LA GRANDE DÉPUTATION DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE
remplis de larmes; des fleurs tombaieul sur eux de toutes les fenêtres ».
Au bas de l'escalier de l'Hôtel de Ville, la députation fat reçue par Pons de Verdun et par quelques électeurs; à la porte de la Grande Salle, par Moreau de Saint-Méry et tous les électeurs présents. Au bureau, à côté du président de l'Assemblée des électeurs, furent conduits La Fayette, Bailly, l'archevêque de Paris, l'abbé Sieyès et le comte de -Glermont-Tonnerre. Les autres représentants se mêlèrent aux électeurs.
La foule remplissait la partie non réservée de la Grande Salle, les escaliers, la place, applaudissant, poussant des cris de joie.
La Fayette, dès qu'il put parler, félicita a l'Assemblée des électeurs et tous les citoyens de Paris de la liberté qu'ils avaient conquise par leur courage, de la paix et du bonheur dont ils ne seraient redevables qu'à la justice d'un monarque bienfaisant et détrompé ».
Après la lecture du discours du Roi, Lally-ïolendal célébra le u ressentiment de Paris, qui était juste, le retour à la vérité d'un bon Roi dont le venin de la calomnie avait empoisonné le cœur » ; il glorifia les Parisiens d'avoir rétabli la paix et l'ordre, et leur répéta, au nom de l'Assemblée nationale, les paroles que celle-ci avait entendues de Sa Majesté : Nous nous fions à vous!
La foule enthousiaste jette une couronne de fleurs, que l'orateur veut placer sur la tête de Bailly, mais dont son front est couvert et avec laquelle il est contraint de se montrer, par une fenêtre, au peuple qui remplit la place.
Moreau de Saint-Méry, comme président des électeurs, dit :
u Les fastes d'une monarchie qui a déjà duré plus de treize siècles, « n'offrent point encore un jour aussi solennel que celui où les auu gustes représentants de la Nation viennent lui annoncer, au nom du « meilleur des Rois, qu'il lui est permis d'être libre, de cette liberté « qui élève l'homme jusqu'à la hauteur de sa destinée.
« Dites, Messieurs, à ce Roi qui acquiert aujourd'hui le titre im- « mortel de Père de ses sujél^, que, dans la nécessité de résister à des « ordres désastreux, nous n'avons jamais douté que son cœur ne les « désavouât. Dites-lui que nous sommes prêts à embrasser ses genoux; « dites-lui enfin, que le premier Roi du monde est celui qui a la gloire u de commander à des Français. »
Un des membres de l'Assemblée nationale annonçant que la garde bourgeoise était autorisée et qu'il serait accordé pardon aux gardes françaises, « un murmure général s'élève » ; un soldat s'écrie : « Nous ne voulons point de pardon ! Nous seuls avons été véritablement fidèles au Roi et à la Patrie! » Clermont-ïonnerre apaise les gardes françaises, et l'archevêque de Paris, après avoir « exhorté tous les habitants de Paris à la paix », propose, pour compléter cette belle journée, un Te Deum à Notre-Dame.
558 L'ASSEMBLÉIÎ GÉNÉRALE DES ÉLECTIîURS.
La foule accueille avec enthousiasme un appel de Moreau de Saint-Méry à « la générosité » populaire en faveur des « égarés » prisonniers.
L'Assemblée des électeurs et le public acclament La Fayette commandant général de la milice parisienne. Le vice-président de l'Assemblée nationale tire son épée et prête serment « de sacritier sa vie à la conservation de cette liberté si précieuse, dont on daigne lui confier la défense. »
De la même manière Baillyest proclamé Pî-évôt des marchands. Une voix crie : Non, maire de Paris! Et toute l'assistance répète, Bailly, maire DE Paris!
L'élu s'incline sur le bureau, les yeux baignés de larmes, « ne pouvant que dire qu'il n'est pas digne d'un si grand honneur, qu'il est incapable de porter un tel fardeau ». On fait passer sur sa tête la couronne de Lally-Tolendal, qu'il en écarte mais que l'Archevêque de Paris y retient.
Les représentants du peuple sont priés « d'intervenir auprès du Roi pour qu'il rappelle Necker ». Ils demandent aux électeurs de désigner quelques-uns d'entre eux pour conférer avec eux à l'Archevêché, avant leur retour à Versailles, sur ce qui est fait et sur ce qui pourrait être fait en vue d'assurer la tranquillité de la capitale. Le président Delavigne, le secrétaire Duveyrier, De Leutre, Chignard, Des Roches, Tassin, Le Goulteux de la Noraye, Ganilh et le marquis de La Salle sont désignés.
Les cent députés se rendent à la cathédrale avec plus de trois cents électeurs, précédés de l'Archevêque, donnant le bras à l'abbé Lefebvre, « sorti de son magasin à poudre, aussi noir que Vulcain sortant de sa fournaise ^ et suivi d'une foule innombrable. La Fayette et Bailly sont « embrassés par la multitude vraiment enivrée ». Il faut un détachement de dix-huit gardes suisses pour empêcher le maire d'être étouffé. La foule le porte en criant : Vive 3Ionsieur Bailly! Vive notre Prévôt des marchands !
Le Te Deum de Notre-Dame fut très solennel. Le bourgeois Hardy « entendait au bourdon de la cathédrale répondre les cloches de toutes les églises Il voyait passer sous ses fenêtres toute la garde bourgeoise de l'enclos de Saint-Jean-de-Latran, avec le drapeau de la commanderie et précédé d'un prêtre, au surplis duquel était attachée une cocarde de rubans rouges, bleus et blancs, comme en portaient en ce moment tous les ecclésiastiques et même tous les religieux » ^