COMMÉMORATION ANNUELLE DU 14 JUILLET
représentants de la Nation vous ont jugé, comme elle vous avait jugé elle-même ! Placé par une élection libre à la tête de l'auguste Assemblée nationale, fort de son estime, de votre courage et de vos vertus, vous n'avez considéré que l'étendue et non le danger de vos obligations. La France ne doit jamais oublier que celui qui l'a sauvée, par la sagesse et la fermeté de sa présidence, était le premier député de la Ville de Paris!
« Le même jour, qui a vu détruire le repaire affreux de la tyrannie, a vu s'écrouler et disparaître le système absurde de l'ancien gouvernement municipal. Il fallait à cette immense cité un chef qui fût digne
de la première place Les électeurs pouvaient-ils mieux faire
que d'indiquer pour chef de la première Constitution municipale celui qui venait de poser les bases de la Constitution de la monarchie?.. . »
Le commandant général de la p,arde nationale vient aussi, lui, s'asseoir au bureau. A travers le bruit des applaudissements il dit « qu'au milieu des électeurs de Paris il se croit encore dans ces jours de gloire et de danger qui ont assuré la liberté publique ».
En présence de La Fayette et de Bailly est adoptée la proposition de Dusaulx sur la commémoration annuelle de la prise de la Bastille, et l'abbé Bertolio est désigné pour prononcer, cette année 1790, le discours à Notre-Dame.
On commence ensuite la lecture du procès-verbal, qui est conduite jusqu'au 13 juillet. On arrête le compte rendu de la journée du ik juillet dans la séance du 26 février, et l'on décide de « supprimer tous les noms, excepté ceux des membres ayant reçu des commissions générales ou particulières ».
Le 1" mai, Baudouin communique une lettre de Bernardin de Saint-Pierre qui, ayant été nommé électeur par le district de Saint- Marcel, a essayé de siéger à l'Hôtel de Ville, mais ne l'a pas pu, a été obligé de « donner sa démission le soir même, en raison de maux que le temps ne fait qu'accroître ». La nature, ajoute l'auteur de Paul et Virginie, « m'oblige de vivre dans la solitude, et ce n'est que là qu'il m'est possible d'exister et de penser.... Puissé-je au moins, par mes vœux, contribuer à la prospérité publique, dont MM. les électeurs de Paris ont été de si illustres coopérateurs! »
La Fayette et Bailly assistaient encore à cette séance. Le maire rappelle qu'Élie, avec Hulin, « est entré le premier dans la Bastille, où, de son épée brisée dans le combat, il couvrait la garnison captive, lui faisant, pour la sauver, prêter serment de fidélité à la Nation ». Il propose et l'Assemblée décide d'offrir à Elle « une épée uniforme de la garde nationale, sur laquelle il sera gravé : Les électeurs de Paris, réunis au \h juillet 1789, ont donné cette épée au brave Elle ».
Les trois séances du 5, du 8 et du 12 mars sont employées à la discussion de la suite des procès-verbaux. Le 19, Élie, capitaine de la compagnie du centre au bataillon de Saint-Jean-en-Grève, accompagné des soldats de sa compagnie, de quelques grenadiers volontaires et d'une musique militaire, vient recevoir î'épée qui lui a été votée. Il est harangué par le président Delavigne, embrassé par le maire et par le
commandant général. Élie, dans son discours de remerciement, rappelle qu'il est « né dans le sein des troupes, a été élevé dans les camps; qu'il est entré au service dès l'âge de sept ans, instruit par son père; que l'immortel Glievert avait commencé, comme lui, par être soldat; qu'animé de l'espoir de mériter un jour, comme ce héros, les regards de ses concitoyens, il a bravé tous les dangers, soit à la réduction de la Corse, soit au bombardement d'Alger et de Tunis, ou dans l'expédition d'Ouessant ». Il déclare qu'il n'a fait à la Bastille que ce « que tout soldat français regarde comme un devoir; il était sûr qu'il défendait la gloire du monarque, que, selon les propres paroles du digne maire de la Ville de Paris, son peuple ne voulait que reconquérir ».
Après cette cérémonie, on décide que, comme à Moreau de Saint- Méry, une médaille d'or sera décernée au président Delavigne, « qui a convoqué la première assemblée au Musée de la rue Dauphine; qui, le lundi 13 juillet, s'est empressé d'aller à Versailles pour savoir les intentions de l'Assemblée nationale, et s'est présenté avec courage sous les murs de la Bastille, comme chef de la seconde députation qui y était envoyée ».
Dusaulx et La Fayette font l'éloge du marquis de La Salle. L'Assemblée, « frappée des services rendus à la liberté par cet officier qui, « le premier, et dès le 13 juillet, s'est présenté pour diriger les citoyens c armés contre les efforts du despotisme et les complots ministériels, « ayant remarqué avec douleur que ses services, précieux autant que « remarquables, sont restés sans récompense ; et attendu que c'est en- <( core servir la fortune publique que d'honorer ses premiers défen- « seurs et de leur décerner le prix dû à leur fidélité et à leur courage, « arrête, sur la motion de M. le commandant général, que M. le maire « et M. le commandant général sont et demeurent expressément « chargés de présenter à la Commune, à la municipalité actuelle, à la u municipalité future, à tous ceux enfin qui sont ou qui seront chargés « du gouvernement municipal, les droits certains de M. le marquis de « La Salle à la reconnaissance publique, et la justice indispensable « qui exige que ce bon citoyen soit placé, d'une manière qui convienne « à sa conduite généreuse, à ses talents éprouvés et à la dignité de la a Ville de Paris ».
