‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 91 sur 549 · ÉPITRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE

d'un patient de la porte SAINT-ANTOINE AUX FRANÇAIS

Mon arrivée aux enfers.

« 0 Français, mes compatriotes et mes amis, ceint d'un fatal mais honorable cordon, je rendis mes derniers soupirs, assisté d'illustres victimes, qui partageaient la gloire de mon sort, et ne laissaient aux lâches, aux injustes Pilâtes que la honte et l'opprobre d'avoir rendu d'iniques jugements Descendu aux enfers, le même jour, je comparus devant les juges redoutables du ténébreux empire Le jugement prévôtal qui m'a relégué dans les sombres demeures fut lu, méprisé et livré aux flammes dévorantes

Rapport d'Macus.

« Il commença son rapport en ces termes :

« L'ombre que vous amène Mercure a été précipitée, à la fleur de son âge, dans les enfers par une cabale puissante, qui tient dans l'esclavage le Roi et l'empire des Francs L'on devait d'autant moins se

livrer à une action aussi exécrable, que l'année dernière vous avez vu

1. In-8o de 30 pages, BibL nat. Lb^a 7204. — La brochure est datée du 18 mai 1789.

descendre dans l'empire des morts un grand nombre de malheureuses

viclimes, dont on n'a point puni les odieux sacrificateurs L'on avait

brûlé les mannequins des ministres; l'on avait attaqué les personnes les plus honnêtes, tué et blessé de grands seigneurs, comme le marquis de Nesles L'on arrêtait en plein jour, et l'on mettait à contribution les passants, sous prétexte d'avoir de l'argent pour des fusées ^.. Et tous ces scélérats, ainsi que ceux qui étaient les auteurs d'une sédition aussi criminelle, que l'on ne pouvait envisager que comme des criminels de lèse-majesté divine, humaine et nationale au premier chef, sont restés impunis, tandis que des infortunés, condamnés à mourir de faim, par l'avarice antropophage des vautours de la France, qui enharrent les grains, qui les accaparent, qui les dérobent aux regards du public, et les laissent plutôt se corrompre et se pourrir que de les vendre à temps, afin d'entretenir la famine, sont les victimes de ces monstres horribles qui n'ont des hommes que la forme !

« Les commerçants, par d'odieuses manœuvres, diminuent la maind'œuvre à mesure que le grain augmente, quoiqu'ils augmentent euxmêmes leurs marchandises, de sorte que les malheureux cultivent des denrées à vil prix, entretiennent les manufactures par leurs labeurs et par des sueurs de sang, lorsqu'on leur donne à peine le plus modique des salaires

« L'on a convoqué les États généraux ; mais il n'y a que les propriétaires et les négociants qui soient nommés députés. Tous les journaliers, artisans, mercenaires et cultivateurs, qui ne récoltent pas de grains pour subsister une année entière, n'ont point été nommés, ni aucun de leur classe. Or, tous ces propriétaires, riches cultivateurs et négociants, sont intéressés à maintenir la cherté des grains, des denrées, et la vilité du prix de la main-d'œuvre ; c'est une ligue formée entre eux, et ils ont juré, par le sang des infortunés, de ne point s'en écarter

« L'ombre présente n'a donc d'autre tort que de s'être trouvée dans le moment de l'émeute, dont le motif direct était la cherté du pain, et le motif indirect les discours d'un particulier, pour qui les gouttes de sueur de sang des ouvriers ont été autant de perles...

« Les Parlements sont devenus Molinistes pour leurs consorts ; les Prévôts des maréchaux sont comme les Jansénistes de la justice : ils condamnent à tort et à travers, pour faire voir qu'ils ont le droit de condamner et de faire de nombreuses victimes à l'instar des autres cours...

« Vous savez, juges souverains, que tous ceux qui ont été con-

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