LES ADRESSES A PARIS
La majeure partie du troisième volume du Procès-verbal des èlecleurs ih Paris au U juillet 1789 ^ est remplie des adresses envoyées à la Capitale victorieuse par la France reconnaissante.
i . De la page 166 à la page 368.
ADRESSES DES l'KUVlNCES A l'AUlS G71
Abbeville, dès le 17 juillet, écrit :
« Les habitants d'Abbeville ont partagé les alarmes des citoyens de
Paris : ils auraient désiré pouvoir partager leur audace patriotique
Votre ville est la première du royaume; ^'est dans son sein que s'unissent les richesses, les connaissances, les citoyens de toutes les provinces. Vous méritiez d'être les interprètes des sentiments et des vœux de tous les Français. Puisse le Prince qui nous gouverne connaître qu'un souverain n'est jamais plus puissant qu«e lorsqu'il est béni de ses sujets! Puisse-t-il se fier à leur loyauté, et repousser loin de lui des perfides qui osent les calomnier dans son esprit, et cherchent à lui enlever leur cœurl Puissent les travaux des Représentants de la Nation, secondés de vos généreux efl"orts, l'unir pour toujours à son peuple, par sa justice et par leur amour! Puissent toutes les villes du Royaume se lier entre elles pour la prospérité générale! Puissent tous les Français n'avoir qu'une âme, et que ce ne soit que pour la Patrie qu'ils aient du sang à répandre! Tels sont les sentiments que vous expriment les citoyens d'Abbeville, persuadés que ce sont ceux des citoyens de toute la France. »
Ghateauroux, le même jour, témoigne « sa joie de l'heureuse révolulion » que les Parisiens viennent d'accomplir, et les félicite d'avoir « par leur héroïque fermeté préservé la France des malheurs dont elle était menacée ».
Vernouillet-sur-Seine, par l'organe de ses officiers municipaux, annonce que ses habitants « s'associent à la gloire immortelle des Parisiens, qu'ils ont commandé un Te Deum au curé pour ce jour, vendredi 17, et un feu de joie, avec illumination, pour le dimanche suivant. Ils adjurent MM. du Corps de Ville de Paris, les commandants de la loyale bourgeoisie, de les éclairer sur la conduite à tenir dans les circonstances, ne voulant avoir d'autres guides et modèles que les libérateurs de la Patrie ».
Saumur, le 18, décrit « l'effroi de la province au danger de la Capitale », et exprime envers Paris « la reconnaissance de la Nation, pour avoir étouffé un incendie dont la communication aurait embrasé le Royaume ».
Les jeunes gens de Saint-Malo et Saint- Servan, en Bretagne, « animés des sentiments du plus pur patriotisme», regrettent que « la distance les ait empêchés d'accourir au secours de leurs frères » ; mais, fiers d'avoir eu « un de leurs concitoyens armant son bras et payant sa dette » dans la milice parisienne, ils expriment leur admiration « de l'énergique sagesse avec laquelle Paris s'est mis en état de repousser la force par la force ».
La municipalité de Vézelise a commandé un Te Deum^ auquel sont invités tous les corps religieux et civils, et, « à cause de la misère des temps », a décidé de remplacer les illuminations par une distribution de pain aux pauvres. « Au-dessus de toute expression sont ses sentiments de reconnaissance pour la noble résistance des braves Parisiens qui ont sauvé la Patrie ».
Les citoyens des différentes classes de SAiNT-PiERRE-LE-MoÛTiER « envoient, le 10, le tribut de leur reconnaissance» : à l'Assemblée natio-
iiale, au Comité permanent de l'Hôtel de Ville, et u à Louis XVI, leur bon Roi, qui a rendu sa confiance à ses peuples ». Ils « déclarent traîtres à la Patrie tous ceux, de quelques rang?, états et qualités qu'ils puissent être, qui ont combattu pour asservir ou pour favoriser l'exécution de l'infâme projet ».
Les municipalités de Meudon, de Linas, de Senteny-en-Biue, d'EssoNNEs, DE Villiers-sur-Marne, ct de beaucoup d'autres communautés rurales des environs de la capitale, en félicitant Paris, lui demandent des instructions pour organiser leurs gardes bourgeoises, des armes et des secours contre « les brigands ».
Beaucaire, en même temps que ses félicitations à l'Assemblée nationale, vote et expédie le témoignage de « sa reconnaissance aux frères, aux amis de Paris ».
Saint-Diê-en-Lorraine, qui a « vivement ressenti les alarmes de Paris », célèbre « le zèle et la vigilance soutenus des électeurs », et « se livre aux transports de la joie que doit produire, dans toute la France, l'heureux événement qui la sauve des horreurs d'une guerre civile ».
Tarascon, « du fond des Pyrénées, sait admirer les vertus des Parisiens Mais c'est à Caton seul qu'il appartient de louer dignement les Romains ».
La ville de Rennes a expédié un député, M. Boudet, qui s'est présenté le 19 au soir à l'Assemblée générale des électeurs, « ayant fait la plus incroyable diligence pour apporter une adhésion à tous les décrets de l'Assemblée nationale, et en outre les félicitations les plus patriotiques pour la Ville de Paris, avec les offres les plus généreuses de secours de toute espèce^ ».
La commune de Chalon-sur-Saone, en assemblée générale, « à laquelle ont assisté plusieurs membres de la Noblesse et du Clergé », a « unanimement adhéré de fait et d'intention à toutes les délibérations prises par l'Assemblée nationale », sollicite le rappel de Necker et « se réunit aux habitants de la Ville de Paris, à tous les défenseurs de la Patrie, pour repousser les atteintes qui pourraient encore être portées à la liberté de la Nation, et pour maintenir la sécurité de ses représentants ».
