‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 393 sur 549 · LA GRANDE DEPUTATION DE LASSEMBLEE NATIONALE ET LA VISITE DU ROI · texte numérisé non relu

LA GRANDE DEPUTATION DE LASSEMBLEE NATIONALE ET LA VISITE DU ROI

Le libraire Hardy ^ n'étant pas sorti de sa maison de la rue Saint- Jacques, n" 235, n'a rien vu des événements du H juillet; mais il a consigné, dans son journal manuscrit, à la date et aux différentes heures de ce jour, les faits et les impressions, à mesure qu'ils lui parvenaient.

«En moins de trois heures, écrivait-il, a été consommée la prise de ce château, vainement attaqué par Henri IV et Louis XIV, qui n'avaient pu s'en emparer

« Sur le soir tard, on promena la tête du gouverneur de la Bastille au bout d'une pique et son cœur au bout d'une épée, dans plusieurs quartiers, notamment au faubourg Saint-Antoine et dans le parvis Notre-Dame, où l'on a fait remise de sa bourse, contenant un nombre de louis d'or, quelques écus de six livres et de la monnaie, à l'hôpital des Enfants Trouvés

« On rapporte que dans l'expédition il a été tué, suivant les uns, 20, suivant d'autres, 60 personnes; qu'il a été conduit à l'IIÔtel-Dieu 17 blessés, sans compter ceux qui se sont fait ramener chez eux

« On apprend que le sieur de Flesselles, conseiller d'État, devenu Prévôt des marchands après avoir été successivement intendant de Rennes et de Lyon, avait d'abord paru vouloir servir les citoyens de la capitale, puis avait été convaincu de trahison et d'intelligences perfides avec la cour, pour favoriser le projet caché de faire entrer nuitamment 30,000 hommes, ce qui avait été constaté par ses propres lettres trouvées parmi les dépêches de son courrier, que l'on avait arrêté; et qu'il en a été fait justice en lui brûlant la cervelle au milieu de la Grève et

i. Man. de la Bibl. nat., 6C87, f' 388-391.

en lui coupant la tête, comme celle du gouverneur de la Bastille

« A neuf heures du soir, on invite et l'on force même par l'exemple tous les citoyens à illuminer leurs croisées, et à paraître se réjouir en quelque sorte des scènes d'horreur d'une aussi triste journée

u Vers minuit, les illuminations brûlaient encore et servaient à éclairer les patrouilles, lorsque l'alarme, répandue dans tout Paris, se répand dans la rue Saint-Jacques, où l'on voit passer k à 500 gardes françaises, sans tambour, mais baïonnette au bout du fusil, qui gagnaient à grands pas la porte Saint-Martin, suivis de nombre d'hommes du peuple portant de longs et forts bâtons armés de piques en fer. On entend même plusieurs patrouilles bourgeoises conseiller aux citoyens, en frappant aux portes, que, s'il arrivait des troupes du dehors de la Ville, on jetât sur elles, par les fenêtres, tout ce qu'on pouvait avoir de poteries, de meubles, etc., seul moyen de leur inspirer de la crainte et de sauver la milice, qui se réfugierait dans les maisons et les canarderait à leur passage »

Dans la matinée du 15 juillet, ce bourgeois de Paris, auquel on a dit que la milice bourgeoise comprend déjà 30,000 hommes et doit bientôt être portée à 50,000, constate qu'à chaque instant « elle se perfectionne ; qu'on s'empresse de lui offrir dans une infinité d'endroits, et principalement dans toutes les communautés et maisons religieuses, des lieux de repos et des corps de garde; qu'elle veille avec le plus grand soin, la plus grande exactitude, à la garde de la capitale, à la conservation des propriétés. »

Après avoir noté la séance tenue par le Roi à l'Assemblée de Versailles, le matin, et la venue à Paris d'une députation de cent membres des États généraux, suivie d'un Te Deum mpromptu à Notre- Dame, il se félicite de voir « les scènes de douleur si promptement changées en scènes de consolation et d'espoir, les Parisiens ivres de

joie de ce jour mémorable à jamais de grande confusion pour les

méchants et les ennemis de l'État » K

Les Notes secrètes de l'agent de Montmorin ^ ne contiennent rien sur la journée du ik juillet à Paris. Elles finissent à la date du 15 par le compte rendu de la séance de l'Assemblée nationale se réconciliant avec le Roi :

« ... Ona remarqué que Sa Majesté était attendrie jusqu'aux larmes. La même sensibilité était dans le cœur de tous les sujets...

« Il ne faut pas se dissimuler que l'opinion générale de l'Assemblée est d'insister vivement sur l'éloigneraent des ministres actuels. Elle reviendra sur cette matière et ne la perdra pas de vue. Elle en

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