‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 472 sur 549 · AVIS IMPORTANT AUX BOURGEOIS DE PARIS · texte numérisé non relu

AVIS IMPORTANT AUX BOURGEOIS DE PARIS

« Lorsqu'une nation a longtemps courbé la tête sous le joug de

l'esclavage il semble qu'elle ait perdu totalement l'idée de ses

facultés, comme elle en a perdu l'usage, et qu'elle ait contracté l'habitude indestructible d'une obéissance passive Cependant, si des circonstances imprévues, des événements incalculables réveillent enfin ses sens engourdis, le sentiment de sa honte lui rend toute son énergie; d'une main hardie, elle ressaisit l'empire qu'elle avait lâchement abandonné, et d'une voix ferme et imposante s'écrie : Je suis libre!

« i\Iais pour une nation nombreuse, dans le sein de laquelle s'agite une foule innombrable d'individus mus par des pensées diiïérentes et opposées il ne suffit pas qu'elle soit libre; il faut que la liberté

1. In-S" de 7 pages, Bibl. nat. Lk'', 6575. Le même Leblond, avocat au Parlement, fit paraître, en 1790, des Idées d'un citoyen de la commune gouvernée par elle-même, in-S" de 34 pages. Il n'a joué aucun rôle politique, et les recueils biographiques ne contiennent pas la date de sa mort. 11 était né à Château-Thierry, le 19 juin 1748.

elle-même ait ses lois; sans quoi, elle ne serait pour chaque individu

que la facilité de se nuire et deviendrait un brigandage

« Après le long sommeil de l'esclavage, cette mort politique, l'homme, étonné de son réveil, s'agite, se tourmente, établit et détruit

tout sans ordre, sans principe Le hasard seul préside aux succès

comme aux fautes de ces opérations.

« Telle est précisément la circonstance dans laquelle se trouve la France entière, surtout la capitale Si la catastrophe la plus étonnante, et l'unique sans doute dans les fastes de l'histoire, a conduit à des résultats aussi heureux pour nous, félicitons-nous-en; nous n'avions pas le droit de nous y attendre.

« Lorsque assemblés par districts nous donnions à nos électeurs le pouvoir d'élire nos représentants à l'Assemblée de la Nation; lorsque quelques Cahiers leur enjoignaient de s'assembler pour entretenir avec Versailles une correspondance active, nous n'imaginions pas que cette précaution nous sauverait, et que, sans elle, nous étions infailliblement perdus. On s'assemblait en effet à l'Hôtel de Ville. Les assemblées

étaient nombreuses et tumultueuses lorsque tout à coup, le dangei-

devenant extrême, et les résolutions pressantes, les électeurs se sont trouvés constitués par la nécessité des circonstances et l'urgence des besoins. Jointe aux ofûciers municipaux, leur assemblée devint le centr.; des opérations; on eut, sans s'en douter, un point de ralliement. Tout s'est porté, s^est délibère, s^est exécuté à U Hôtel de Ville

« Jusqu'ici tout va bien pour l'Assemblée de l'Hôtel de Ville. Tout est dans l'ordre. Ce qu'elle a fait, elle a pu le faire, puisqu'elle l'a dû. Le salut public, cette loi suprême, a tout justifié. Mais, aujourd'hui qu(! le calme a succédé à l'orage, aujourd'hui que le droit imprescriptible de la Nation a repris son empire, ne doit-il pas être permis d'examiner si les droits de l'Assemblée de l'Hôtel de Ville posent sur des bases solides

« Cet examen était un des devoirs du Comité permanent. Il paraît qu'il s'en est occupé, puisqu'il demande aux districts de nouvelles assemblées, une confirmation d'autorisation. Mais il me paraît qu'il n'a pas pris la forme qu'il aurait dû suivre pour obtenir l'universalité de suffrages nécessaire à la légitimité de sa constitution.

« Une ville est composée d'habitants de toute classe, de toutu condition. C'est la réunion de tous, c'est Funiversalité des individus

qui forme la communauté Toute opération qui n'est pas le résultat

de cette universalité n'a pas le vœu général, et est par conséquent inconstitutionnelle. Cette vérité paraît aussi avoir été sentie; et tout citoyen, de toute condition, est invité à se rendre aux districts, pour y

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