La ville du Havre, à la même date du 20 juillet, n'attend pas la rentrée à Paris de la députation qui lui a été envoyée de l'Hôtel de Ville, et qu'elle vient de recevoir avec enthousiasme, pour féliciter l'Assemblée générale des électeurs « de la mémorable journée qui a remis le Roi dans les bras de son peuple», et «témoigner la reconnaissance qu'elle doit aux vertus patriotiques, au courage des habitants de Paris, qui ont si glorieusement coopéré à la Révolution qui assure pour jamais la liberté nationale ».
La ville de Vienne en Dauphiné, « admire, avec l'Europe entière, la fermeté de la Ville de Paris, qui vient de sauver la Nation ». Elle prie les électeurs « de faire agréer à tous les Ordres de la digne et auguste Capitale les expressions de la fidélité et de l'attachement le
i. Procès verbal Duveyrier, t. II, p. 195.
plus inviolable à ses principes, de sa reconnaissance pour le service signalé, sans exemple, qu'elle a rendu à la France, ce premier empire du monde ».
La ville de Pont-Audemer, les trois Ordres réunis dans l'église des Carmes, s'écrie : « La Patrie était en danger; elle vous doit son salut. Qu'ils tremblent, les ennemis du trône et du bien public! »
La ville de Cusset envie à Paris l'honneur d'avoir un Maire, et un maire tel que Bailly. Réunie «pêle-mêle, ecclésiastiques, nobles et Tiers-État, en son Hôlel de Ville, elle s'est écriée d'une voix unanime : « Le doux espoir de la régénération de l'État est donc permis aux vrais « Français! »
La ville de Montbrison, par deux délibérations du 19 et du 21 juillet, exprime à Paris « les sentiments de patriotisme, dont il vient de donner un si bel exemple à la France, qui lui doit sa liberté ».
La ville de la Rochelle, « électeurs, députés et citoyens, admire, avec l'Europe entière, ce que les Parisiens ont fait pour réintégrer la Nation française dans ses droits. »
La ville et la sénéchaussée d'Annonay, « considérant les efforts que la Ville de Paris a faits si heureusement, mais avec tant de danger, pour briser les fers dont le despotisme ministériel voulait enchaîner la Nation », proclame, au nom « des peuples du haut Vivarais, que ses efforts attachent pour toujours les provinces à la Capitale par les liens de la reconnaissance ».
La ville de Chatillon-sur-Seine, sous la signature de 272 votants des trois Ordres, « a arrêté par acclamation, avec enthousiasme », son
adhésion aux arrêtés de l'Assemblée nationale des 17, 20 et 23 juin ,
et l'expression de sa reconnaissance aux citoyens de Paris, aux électeurs et au Comité permanent, pour la conduite admirable qu'ils ont tenue dans une circonstance telle que l'histoire des nations n'en offre pas d'exemple ».
La ville de Mirecourt, aux gimèreux défenseurs de l'honneur du nom français, « fait le serment de les suivre dans la carrière d'un parfait et absolu dévouement à la Nation et à son souverain » ; elle regrette de n'avoir pu concourir avec les braves citoyens de Paris au recouvrement de la liberté »; elle a célébré, par un service solennel, la mémoire « des héros qui ont frayé le chemin de la liberté à leurs concitoyens, pour, en implorant la miséricorde de l'Éternel en faveur de ces héros, se dévouer, tous et un chacun et ses descendants aux mêmes vertus qui ont caractérisé les défenseurs de la Patrie ».
JoiNviLLE « pleure avec les Parisiens les braves citoyens, les soldats qui ont succombé en défendant si généreusement la Hberté » ; et propose l'institution d'une caisse patriotique pour « les femmes et les enfants de ces honorables victimes, lesquels maintenant appartiennent à la Nation et à qui la France entière doit des secours ».
La municipalité d'Andresy est « pleine d'admiration et pénétrée de reconnaissance pour les généreux efforts que viennent de déployer les habitants de Paris contre les traîtres qui menaçaient d'opprimer la liberté publique... Faisant partie de Paris-hors-murs, elle est prêle â voler à leur secours pour la défense de la cause commune, et elle a
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cru devoir s'armer, persuadée que, dans la circonstance critique où l'on se trouve, tout citoyen devient soldat, et que le seul moyen de déconcerter les projets du despotisme est la réunion de toutes les forces et de toutes les volontés de la Nation vers un même but ».
La ville de Fontenay-le-Comte exprime aux Parisiens les sentiments « qu'inspirent aux citoyens de toutes les provinces... leur conduite ferme et vigoureuse, leur amour pour la liberté, leur attachement au bien de l'État, leur dévouement pour la patrie... Chacun de ses habitants, en assurant le Roi de son attachement le plus respectueux et de sa fidélité inviolable, se fera un honneur autant qu'un devoir de suivre l'exemple (que les Parisiens) ont donné à toute la Nation ». La ville de Quimper écrit, le 21 juillet : « Messieurs et chers et très honorés Concitoyens, « Le 17, nous apprîmes vos combats; le 18, nous marchions pour aller partager vos périls. Le courrier du 20 nous annonça vos succès, avec le retour d'un Roi sensible et bon au peuple le plus aimant et le plus fidèle.
« C'est donc vous. Messieurs, qui avez eu l'avantage de sauver l'honneur et la liberté de la Nation. 0 quelles actions de grâces! quelles félicitations vous sont dues par tous vos frères les Français!...
« Nous sommes, avec un respectueux et inviolable attachement, Messieurs et très honorés Concitoyens,
« Vos frères, les citoyens de Quimper. » La ville de la Charité, son maire et ses échevins, déclarent, le 22 juillet, admirer « les mesures sages par lesquelles Paris a sauvé la Nation du danger imminent qui la menaçait ». Ils garantissent aux électeurs, aux « vrais patriotes de la Capitale, que leur conduite généreuse et réfléchie leur a mérité l'approbation générale ».
