AVIS SUR L'ORGANISATION MUNICIPALE
jouir du droit de suffrage. Mais en tout, c'est l'ordre qui assure aux opérations leur avantage, et qui en facilite l'exécution. Or, en ce genre, je crois qu'on n'a pas fait tout ce qu'il y aurait à faire. Les districts ne sont point assez divisés, et par conséquent trop orageux. Il n'est pas possible aux citoyens paisibles de s'y faire entendre; personne, pour
ainsi dire, ne s'y connaît
« J'oserai prendre la liberté de tracer en deux mots un plan qui eût été facile à suivre, et qui, je crois, n'aurait laissé rien à désirer.
« La nécessité des circonstances, cette impérieuse nécessité, ayant constitué le Comité permanent, autorisé par l'aveu tacite du souverain,
le Comité pouvait, et peut encore donner aux assemblées des
districts une forme différente de celle que le gouvernement lui-même avait d'abord établie. Car ici, ce ne sont pas les Ordres qu'il s'agit d'assembler, mais les membres de la Commune. Il était donc facile de faire le dénombrement de tous les citoyens domiciliés de tous les Ordres, de les diviser ensuite par districts assez peu nombreux pour qu'il pût y régner de l'ordre dans les délibérations, et que les suffrages y fussent donnés avec connaissance de cause. Je suppose que le nombre des citoyens de toute classe se montât à cent mille. On les eût divisés en deux cents districts, chacun de cinq cents votants; et chaque district ainsi circonscrit, chaque citoyen, nommément, et par une invitation personnelle qui aurait énoncé les objets à être mis en délibération, y aurait été appelé, et en fixant le nombre des représentants à un par cent, les deux cents districts auraient donné mille représentants, lesquels entre eux, d'après leurs lumières, d'après les instructions de leurs districts respectifs, auraient fait un plan de Constitution municipale. Ce plan, approuvé par la majorité des votants, mis ensuite sous les yeux des districts, et reçu par leur majorité, eût été véritablement légal, et sanctionné par le vœu général de la communauté.
« Dans les circonstances présentes, nous nous pressons trop. La précipitation ne peut conduire qu'à des opérations hasardées. La France, l'Europe, ont les yeux sur nous, et l'avenir nous jugera avec d'autant plus de sévérité, que nous avons tous les moyens à notre disposition. Que la tranquillité donne donc aux délibérations le temps de se mûrir! N'en hâtons point la maturité par des moyens factices. Examinons tout, pesons tout, comparons tout, calculons tout. Ayons à tout une raison puissante, un motif déterminant. Que l'œil sévère de la critique ne voie rien de répréhensible dans des opérations qui, pour se faire de bonne foi, pour n'avoir pour but que le bonheur public, peuvent cependant le manquer, surtout lorsqu'elles n'auront pas été assez réfléchies. »
Sans cloute à l'instigation de Bailly, au moment même où les districts nommaient les premiers cent vingt représentants de la Commune, l'homme qui passait alors pour le constituant par excellence, l'abbé Sieyès en personne émettait