RAPPORTS D'AMBASSADEURS
ce cas de pleins pouvoirs de Lieutenant général du royaume à son
frère, Monsieur
« De tout cela, conclut-il, ce qui est surtout digne de remarque, c'est que, malgré les tumultes incroyables et la vive agitation des derniers jours, d'excellentes décisions ont été prises en vue de soutenir le bon ordre public. L'Assemblée et la Ville de Paris ont publié des déclarations propres à calmer les esprits; on y traite, entre autres choses, de l'éventualité d'une banqueroute, et on en repousse la pensée avec éloignement et horreur. »
Le duc de Dorset, en sa relation du 16 juillet, écrit :
« Le Trésor royal est aux mains de la bourgeoisie, et on n'y a pas touché; la Caisse d'escompte est aussi placée sous la même protection, et les payements s'y font comme à l'ordinaire
« Il faut reconnaître, à leur grand honneur, que les gens du peuple ne conservaient aucun dépôt, bien qu'ils fussent absolument
livrés à eux-mêmes Tous ces événements extraordinaires se sont
accomplis avec une régularité et un ordre qui ne sauraient être surpassés Depuis mardi matin (U juillet), le bon ordre a été très strictement maintenu La conduite régulière et résolue de la population
dépasse tout ce qu'on peut Imaginer. »
L'ambassadeur anglais constate que le gouverneur de la Bastille, « contrairement à tous les usages )i , fit tirer sur la foule :
« Il consentit à laisser entrer un certain nombre dans la forteresse, à la condition qu'ils ne commettraient aucune violence. Ces conditions furent acceptées ; un détachement composé d'une quarantaine d'hommes s'avança et fut admis; mais aussitôt le pont-levis fut relevé
et la petite troupe fut entièrement massacrée Cette trahison, encore
aggravée par un acte aussi flagrant de barbarie, eut l'effet qu'on devait prévoir, elle excita dans la multitude le désir d'en venger les victimes. »
L'ambassadeur autrichien écrit de son côté (le 17) :
« On coupa la tête à M. de Launey et au commandant de place, parce que, sous prétexte de rendre la forteresse, ils avaient fait entrer un parti d'assiégeants, qu'ils avaient fait tuer par trahison, après que le pont-levis avait été relevé '. »
1. Le fait de la trahison du gouverneur de la Bastille est consigné dans le procèsverbal du district du Petit-Saint-Antoine, écrit de la main du futur ministre de Louis XVI,
Le duc de Dorset assure que le prince de Lambesc, dans la charge de Royal-Allemand à l'entrée des Tuileries, « aurait été mis en pièces si, par une fuite rapide, il n'avait eu le bonheur de s'échapper ». Voici, d'après lui, comment fut sauvé le colonel des gardes françaises :
« Le duc du Ghâtelet s'échappa à grand'peine. Ayant occasion de se rendre à sa maison de Paris, il se déguisa de telle manière qu'il croyait ne pas être reconnu; mais, en traversant le fleuve dans un bateau, avec plusieurs passagers, un d'eux le reconnut, et il aurait été certainement jeté à Teau, si deux soldats aux gardes françaises n'avaient eu pitié de lui et n'avaient eu par bonheur assez d'influence sur les autres passagers pour les empêcher de lui ôter la vie et pour lui permettre de s'en aller au moment du débarquements »
Le rapport de l'ambassadeur d'Angleterre au duc de Leeds conclut en ces termes :
« Ainsi, mylord, s^est accomplie la plus grande révolution dont Phistoire ait conservé le souvenir ; et, relativement parlant, si l'on considère l'importance des résultats, elle n'a coûté que bien peu de sang. Dès ce moment, nous pouvons regarder la France comme un pays libre, le Roi comme un monarque dont les poiLVoirs sont limités, et la Noblesse comme réduite au niveau du reste de la Nation. »
champion de Villeneuve. (N» 487, t. P' de l'Inventaire de la collection F illon, par Etienne Charavay.)
1. Le 20 juillet, le ministre de la maison du Roi et de Paris, Saint-Priest, ordonnait au directeur du Journal de Paris d'insérer dans son numéro du 21 : « Le jeudi, 16 juillet, M. le duc du Chàtelet a remis au Roi sa démission de colonel du régiment des gardes françaises. » (Arch. nat., 0' 500, P 403.)