La ville de Lodî:ve, par délibération revêtue de douze cents signatures, proclame :
« La première nouvelle des dangers qui menaçaient la Capitale a porté la consternation et l'effroi dans les cœurs de vos frères...
« Heureusement, votre patriotisme a conjuré tous les orages, et nous devons à votre courage, à votre fermeté, le bonheur de voir notre auguste Monarque réuni à sa Nation, et ne voulant être qu'un avec elle... « Puissent les noms des braves citoyens qui ont acheté de leur sang le bonheur dont la France va jouir être transmis d'âge eu âge jusqu'à nos derniers neveux! Puisse un monument, élevé à leur mémoire, consacrer, avec leur patriotisme, la reconnaissance et les regrets de la Nation! »
La ville de Louhans, en Rourgogne, prie le maire de Paris d'exprimer « son admiration aux habitants de la Capitale, dont le mâle courage a sauvé la Patrie et lui a procuré la Uberté ».
La ville de Rar-sur-Aube reconnaît, le 23 juillet, que « c'est à la Capitale que la France entière doit sa liberté » et félicite ses citoyens « de la bravoure et de l'énergie qu'ils ont déployées pour dissiper la ligue des aristocrates qui avaient formé, en trompant le Roi, le projet odieux d'asservir, par la force militaire, la Nation à leur despotisme subalterne ».
La ville de Chartres transmet les félicitations que ses officiers municipaux auraient portées à l'Hôtel de Ville si, à la sortie de l'Assem blée nationale, la nouvelle d'une grave émeute ne les avait subitement rappelés à leurs fonctions.
La ville d'Anduze, par délibération des trois Ordres, adresse « aux généreux citoyens de Paris le tribut de son admiration et de sa reconnaissance pour leur conduite sage, ferme et héroïque, pour la Révolution heureuse qui met à jamais la Nation à l'abri des entreprises funestes des aristocrates.
« Le despotisme est donc enseveli sous les tours effrayantes de la Bastille. La liberté des Français est assurée...
« Nous avons gémi sur l'éloignemeut qui ne nous a pas permis de voler vers vous, généreux citoyens; nous frémissons au récit des noirs complots tramés contre nos compatriotes, contre nos frères, contre le meilleur des Rois. Ah ! s'ils eussent réussi dans leurs ténébreux projets, si l'on eût attenté à la personne sacrée de nos Représentants; si leur fermeté et votre courage n'eussent anéanti des projets odieux; si vous aviez succombé, généreux citoyens ! nous vous le jurons par le feu sacré de la liberté, dont nous sommes embrasés, la vengeance eût suivi de près ; des millions de citoyens étaient prêts à signer ce serment de leur sang. »
La ville de Bayeux reconnaît à son tour que « la France doit son salut et sa liberté » à Paris, et joint « sa voix à celle de tous les Français » pour proclamer les Parisiens u leurs pères et leurs libérateurs ».
La ville de Béziers exprime « la reconnaissance que la Nation française doit au peuple de Paris » et en particulier à l'Assemblée des électeurs.
Les communes de Nancy témoignent leur admiration pour la Ville de Paris et célèbrent les vertus du maire qu'elle s'est donné.
La ville de Bourg-en-Bresse, par une délibération qu'ont prise à l'hôtel de ville ses officiers municipaux et les citoyens députés des compagnies, corps et corporations, a voté, le 20, des félicitations à l'Assemblée nationale, à la Ville de Paris et au Roi, qui contiennent ce vœu :
« Le plus grand crime dont les hommes puissent se rendre coupables étant celui de tromper les Rois, d'écarter du Trône les gens de bien, de faire verser le sang des citoyens et de troubler un grand royaume, il est de la plus haute importance de requérir la punition de ceux qui viennent de mettre la France au bord du plus affreux précipice. L'Assemblée nationale est instamment priée de demander que le procès soit fait aux auteurs et instigateurs des maux actuels par l'Assemblée nationale elle-même, ou par une commission prise dans son sein seulement. »
La ville de Sancoins, en réunion d'habitants des différentes classes, a décidé un Te Deum. avec prière « pour la conservation de notre bon Roi et de toute la famille royale », le dimanche; et, le mardi suivant, un Requiem a pour le repos de l'âme de ceux qui ont péri dans ce.s fatales journées de troubles », avec Miserere « pour apaiser le courroux du ciel ».
(( Les habitants supplient respectueusement l'Assemblée nationale et MM. du Comité permanent de l'Hôtel de Ville de Paris d'agréer leurs félicitations et le tribut de leurs hommages et de leur reconnaissance pour tout ce qu'ils ont fait pour le bonheur de ce Royaume...
« Ils déclarent qu'ils se souviendront de ces régiments de gardes françaises et suisses qui, autant hommes sensibles que soldats, ont aidé à sauver la Patrie, en refusant de la foudroyer par des armes meurtrières qui ne sont déposées dans leurs mains que pour protéger ses foyers et combattre les ennemis de l'État.
(( Ils déclarent enfin qu'ils abandonnent au courroux de la vengeance céleste les traîtres qui, par leurs conseils pernicieux, n'ont pu induire en erreur leur bon Roi que sous le prétexte du bien public. »
Les électeurs des Communes de Bordeaux écrivent aux électeurs de la Ville de Paris, le 25 juillet :
« Messieurs, nous nous empressons de payer à vos vertus le juste tribut de la reconnaissance la plus vive et la mieux sentie.
(( Vous avez, Messieurs, par votre prévoyance, par votre sagesse et par un courage au-dessus de tout éloge, renversé des projets désastreux. Vos braves concitoyens ont puni des crimes qui font frémir l'humanité; et ceux d'entre eux qui ont péri, victimes d'une lâche trahison, sont déjà vengés...
