‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 83 sur 549 · Lit · texte numérisé non relu

Lit

« Différentes contusions le long de la colonne vertébrale et dans les régions lombaires.

« François Châtcauneuf, compagnon menuisier, travaillant chez le sieur Paul, rue du faubourg Saint-Antoine, paroisse Sainte-Marguerite; vingt ans.

« Sur les deux heures de l'après-midi, étant sur la porte dudit Paul, il a été entraîné par une foule d'hommes armés de bâtons; étant descendu dans la cave dudit sieur Réveillon, où il a bu du vin que lui passaient divers particuliers qu'il ne connaît point ; étant dans cette cave, il a été terrassé par une foule de personnes qui se sont précipitées pour entrer; ces personnes ont aussi bu du vin; cette chute lui a occasionné les contusions constatées.

« Ne connaît pas les auteurs de l'émeute, ni les causes d'icelle.

« N'a pas connaissance qu'on ait formé le projet de mettre la maison de M. le commissaire Lerat au pillage.

« N'a rien pris dans la maison du sieur Réveillon.

u Ne sait signer. »

Un « spectateur imprudent des désordres arrivés dans le fauboug Saint-Antoine », s'était rendu à l'Hôtel-Dieu à la suite des blessés qu'on y transportait, s'y était introduit et avait pénétré jusque dans la salle Saint-Paul, en prenant la qualité de chirurgien. Il a dès le lendemain publié le curieux résumé de ses impressions ^ :

« Là je vis, avec une satisfaction pleine et entière, le chirurgien en chef^ donnant ses ordres à tous, présidante tout, recevant chaque blessé, ne confiant à personne le soin du premier appareil, pratiquant les opérations nécessaires avec une prudence et un sang-froid inexprimables ; s'indignant parfois contre la lenteur et la mésintelligence ,du service, mais toujours l'ami du malade, toujours son consolateur, et toujours un modèle précieux à suivre. Je n'ai point jugé ses talents dans son art, ils sont trop loin de moi, et je l'ai vu trop peu pour pouvoir les apprécier; mais j'ai reconnu qu'on n'avait point exagéré dans la bonne opinion qu'on m'avait donnée de lui en Angleterre et en Allemagne. Son zèle et celui de ses élèves étaient merveilleusement secondés

1. Visite à VHôtel-Dieu, le mardi 28 avril, br. in-8o de 15 pages. Bibl. nal. Lb'» 7157, p. 5 et C, 12 et 13.

2. Desault (Pierre-Joseph), né en 1744, mort en 1795, le créateur de l'anatomie chirurgicale, était depuis 1788 passé, comme chirurgien en chef, de la Charité à l'Hôtel- Dieu.

par les dames religieuses de la salle, par les sœurs et les garçons de service, qui tous montraicDt à secourir les malheureux un empressement bien digne d'éloge. Cette unanimité, ce concours de bienfaisance me pénétra, et je vis, avec émotion, que je ne m'étais point trompé dans mes réflexions. »

Il causa avec un chirurgien, qui, pas plus que lui, ne put voir l'illustre Desault opérer l'amputation du bras d'un jeune homme de vingt ans, qu'on venait d'amener.

Ce chirurgien lui dit :

« Je regrette de détruire l'opinion que vous aviez peut-être des religieuses de cet hôpital; mais les abus qu'elles enracinent et qu'elles multiplient sont trop grands pour que j'aie la force de me taire. Le public n'en sait rien; et c'est parce qu'il les ignore, qu'elles parlent avec tant de hardiesse de leur zèle éclairé, de leurs soins empressés, de l'utilité bienfaisante qui fait de chacune d'elles autant d'anges tutélaires des malheureux. Il est vrai qu'elles pourraient l'être, en suivant avec plus de docilité les seules lumières de la raison, en gourmandant cet amour-propre qui les suffoque, en se pliant aux intentions de ceux qui veulent et ne peuvent vouloir que le bien; et alors il n'y aurait plus pour elles qu'un seul cri de reconnaissance.

« J'abuse de votre complaisance à m'entendre, et je m'afflige moimême en vous donnant de semblables détails; mais éclairez-vous par vos yeux, et suivez quelque temps cet hôpital; vous verrez les religieuses balayant les salles à flots d'eau, malgré les représentations des offlciers de santé; et, en dépit des ordres de l'administration, les accidents funestes qu'une telle conduite attire aux malades. Vous les verrez, dans les salles des hommes blessés et dans toutes celles de médecine, décidant encore du régime, leur donnant la soupe à six heures du matin, le pain à huit, le vin à neuf, la viande à dix ; la collation à deux heures après-midi, le pain à trois, le vin à quatre, la viande à cinq, des bouillons jusqu'à dix, et à cette heure-là une seconde collation ; et, par celte distribution vicieuse et ridicule, faisant de toute la journée un festin perpétuel et peu convenable aux ménagements et à la santé des malades. Vous les verrez renoncer même à leur être utiles et les priver de leurs quarante ans d'expérience, en abandonnant à des jeunes sœurs, à des servantes, à des garçons de salle, le soin d'une distribution, qu'elles annoncent cependant ne pouvoir se faire sans elles. Enfin, vous vous éclairerez sur la multitude d'abus qui régnent dans cet hôpital, et vous joindrez vos vœux à ceux de tous les bons

PREMIER JUGEMENT PRÉVOTAL. 85

citoyens pour qu'un regard de la Nation assemblée fasse enfin luire un jour plus heureux dans ces asiles de la misère et de l'infortune. »

Dès le lendemain de l'émeute, le 29, la justice prévôtale rendait et faisait exécuter un premier jugement, suivant un arrêt imprimé immédiatement et affiché probablement après l'exécution ^

JUGEMENT PRÉVOTAL

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