LA REUNION DES ELECTEURS POUR LA REDACTION DE LEURS PROCÈS-VERBAUX
Du 30 décembre 1789 au 8 avril 4790.
Le 30 décembre 1789, à cinq heures du soir, les électeurs se réunirent dans la grande salle de rarchevôché, où ils avaient commencé leurs séances le 23 avril précédent, « pour entendre la lecture de leurs procès-verbaux et vérifier les faits y contenus ^ ».
Un incident remplit la première séance. L'ancien président, Moreau de Saint-Méry, réclame « le secours de l'assemblée contre la proscription à laquelle ses amis, ses parents et lui sont livrés, à Saint-Domingue pour la publicité d'un imprimé, Observations de M. Charton à la motion de M. Moreau de Saint-Méry ». On y avait imprimé que Moreau, le 12 mai, « avait fait un discours et une motion en faveur de la liberté des nègres ». Charton soutient que son collègue h a manifesté, dans une séance, que le sort des nègres devait être adouci », appelle en témoignage un autre électeur, et prétend que la cause du soulèvement des îles contre la personne et la famille de M. Moreau de Saint-Méry n'est pas là, mais « dans ses prétentions à devenir intendant des îles ».
Après de longs débats, le président Delavigne pose ainsi la question : « Avez-vous jamais entendu M. Moreau de Saint-Méry faire ou appuyer, dans les assemblées tenues par les électeurs, dites alors du Tiers-État de la ville de Paris, aucune motion tendant à l'affranchissement des nègres? »
« L'asseml3lée, nominalement interrogée, a répondu unanimement : non! »
La séance suivante, le 22 février 1790, est ouverte par un discours du président Delavigne, qui expose que le récit des grandes choses opérées par les électeurs de Paris « sera utile à l'humanité en-
1. Résumé du Procès-verbal Bailly-Duveyrier, t. III, p. 1 à 61.
tière En portant jusqu'aux extrémités du monde la gloire des électeurs, ce récit avertira les Nations que, si les droits de l'homme, les droits des peuples peuvent être oubliés et méconnus pendant un temps, l'excès même du mal en prépare le remède. Les hommes de tous les pays apprendront, par votre exemple, que, s'il a fallu des siècles pour forger et fortifier autour de vous les chaînes du despotisme, il ne vous a presque fallu qu'un instant pour les briser; ils verront qu'avec de l'énergie et du courage ils peuvent recouvrer les droits de leur liberté, comme vous avez reconquis les vôtres; ils s'écrieront avec le sentiment du respect : Quels hommes que ces électeurs ! »
Dusaulx propose « que, le ik juillet de chaque année, les électeurs se rendent, jusqu'au dernier vivant, à l'Hôtel de Ville, et de là à Notre- Dame, où il serait chanté un Te Deum et prononcé un discours; qu'un festin patriotique suivrait cette fête, qui, d'année en année, deviendrait plus solennelle ».
La motion est « généralement applaudie », et l'on décide en outre l'impression de la liste des électeurs, y compris les nobles et les ecclésiastiques, mais « ceux-là seulement qui s'étaient réunis à l'Assemblée avant et jusqu'au U juillet 1789 ».
Le maire — dont le buste en marbre, voté le 30 juillet, avait été placé dans la salle — était entré durant la discussion.
« Je viens ici, dit Bailly, dans cette salle, au milieu de vous, comme on vient respirer l'air natal. J'ai besoin de ce baume salutaire pour le verser sur les plaies de mon cœur ; il a été, de toutes parts, profondément blessé par les maux de la Patrie. La douleur a noirci
tous mes jours depuis que je vous ai quittés Vos acclamations m'ont
désigné maire de Paris, et lorsque le choix unanime de mes concitoyens a confirmé ces honneurs, que je n'espérais pas, que je n'ambitionnais pas, que j'ai chèrement achetés, et qui, par cela même, doivent m'être pardonnes, avec quelle joie vous ai-je retrouvés, vous, mes amis et mes frères, dans ce temple de la liberté, dans cet hôtel de la Commune, où vous avez voulu que je présidasse!
« Là, nous avons administré avec l'esprit qui doit animer des citoyens libres, chargés de la chose publique; et, lorsque la Commune a nommé des représentants, lorsque d'autres citoyens sont venus se dévouer au service de la Patrie, vous avez quitté sans regret, ces nobles fonctions que vous aviez remplies avec gloire. Ces temps sont passés, mais, on en aime le souvenir. Je me crois aujourd'hui et aux jours de bonheur que j'ai passés avec vous et aux premiers jours de la Révolution. Je retrouve, dans vos présidents, ces hommes vertueux qui ont été à votre tête au milieu des armes, ces hommes qui ont été citoyens dès qu'il a été permis de l'être, et administrateurs au moment où il y avait le plus de danger n
Delavigne, président, répond au maire :
« L'Asseml3lée générale revendique la gloire d'avoir la première décerné le prix qui appartenait à votre mérite et à vos vertus.
« Fière du choix qu'elle avait fait en vous nommant le premier des citoyens à qui elle confiait les intérêts les plus chers de la Patrie, avec quelle satisfaction l'Assemblée des électeurs n'a-t-elle pas vu que les