« Il nous est bien doux de pouvoir, au nom des citoyens de Bordeaux, rendre cette justice et cet hommage à des concitoyens, à des frères. »
Charmes-sur-Moselle « présente les hommages les plus purs de la reconnaissance la plus vive d'une petite ville de Lorraine :
(( La renommée, qui se plaît toujours à grossir les objets, nous avait fait des journées du 12 et du 13 le tableau le plus hideux...
« Les Provinces, la France, l'Univers entier, avaient les yeux attachés sur la conduite que vous alliez tenir, car de cette conduite dépendait le salut de l'État. Sous les yeux de pareils spectateurs, le génie mâle et vigoureux des Parisiens s'est réveillé; leur énergie, soutenue, de la part des Représentants de la Nation, par une noble persévérance dans de justes demandes, vient de retenir l'État sur le bord du précipice. »
La ville de Lyon aux électeurs de Paris :
« Rraves et généreux défenseurs de la liberté nationale, recevez les acclamations et les hommages des citoyens de la seconde ville du royaume.
« Unis par les mêmes intérêts, animés des mêmes sentiments, nous étions décidés à nous ensevelir sous les débris de l'État plutôt que de souffrir la servitude ; et aujourd'hui nous n'avons qu'à jouir de cette liberté que nous devons à votre courage et à votre sage conduite.
« Non seulement vous nous avez rendu la liberté, mais encore vous avez rendu à la Nation la confiance de son Roi, ce sentiment qui fait le bonheur des Français. Vous avez éclairé son cœur vertueux, et bientôt il s'est réuni à la Nation dont il est l'idole et le père; bientôt on a vu fuir celte horde de conseillers inhumains et perfides qui en-
touraient le trône, et qui avaient osé former le projet atroce d'asservir la Nation la plus puissante.
« Et tant de bienfaits ont été l'ouvrage d'un seul jour! A votre voix, un peuple innombrable s'est réuni sous l'étendard de la patrie ; un même cœur, un même intérêt a dirigé toutes les âmes, et au moment où le Roi, rendu à ses sujets, a annoncé ses intentions personnelles, le calme a été rétabli par une espèce de prodige, et les intentions étaient si pures que la sûreté personnelle des citoyens n'a pas été compromise.
« Soyez donc à jamais, messieurs, le modèle de tous les bons Français, comme vous êtes l'objet de leur admiration. A votre exemple, ils apprendront que le respect dû aux lois est le premier conseil de la liberté ; et, si quelques mouvements violents furent nécessaires pour défendre ce bien inestimable, bientôt nous verrons dissiper toute fermentation, et ce ne sera dans le cœur des Français qu'un seul sentiment, celui de l'union la plus parfaite, l'amour le plus tendre pour son Roi et une soumission sans bornes pour les lois qui sont méditées dans le sein de rAs«!emblée nationale.
« Qu'il nous soit permis, messieurs, de déposer la couronne civique sur la tombe des citoyens généreux qui se sont dévoués à, la défense de la liberté nationale! Leurs noms, recueillis avec soin, seront à jamais chers à la Nation, et leurs familles honorées trouveront, dans la reconnaissance des bons Français, un soulagement au chagrin qu'a dû leur causer leur perte. «
« Signé : Clugny, grand custode, comte de Lyon, président; l'abbé de La Chapelle, secrétaire; Boscary, secrétaire.
Les citoyens unis de la ville d'Angers aux électeurs de Paris :
« Un peuple vieilli dans l'esclavage, courbé sous le joug des tyrans, se ranime tout à coup, brise ses fers, et, sur les ruines du despotisme, fonde l'édifice de la liberté : tel est le spectacle imposant que vous venez d'offrir aux nations...
« Qu'il est beau, messieurs, de mériter de la part de ses concitoyens le titre de sauveurs de la patrie !
« Puisse le jour où vous avez renversé les noirs projets de ceux qui voulaient la détruire, où vos mains patriotiques ont réduit en poudre cet affreux monument de l'iniquité, puisse, messieurs, ce jour à jamais mémorable réveiller d'âge en âge, dans le cœur des Français, le souvenir de vos vertus, et faire connaître sans cesse aux peuples qu'ils ne perdent leur liberté que parce qu'ils perdent le sentiment de leur force ! »
La ville de Grenoble, par des commissaires, au nombre de trente, fait porter aux citoyens de Paris le vœu de l'érection, sur l'emplacement même de la Bastille, d'une « colonne simple et majestueuse », où seront inscrits les noms des héros pour la liberté.
« Hommes généreux, hommes sublimes », s'écrient-ils dans leur adresse aux électeurs, « recevez le tribut de l'admiration inépuisable de vos frères; toutes nos voix s'unissent et éclatent de concert ; elles forment de vos noms, de vos vertus, de vos prodiges, le cantique de la Liberté ! »
Ils s'étendent sur « la conjuration impie qui a menacé la liberté nationale », et sur la punition qu'elle méritait. Car « ne laisser à vingtquatre millions d'hommes que le choix de la servitude ou de la mort est un crime envers le genre humain... Qu'on punisse donc le petit nombre de ceux qui ont médité des crimes terribles pour empêcher la Nation française de parvenir à ce qu'elle doit être : Libre, florissante et heureuse. »
La. ville de Narbonne, en assemblée réunie dans l'église des Augustins, les salles de l'hôtel de ville n'ayant pu contenir le nombre des votants, déclare adhérer à l'adresse déjà expédiée par la ville de Nîmes A l'Assemblée nationales célébrer « avec transport l'heureux accord qui va désormais régner entre le chef de la Nation et ses fidèles sujets », et, « édifiée de la conduite patriotique des bons citoyens de la capitale, ne pas trouver d'expressions assez énergiques pour leur témoigner toute sa reconnaissance ».
