u capitale et aux environs, loin de calmer les esprits et d'empêcher les « émotions populaires, ne sert au contraire qu'à donner des alarmes « plus vives aux citoyens et occasionner des attroupements dans tous u les quartiers, demeure convaincue que le seul et vrai moyen qu'elle u puisse proposer dans une pareille circonstance, pour ramener la « tranquillité, serait de rétablir la garde bourgeoise; que cette garde (( est suffisante pour prévenir tous les dangers; qu'elle est même néu cessaire; que les habitants de cette ville ont d'autant plus raison de « désirer de se garder eux-mêmes que tout récemment la plupart des « villes du Languedoc viennent d'y être autorisées par les ordres du « Roi, et que les communes voisines ont de même armé leurs bour- <i geois pour la police des marchés.

« Par tous ces motifs, l'Assemblée a arrêté de supplier, parl'entre- « mise de ses députés, l'Assemblée nationale de procurer au plus tôt à « la Ville de Paris l'établissement de la garde bourgeoise ^ »

Le président, Moreau de Saint-Méry, proposa de remettre la prochaine séance au jeudi 16.

De toutes parts s'élevèrent des réclamations. Un négociant, électeur du district Saint-Eustache, Deleutre-, dominant le tumulte, fit entendre ces paroles :

« Je suis informé que l'Assemblée nationale et la Ville de Paris sont menacées des plus grands malheurs; des troupes nouvelles viennent se joindre aux troupes déjà cantonnées à Saint-Denis et aux environs de Paris. Ces apprêts de guerre doivent jeter l'alarme dans les cœurs de tous les bons citoyens. Versailles n'est pas tranquille, malgré l'assurance que vient d'en donner un honorable membre de l'Assemblée nationale. Au lieu de renvoyer l'assemblée à jeudi prochain, il serait prudent de ne pas désemparer. Si l'on ne prend pas les mesures les plus promptes et les plus sages, le 13 juillet de cette année sera plus désastreux peut-être que le 13 juillet de l'année dernière \ »

Sur ces observations l'assemblée se convoqua pour le surlendemain lundi, 13, quatre heures du soir.

i. Procès-verbal Bailly-Duveyrier, I, 174-175.

2. « L'actif et vigilant Deleutre », dit Dasaulx, OEuvre des sept jours, l. c, p. 272.

3. La tempête de grêle qui avait ravagé tous les environs de Paris et était considérée 'xomme une des causes de la disette.

l'Émotion de paris le 12 juillet Extrait du journal manuscrit de Hardy '.

« Dimanche, \2 juillet. — Entre cinq et six heures dn soir la nouvelle arrive de Versailles que M. Necker, ministre d'État et directeur général des finances, vient d'abandonner l'administration et est parti incognito, de l'ordre du Roi, pour la Suisse, dans la nuit précédente, une heure après minuit, après avoir, s'il fallait en croire le bruit public, dit à Sa Majesté qu'il déplorait les malheurs dont la France allait être accablée et en la prévenant que sous peu Elle n'aurait peut-être pas un seul écu.

« On répr.ndait encore le bruit que tous les ministres honnêtes gens étaient renvoyés et remplacés par d'autres qui n'avaient point en leur faveur l'opinion publique.

(( On rend dans tous les spectacles l'argent aux personnes qui avaient pris des billets, en annonçant une suspension momentanée des théâtres.

« Cet événement inattendu cause une rumeur prodigieuse et répand l'effroi dans tous les esprits. Il se forme aussitôt au Palais-Royal, aux Tuileries et aux Champs-Elysées un concours surprenant de citoyens de tous les états, qui occasionne de grands mouvements dans les troupes et la garde préposée à la sûreté de la Ville.

« On rapporte qu'il s'est passé aux Champs-Elysées, dans la place de Louis XV et sous la terrasse des Tuileries, divers événements tragiques dont je ne puis parvenir h me procurer les détails exacts. Tous les habitants de la capitale et des faubourgs passent la majeure partie de la nuit dans les plus vives inquiétudes. »

C'est dans cette journée du dimanche, 12 juillet, à quatre heures après midi, que Camille Desmoulins, comme il l'a raconté lui-même dans la France libre *, monté sur une table du Palais-Royal et montrant un pistolet, s'écriait qu'il n'y avait plus qu'à aller aux armes, et, « versant des larmes de désespoir, déterminé à périr glorieusement, encouragé par mille embrassements de ceux qui l'entouraient et qui le pressaient sur leur cœur, arborait le premier à son chapeau la cocarde verte, le signe de nos espérances et de notre liberté ».

« Ma courte harangue, répétait-il en 1793 dans le Vieux Cordelier\ je ne l'oublierai jamais :

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