Par un autre arrêté, il est reconnu que le commandant en second, lechevaUer de Saudray, « pendant le temps le plus orageux de la Révo- « lution, a manifesté toute la prudence nécessaire, le plus grand cou- (( rage et l'assiduité la plus scrupuleuse dans l'exercice des fonctions
« militaires dont il était chargé et a tous les droits d'être placé dans
« la garde nationale d'une manière digne de ses talents éprouvés et de « ses sentiments reconnus ».
Le 24 mars, l'Assemblée règle le compte des dépenses résultant de l'épée, des bustes et médailles, qu'elle a votés; elle nomme trésorier l'un de ses secrétaires. Liesse, en imposant à chacun de ses membres « une contribution de 2k livres ». Elle décide qu'au lieu de deux médailles à ses deux présidents, il n'y en aura qu'une, portant d'un côté leur double effigie et de l'autre un emblème relatif aux premiers moments de la Révolution. Le peintre Sicardi et le graveur Gauchez s'offrent à
L'ŒUMUi DKS ÉLECTEURS. 069
faire gratuitement le portrait du secrétaire-rédacteur Duveyrier, qui doit être mis eu tête du recueil de ses procès-verbaux.
Le 25 et le 29, sont reçues diverses notes et observations, dont le secrétaire devra faire usage dans la réunion de tous les procès-verbaux, qui sont définitivement adoptés, et les électeurs présents signent le manuscrit à déposer à l'Hôtel de Ville.
Le 8 avril 1790, à 6 heures du soir, les électeurs de Paris, convoqués par billets-circulaires, tiennent leur dernière assemblée générale cl l'Hôtel de Ville dans la Salle des Gouverneurs. Ils ne tardent pas à être reçus, par l'Assemblée des représentants de la Commune, dans la Grande Salle, où ils entrent « précédés de la musique de la garde nationale, ayant au milieu d'eux le commandant général et le buste de M. Bailly ».
Les deux présidents, Delavigne, pour les électeurs, et Bertolio, pour les représentants de la Commune, échangent de patriotiques discours, et le buste du maire, « au milieu des applaudissements universels et au son de la musique mihtaire, est élevé et fixé à la place
qui lui était destinée, à droite et au-dessous du buste du Roi en
regard de celui de La Fayette ».
l'oeuybe des électeurs
Dans le Discours préliminaire, placé en tête du Prochs-verbal de l'Assemblée générale des électeurs de Paris au lU juillet 1789^, est ainsi résumé le grand rôle qu'elle joua :
« ... Dans la soirée du 13 juillet, le peuple menacé, provoqué, attaqué, s'émeut, s'arme, court à l'Hôtel de Ville. L'orage gronde toute la nuit. Le lendemain, sans ordre donné, sans invitation, sans signal, Paris retentit du son de toutes ses cloches et du bruit de tous ses tambours. Les districts s'assemblent.
« A l'instant même, tous les liens sont rompus, tous les pouvoirs dispersés. Le colosse du despotisme s'ébranle, tombe et s'engloutit. Le lieutenant de police n'est plus; les espions se cachent; l'intendant fuit; les ministres se taisent; les tribunaux sont enchaînés; la Bastille est prise. Le roi seul est encore aimé, désiré, respecté, et cet amour naturel aux Français fait le salut de l'Empire.
« Le peuple, ami de la subordination, veut être commandé; il veut obéir : il cherche une autorité légitime.
« Alors existait une réunion de citoyens librement élus pour choisir les députés de la Ville aux États-Généraux, et pour présenter à
la Nation assemblée le vœu particulier de la Capitale Elle avait
accoutumé les esprits à son existence par la continuité de ses séances.
i. Tome l*"", p. m à xvi.
« A l'instant même tous les regards se tournent sur elle. Quelques électeurs, conduits à l'Hôtel de Ville par leur inquiétude civique, dans la soirée du 12 et dans la matinée du 13, sont distingués, appelés, invoqués, proclamés. On les environne, on les presse, on les sollicite de prendre en main le gouvernail. Le Comité permanent est formé.
« Tous les districts députent à l'Hôtel de Ville, à l'Assemblée des électeurs, au Comité permanent; et la Maison commune, immense, vaste, déserte, lorsqu'elle était l'asile de cinq à six particuliers commis pour figurer la municipalité, sans titre et sans pouvoir, n'est plus qu'un local étroit, mesquin, insuffisant, depuis qu'elle est devenue le rendez-vous de tous les citoyens, le centre de toutes les relations, du commandement et de l'obéissance.
« Cependant cette administration nouvelle est un torrent qui entraîne tout, avant même que les administrateurs soient rassemblés et distribués. Partout on dresse des tables : ici, quelques planches mal ordonnées font un bureau municipal. Là, quelques mauvais crayons prêtés par la multitude elle-même tracent les ordres les plus importants.
« Vainement on divise les postes : tous les postes sont confondus. Vainement on distribue les fonctions : toutes les fonctions se croisent et se heurtent. Police, finance, subsistances, opérations militaires, défense de la ville, ordre intérieur, sûreté individuelle, il faut veiller à tout; il faut tout faire ensemble. Chaque électeur, dans le lieu où il a été placé, sur le tréteau qui lui sert de pupitre, est tout à la fois juge, magistrat, général, ministre, souverain
(Le procès-verbal de l'Assemblée des électeurs fait) « saisir ce moment, désormais célèbre dans tous les lieux et dans tous les temps, ce moment fixé par la Providence éternelle, pour l'exemple des peuples et la leçon des rois, où, fatiguée de dix siècles de servitude et de corruption, la Capitale donne un signal de liberté, auquel toutes les parties de la France répondent par un cri terrible; ce moment où le trône de Charlemagne s'ébranle et se rafî"ermit tout à coup sur les fondements inébranlables de la loi ».