L\ VILLE d'Agde, « en Languedoc, à l'extrémité du royaume », frémissait « des progrès effrayants du système aristocratique ». Que n'at-elle pu « franchir l'immense espace qui la sépare» de Paris; ses citoyens auraient a déjà mêlé leur sang au sang dé leurs frères ». Ceux-ci, « elle les aime et elle les respecte, comme les auteurs d'une grande Révolution, qui vient de faire le bien de tous... Paris vient d'acquérir un titre immortel à la reconnaissance de tous les Français et mérite, aujourd'hui plus que jamais, d'être la tête de cet empire immense qui s'est ouvert dans l'histoire des nations une nouvelle carrière ».
La ville de Bar-le-Duc, le 26 juillet, « assure que plus des deux tiers de ses habitants ont été près de voler au secours de Paris et d'aller se jeter aux pieds du Roi afin de demander ce que Sa Majesté a accordé le 15 juillet »,
La ville de Saint- Claude, « des hauteurs du Jura, contemple avec respect le plus beau spectacle que le ciel puisse offrir à la terre : un peuple immense abandonnant tous ses intérêts pour le grand intérêt de la Patrie ». Elle témoigne « son admiration, avec sa reconnaissance, à la ville des sciences et des arts, d'où s'est élevée une armée de citoyens généreux, qu'on nomme les protecteurs de l'Assemblée nationale, les vengeurs du crime, les fondateurs de la liberté française».
La municipalité d'Uzel, en Bretagne, a « frémi d'horreur à la conspiration faite contre la capitale, et qui eût perdu la France entière si elle n'avait été découverte. La découvrir était beaucoup », ajoutet-elle, « mais pour repousser les brigands et les vaincre, il fallait de la force, du courage et de la fermeté... A juste titre, nous appelons les braves citoyens de Paris les sauveurs de la France... Il n'est pas un Breton qui n'eût désiré être habitant de Paris pour partager les lauriers (ju'ils ont si bien mérités ».
La ville de Pont-a-Mousson charge « les commissaires députés par son assemblée générale de rendre grâces immortelles aux citoyens de la bonne ville de Paris, régénérateurs de la Patrie
1. Adresse reçue le 15 juillet par l'Assemblée nationale, Arch. pari., VIIJ, 236.
« L'empire du despotisme ministériel est anéanti; la liberté, aljattue et flétrie sous son joug, se relève et reprend ses droits; la France, longtemps victime de ses fureurs, renaît pour la gloire; elle va fleurir par le régime d'une Constitution nationale, qui lui assurera à perpétuité le caractère imposant qu'elle doit toujours conserver dans la balance de l'Europe. Les intermédiaires sont détruits; le Roi n'est qu'un avec sa Nation. Cette révolution si heureuse, désirée ardemment depuis si longtemps, et qui aurait dû être opérée par le concours unanime de tous les Français, mais trop malheureusement retardée par les cabales, les intrigues et les fureurs de l'ennemi de l'État, cette Révolution vient enfin d'être consommée en une seule journée, et par la seule ville de Paris, qui, par le courage et le patriotisme de ses habitants, a soutenu le grand œuvre de l'Assemblée nationale. »
La ville de Pézenas, le 27 juillet, « déclare infâmes et traîtres à la Nation, ennemis du Roi et de l'État, ceux qui, de quelque qualité qu'ils soient, ont pu contribuer aux affreux désordres qui ont fait gémir la capitale et les provinces Elle livre à l'exécration publique les infâmes conseillers d'une banqueroute qui déshonorerait la Nation ». Elle demande à l'Assemblée nationale de les poursuivre, et ayssi, « s'engageant à y concourir de tous ses moyens », de « soulager les veuves et orphelins des malheureuses victimes du patriotisme, à moins que les représentants de la Nation ne jugent qu'il soit d'un plus grand exemple de leur assigner des pensions à perpétuité sur les biens de ces conseillers perfides, de ces hommes de sang qui avaient préparé le succès de leurs trames infernales par le carnage de leurs frères ».
La ville de Guérande proclame « ses chers et vertueux libérateurs » les « soldats-citoyens » de Paris qui ont anéanti les cruels projets des « ennemis du meilleu^ des rois et de la nation la plus fidèle ».
La ville de MoNTARcis-LE-FaANC eût voulu envoyer, le 28 juillet, deux « de ses plus notables » habitants, offrir ses remerciements à la Ville de Paris; mais elle en est empêchée par « l'accroissement de la disette publique et l'invasion de bandes de brigands ». Elle adresse donc par écrit ses « actions de grâces très humbles ».
La ville de Niort a fait célébrer « un service solennel pour ceux qui sont morts en défendant la liberté et la cause commune », puis chanter un Te Deum « pour la réunion des trois Ordres et les bontés d'un monarque qu'on peut appeler le père et l'ami de son peuple »; enfin, « pour témoigner plus vivement toute la reconnaissance dont la France entière est pénétrée envers les généreux citoyens de la capitale » ; elle s'est, dans ces deux cérémonies et « sans distinction d'Ordre ni de sexe», décorée « des couleurs nationales ». Elle charge le vénéré maire de Paris « d'être l'interprète de ses sentiments auprès de ses concitoyens, de les assurer de sa reconnaissance éternelle et d'un dévouement sans bornes ».
La muniqpalité de Belvez, « la plus considérable de la sénéchaussée de Sarlat, en Périgord », ayant assemblé ses habitants à l'Hôtel de Ville, a fait passer, par son seigneur temporel, l'archevêque de Bordeaux, une Adresse à l'Assemblée nationale. Elle en envoie une autre « à M.Bailly, maire de la Ville de Paris, ancien président de l'Assemblée nationale,
pour le remercier des rares talents qu'il a déployés lors de sa présidence, et le prier de faire part de ses vœux et de son dévouement aux liabitants de la Ville de Paris, au patriotisme desquels elle doit sa liberté ».
