‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 470 sur 549 · Mss. de la Bibl. nat. 6087, f · texte numérisé non relu

Mss. de la Bibl. nat. 6087, f

qui expliquent l'événement et l'impression qu'il produisit sur les bourgeois parisiens :

«... Le sieur Bertier de Sauvigny, maître de requêtes et intendant de Paris, avait une très grande influence dans l'accaparement des grains, raison pour laquelle il avait jugé devoir prendre le parti de s'enfuir, bien muni d'effets et d'argent... On imputait, entre autres crimes, à cet intendant, celui d'avoir fait couper soi-disant quarante arpents de blés en vert. On débitait que ce sieur Bertier, qui, indépendamment de l'intendance de Paris, avait encore la place de surintendant des finances de la maison de la Reine, avait offert jusqu'à six mitle louis d'or à ceux qui l'avaient arrêté, pour obtenir d'eux la permission de continuer son voyage. On n'était pas sans quelque appréhension pour ceux qui étaient allés au-devant de lui, par la probabilité des liaisons qu'il pouvait avoir avec M. le j)rince de Condè, dont on ignorait le séjour actuel, tandis qu'on voulait que M. le comte d'Artois fût parti avec ses enfants pour Turin, et M. le prince de Conti pour la Hollande.

« Le sieur Foullon, conseiller d'État, beau-père du sieur Bertier, âgé d'environ soixante-dix à soixante-douze ans, avait été arrêté près de sa terre où il était détesté ; comme il s'enfuyait, après avoir pris la précaution de faire répandre à Paris le bruit de sa mort et de faire prendre le deuil à sa maison; comme il lui était anciennement échappé de dire que le peuple n'avait qu'à manger du foin, et que ce propos, vrai ou faux, n'était point encore oublié, on l'avait beaucoup maltraité, disait-on, en lui faisant faire à pied une partie de sa route, ayant un bouquet d'orties sous le menton, de l'herbe dans la bouche et en observant, pour l'amener, de mettre devant lui sur le cabriolet une botte de foin...

« On assure qu'il avait dit avant son exécution qu'il existait trente mille coupables qui l'étaient beaucoup plus que lui...

<c Après ces terribles exécutions, les deux cadavres, dépouillés de leurs habits et absolument nus, sont indignement traînés dans les rues par la populace avec des flambeaux ; on voit, après dix heures du soir, passer rue Saint-André-des-Arcs celui du sieur Bertier, avec sa tête portée au bout d'une pique par un ouvrier couvert de sang. Tels sont les excès affligeants auxquels l'abus de l'autorité et du pouvoir conduit presque toujours un peuple désespéré qui ne connaît plus de frein. On disait le sieur Bertier de Sauvigmj, intendant de Paris, âgé d'environ cinquante ans; il laissait huit enfants tant filles que garçons, dont un se trouvait actuellement pourvu, depuis 1785, d'une charge d'avocat général de la Cour des Aides de Paris. Quant au sieur Foullon, conseiller

IMPRESSIONS D'UN BOURGEOIS DE PARIS. 63o

d'État, dont la fille, épouse du feu sieur Bertier, était heureusement morte, il laissait encore trois fils, dont un intendant de la Guadeloupe, un autre intendant de Moulins en Bourbonnais, et le troisième enfin, conseiller élève au Parlement de Paris dans la Chambre des Requêtes depuis 1780...

u Nonobstant le crime atroce et abominable dont ces deux individus s'étaient rendus coupables, s'il fallait en croire la voix du peuple, s'il fallait ajouter foi au cri public, en prenant tous les moyens les plus odieux d'enlever aux sujets du Roi leurs subsistances, pour satisfaire une insatiable cupidité, l'Humanité, la Nature, n'en frémissaient pas moins d'horreur, au récit de leur fin aussi tragique qu'elle était ignominieuse. « Quel exemple, s'écriait-on de toutes parts, pour tous ceux qui pourront être à l'avenir chargés d'une branche quelconque d'administration! La postérité pourra-t-elle jamais le croire? »

« du vendredi 2k juillet. — On apprend qu'il venait d'arriver à l'Hôtel de Ville plusieurs voitures de grains accompagnées de deux pièces de canon dont les afi"(its étaient peints en vert; ces grains faisant partie d'une plus grande quantité découverte à Étampes, et les canons appartenant à 31. de Talaru de Chabnazcc, on avait exigé qu'il les donnât, quoiqu'ils fussent seuls dans son château de Ghamarande.

w On prenait à la Ville toutes les précautions imaginables pour empêcher qu'il n'arrivât plus de scène semblable à celle dont on avait été témoin les jours précédents, en usant de tous les moyens praticables pour empêcher les attroupements dans la place de Grève, la tenir toujours vide de monde en majeure partie, et ne laisser pénétrer à l'Hôtel de Ville que les personnes qui y auraient absolument affaire et qui seraient connues.

« Du samedi 25 juillet. — On trouvait dans la feuille du Journal de Paris, numéro 206 à l'article des scellés apposés après décès, l'annonce de ceux apposés sur les papiers et effets du sieur Foullon, conseiller d'État, en son hôtel, rue des Fossés-du-Temple, ainsi que sur les papiers et effets de M. Bertier de Sauvigny, en l'hôtel de l'Intendance, rue de Vendôme, de l'ordre de MM. de l'Assemblée de Paris. Mais, d'autre part, on entendait dire que tous les papiers de ces deux personnages, devenus singulièrement intéressants par les circonstances, avaient été ou brûlés ou soustraits et mis à couvert par les familles.

« Le même jour, à neuf heures du matin, j'assiste dans l'église des chanoines réguliers de la Sainte-Trinité, dits Mathurins, au service solennel qu'y fait célébrer celui des soixante districts dont j'étais membre, pour le repos des âmes des citoyens qui avaient été victimes de leur patriotisme et de leur amour pour la Liberté dans l'expédition

fameuse du siège de la Bastille, On voit bon nombre de citoyens et de citoyennes à ce service, auquel officie M. le général des Mathurins l'état-major de la nouvelle milice parisienne présente les offrandes. Des deux côtés de la Représentation, élevée de deux gradins et environnée de dix-huit cierges, tandis qu'il y en avait trente à l'autel, on avait placé douze grenadiers du régiment des gardes françaises, la baïonnette au bout du fusil. Après le service, tout le monde jeta de l'eau bénite sur la Représentation. »

DISSOLUTION DE l'aSSEMBLÉE DES ÉLECTEURS

ET TRANSMISSION DES POUVOIRS MUNICIPAUX A l'aSSEMBLÉE

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