La ville d'Ancenis, en Bretagne, témoigne « son amour et sa fidélité pour le meilleur des rois, sa reconnaissance envers l'Assemblée nationale, dont les nobles travaux promettent à nos vœux un avenir plus heureux, et de sa gratitude envers les habitants de Paris, dont le patriotisme a sauvé le royaume des attentats de l'aristocratie ». Ses habitants demandent qu'il soit « assigné sur le Trésor public ou sur leurs biens personnels les fonds nécessaires pour secourir efficacement les veuves et les orphelins, dont les époux, dont les pères viennent de sceller de leur sang la Révolution de cet empire »
La ville de Fréjus , en son Conseil général extraordinaire du 24 juillet,
« Considérant que la Nation a été sur le point d'être anéantie par l'effet des manœuvres infâmes de ses ennemis;
« Qu'elle n'est redevable de son salut qu'à la noble fermeté de ses dignes représentants et au généreux patriotisme des citoyens de la ville de Paris;
« Que leur courage héroïque a déconcerté les projets dangereux de l'aristocratie et triomphé des erreurs funestes de l'autorité;
« Que la régénération et la conservation des droits des Français, comme hommes et comme citoyens, doivent être l'heureux résultat des travaux de l'Assemblée nationale....
« A l'unanimité a délibéré d'offrir le juste tribut d'admiration,
de respect, de reconnaissance, dont tous ses habitants sont pénétrés pour l'auguste Assemblée nationale... et pour la ville de Paris
« Elle voue à l'exécration contemporaine et à celle de la postérité toutes personnes coupables d'instigation, sollicitation ou exécution d'actes attentatoires à la liberté des représentants de la Nation; ses habitants sont prêts à se joindre aux vrais patriotes pour soutenir de tout leur zèle et de toutes leurs forces, au péril même de leurs fortunes et de leurs vies, les décrets tant émanés qu'à émaner de l'Assemblée nationale. »
La ville de Forcalquier, en Provence, n'avait « pu envisager sans frémir les malheurs dont la Nation a été menacée... Elle voit avec attendrissement que la plus grande tranquillité règne à présent dans la capitale et dans les provinces
u Déclare applaudira la conduite tenue par les habitants de Paris; déclare martyrs du patriotisme les citoyens qui sont morts en défendant la Nation que les agents du despotisme voulaient détruire; demande qu'il soit pourvu à la subsistance de leurs familles:
« Déclare vouer à l'indignation et à l'exécration publiques les personnes qui auraient pu conseiller d'attenter à la liberté des représentants de la Nation et celles qui auraient eu l'audace de conseiller de manquer à la foi publique, ou même qui auraient eu seulement l'idée de faire banqueroute
« Déclare, de plus, que les habitants de cette ville soutiendront, au
péril de leurs biens et de leur vie, tous les décrets et arrêtés de l'Assemblée nationale »
La ville d'Arles s'excuse, le 29 juillet, de n'avoir pas plus tôt pu exprimer ses sentiments « envers l'Assemblée nationale et les généreux habitants de Paris qui ont arrêté les trames d'une conspiration affreuse ».
C'est sur le refus de ses Conseils qu'elle a tenu, le 25, une « assemblée de tous les chefs de famille », dans laquelle elle a « désavoué de cœur et de bouche les principes aristocratiques de son député noble, Guillaume de Clermont-Lodève ».
La ville de Lorient envoie le procès-verbal des opérations de sa Commune, qui prouve que, « quoique éloignée du théâtre où se sont passées tant de scènes terribles et patriotiques, ses habitants ont partagé les sentiments des Parisiens, dont ils applaudissent, avec toute la Nation, le courage héroïque et le dévouement généreux pour le service de la Patrie ».
La ville de Draguignan, en assemblée des trois Ordres, tenue dans l'église des Pères Prêcheurs, le 30 juillet, constate « qu'au patriotisme des habitants de Paris la France doit non seulement son salut, mais plus encore, s'il est possible, l'exemple qui a réveillé dans tous les cœurs le sentiment assoupi de l'amour de la patrie. «Tous les citoyens de Draguignan ont prononcé le serment inviolable de vivre avec les citoyens de Paris dans une union éternelle et de les seconder de tous leurs efforts, si de nouveaux périls... Mais puisse cette crainte s'écarter à jamais de nous! »
La ville de Trévoux « doit des marques de reconnaissance à l'Assemblée nationale pour sa courageuse fermeté et aux citoyens de la capitale pour leur intrépidité patriotique. »
La ville de Brioude, en assemblée de /i32 habitants dans la chapelle des Pénitents, « offre au Conseil électoral de la ville de Paris le tribut de ses hommages et de sa gratitude; il a veillé sur toute la France et ses soins ont arrêté l'incendie qui eût ruiné le royaume». Elle décide « qu'il sera, le dimanche, allumé un feu de joie sur la place au-devant de l'hôtel de M. de la Fayette et que la milice bourgeoise se rendra sous son drapeau, comme il sera député incessamment vers M'"" la comtesse de Chavagnac, tante de M. de la Fayette, pour lui offrir, au nom des habitants de cette ville, le tribut de gratitude, d'intérêt et de vénération que tous les habitants de cette ville désirent acquitter à M. le marquis de la Fayette qui daigne honorer cette ville de son affection particulière et la regarder comme son berceau. »
La municipalité de Saint-Geniès-de-Malgoires, diocèse d'Uzès, « les citoyens réunis à l'Hôtel de Ville, avec les officiers municipaux et les
conseillers politiques , se félicite du changement que Sa Majesté a
bien voulu faire , regarde comme infâmes et traîtres à la Patrie tous
les fauteurs du despotisme aristocratique , enjoint à tous les citoyens
de Saint-Geniès qui sont encore au service de se faire le plus grand scrupule de répandre le sang de leurs concitoyens, de les respecter et défendre comme leurs pères et mères Elle déclare martyrs du patriotisme les citoyens qui ont perdu leur vie pour terrasser les ennemis
f.82 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES ÉLECTEURS.
de la Patrie, et demande à l'Assemblée nationale qu'il soit pourvu, au nom de la Nation, à l'entretien de ces chères familles ».
La ville d'Agen, « passée rapidement de la tristesse à la joie, a été «mbrasée du plus noble enthousiasme par le courage des Parisiens.... digne des plus beaux siècles et du nom Français, que nous portons....
« Tant qu'une goutte de sang coulera dans nos veines, on nous verra, dans tous les temps, dignes du don inappréciable que vous nous avez fait et nous apprendrons à la postérité que le nom de liberté doit toujours être mis à côté de celui de la Capitale de la France. »
La ville du Gheylard, en Bas-Vivarais, constate, le 31 juillet, que « les malintentionnés » continuent à « fomenter des troubles, dans l'espérance de dissoudre, au détriment du peuple et de la chose publique, les États généraux, sérieusement et courageusement occupés de la régénération du royaume » ; que la veille, 30 juillet, elle s'est crue attaquée par des brigands, contre lesquels elle eût été incapable de se défendre, la plupart de ses habitants, « sans armes, n'ayant pour ressources que des bâtons, des haches, des pieux ». Elle annonce qu'elle va « former une milice de tous ses habitants en état de porter les armes, de quinze à cinquante ans ». Elle remercie le Roi d'avoir rappelé Necker, l'Assemblée nationale de « sa fermeté héroïque». Elle « conservera à jamais le souvenir de la conduite ferme et sage de la Ville de Paris et de la magnanimité qui a su dissiper l'orage exterminateur »; elle fait célébrer un service funèbre pour a ces braves Parisiens et autres concitoyens, victimes glorieuses pour le salut public, à la valeur desquels on doit sans doute la liberté actuelle ».
La ville de Sant Rémy, en Provence, demande « au Dieu conservateur et régulateur des empires la couronne de l'immortalité » pour les Parisiens, « généreux défenseurs de la liberté publique opprimée, à qui l'Assemblée nationale doit son salut et sa vie », et pour lesquels « l'encens ne cessera de brûler sur les autels de la Patrie ».
Les élegteuks dks trois Ordres réunis du bailliage du Gharolais considèrent les électeurs de Paris comme « les modèles de toutes les vertus €t leurs libérateurs ». Ils admirent « leur courage héroïque », grâce auquel « le citoyen, arraché à la plus horrible aristocratie, jouit dans le sein de ses foyers de la paix si désirable». Ils demandent « une correspondance, qui les préviendrait en cas d'événements extraordinaires et leur transmettrait les avis, instructions et plans de conduite ».
Les TROIS Ordres réunis du district de Villeneuve-d'Agenais, « avec la plus intime union », regrettent de « n'avoir pu combattre à côté des Parisiens pour le salut de la Patrie, mêler leur sang à leur sang ». La France, écrivent-ils au Comité permanent, « vous doit son salut, les Français vous doivent leur Roi, et toutes les nations l'exemple le plus éclatant de ce que peut le patriotisme réuni à la prudence et au courage ». Ils réclament « que les États généraux purgent la France des monstres qui, traîtres au Roi et à la Nation, se sont signalés par leur mépris pour le peuple. »
La ville de Riom, après des éloges personnels au maire Bailly, écrit :
« Et vous, MM. les électeurs et habitants de la Ville de Paris,
recevez le tribut d'admiration et de reconnaissance que vous ont mérité votre courage et votre patriotisme. Vous avez opéré le salut de la France : habitants d'une seule ville, nous ne craignons pas de parler au nom de toutes, la France, sous vos auspices et ceux de l'Assemblée nationale, ne formera plus qu'une seule et môme famille. Nos intérêts sont confondus. Votre douleur fut la nôtre, votre joie nous est commune*. »
La ville de Montignac-le-Comte, en Périgord, dans son « Conseil patriotique du 1" août », émue « de la plus vive allégresse à la nouvelle d'une Révolution, qui va consacrer dans l'histoire le nom Français », exprime, « avec le feu du plus grand enthousiasme, les sentiments dont l'ont pénétrée les habitants delà Capitale; les généreux efforts des citoyens de ce centre commun ont sauvé la Nation, rétabli la liberté civile sous l'abri de l'équité nationale...., assuré le bonheur des générations présentes et à venir ».
La ville de Rayonne a est attentive à suivre la marche et les progrès de la grande Révolution, qui a commencé de s'opérer pour le bonheur de la Patrie ». Elle n'oubliera jamais que, pendant que Railly était président des Communes, « s'est réalisée l'heureuse réunion des Ordres si désirée, qu'on osait à peine espérer et d'où doit résulter la régénération de l'État dans toutes ses parties ». Elle charge le chef « de la magistrature municipale de la première ville du royaume » de présenter aux Parisiens « les témoignages de sa reconnaissance » qu'elle regrette de n'avoir pu leur adresser avant tant d'autres villes moins éloignées.
Les Électeurs des communes de la sénéchaussée d'Aunis font transmettre de La Rochelle, par leur Comité permanent au Comité permanent de Paris, la délibération qu'il ne leur a été permis de prendre que le 2 août, étant jusqu'alors empêchés de se réunir. Ils sont émerveillés « des grands événements qui se sont si rapidement succédé depuis le 17 juin :
« Tout semble, disent-ils, tenir du prodige, et nos derniers neveux auront peine à croire à l'étonnante Révolution qui vient de s'opérer dans le royaume, pour le bonheur du Monarque et pour la prospérité du Peuple français
« Ne serions-nous pas, nous, les Représentants de tout l'Aunis; ne serions-nous pas coupables d'ingratitude; n'encourrions-nous pas, de la part de nos commettants, des reproches mérités, si nous négligions plus longtemps de témoigner leur reconnaissance à nos bienfaiteurs, à l'Assemblée nationale, aux Électeurs de Paris, qui ont tant fait, qui
1. Gauthier de Biauzat recevait, datée de Clermont, 21 juillet 1789, la lettre suivante de Couthon (citée dans l'inventaire de la collection Fillon par Et. Charavay, n° 616, p. 178 du tome I) :
« Je vous écris à la hâte ces deux mots pour vous informer que les heureuses nou- « velles d'hier soir (la prise de la Bastille et ses suites) nous ont tous si hien transportés <( que tout le monde indistinctement a arboré la cocarde de notre milice bourgeoise, com- <i posée de 1,200 hommes. Les prêtres, les nobles, les grands, les petits, personne ne « s'en est exempté, et, dans le moment où je vous écris, la joie est si complète qu'un « philosophe nommeiait folie tout ce qui se fait. »
ont tout fait pour rendre enfin heureux et la Nation et le Roi.
« Leur assemblée générale a arrêté, pour tous les habitants de l'Aunis, de la Ville et gouvernement de La Rochelle, qu'elle adhère de cœur et d'esprit, et de la manière la plus formelle, aux décrets faits dans l'Assemblée nationale les 17, 20 et 23 juin dernier, et qu'elle soutiendra dans tous les temps, et par tous les moyens qui seront en son pouvoir, les maximes qui y sont établies
« Déclare abandonner à la justice de l'Assemblée nationale, et au ribunal qu'elle a promis d'établir, toutes personnes, de quelque rang, qualité et condition qu'elles soient, qui, oubliant les premiers devoirs de la nature et du citoyen, ont été, ou seraient assez barbares pour prêter leurs bras à l'oppression de la France, et pour porter leurs armes contre les amis de la liberté et de la justice... . »
La ville de Tournon, le 8 août, remercie les Électeurs de Paris de
« tant de bienfaits dus à leur éminent patriotisme Dès qu'ils ont su
que les Parisiens avaient pris la cocarde, les habitants de Tournon se sont tous décorés de leurs couleurs, emblème de leurs sentiments et de leur union intime et indissoluble avec eux,.... de la légitime confédération de toute la France pour la défense de la liberté et des droits de la Nation, des États généraux et du Monarque. »
La ville de Gardanne, en Conseil général et extraordinaire de tous ses citoyens, dans la chapelle des Pénitents blancs, le 9 août, s'est rappelé « les désastres dont le Royaume a été menacé par l'ambition, la perfidie et la cruauté des lâches agents du despotisme aristocratique. » Elle déclare « infâmes, traîtres à la Patrie et coupables de crime de lèse- Nation, tous les agents du despotisme aristocratique, et tous soldats, officiers ou généraux qui oseraient employer contre les Français les armes qu'ils ne doivent porter que contre les ennemis de l'État, leur observant que c'est dans ce cas seulement que l'obéissance serait un crime; qu'il n'y a de vrais ennemis de l'État que ceux qui seraient capables de donner de pareils ordres, et qu'enfin le salut de la Patrie est la loi unique, le seul interprète de leur serment; déclare respectables à jamais les mânes des citoyens vertueux, devenus victimes de leur zèle pour le bien public;.... déclare chers et précieux à la Nation entière les braves citoyens de la capitale, dont la louable intrépidité a sauvé la France. »
La ville d'Hennebon, en Rasse-Bretagne, envoie « son tribut d'admiration aux hauts faits des habitants de Paris, à la prise de la Bastille, chose inconcevable; à tout ce qui a été réglé pour le bien de la capitale en si peu de temps ».
La municipalité de Pourrières, près Aix, écrit :
« Les habitants d'un petit village de Provence viennent aussi mêler leurs acclamations et leurs hommages au concert de louanges de tous les Français
« Qu'ils vivent à jamais dans nos fastes ces jours de patriotisme et d'honneur, pour perpétuer à la fois le souvenir de votre héroïque courage, et l'exécration due aux auteurs des plus abominables complots!
« Nos amis, nos libérateurs, vous avez conquis la liberté d'un grand
peuple; vous avez puni nos tyrans; vous avez vu notre bon Roi »
Les citoyens de Toulouse déclarent, le 17 août, aux citoyens de Paris représentés par leurs électeurs :
« Sous Louis XIV, le titre de Français, comme autrefois celui de Citoyen romain, commandait l'admiration et le respect aux peuples les plus éloignés et les plus barbares; et cependant, sous Louis XIV, le caractère des Français était dégradé par les fers du despotisme. Que sera-ce donc aujourd'hui qu'ils ont recouvré cette liberté précieuse qui est le véritable mobile des grandes vertus et des grandes actions 1 Que sera-ce aujourd'hui qu'ils ont donné à l'Univers le spectacle d'un courage dont les annales ne fournissent pas d'exemples. Toutes les révolutions sont marquées par des événements sanglants: celle-ci. Messieurs, ne porta ce caractère que dans les premiers transports d'une colère justement irritée, à laquelle vous avez bientôt opposé cette modération sublime qui égale l'homme aux dieux, et ces moyens prompts et efficaces qui distinguent les grands Administrateurs Après avoir versé
des larmes de douleur et d'attendrissement sur le tombeau de ces braves et généreux compatriotes qui ont répandu leur sang pour le salut de l'empire, et dont la mémoire survivra aux ravages des temps, il ne nous reste. Messieurs, qu'à bénir vos travaux, qu'à graver dans nos cœurs le souvenir éternel de vos bienfaits, et à vous prendre pour nos modèles. »