‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 92 sur 549 · CONTRE LES EXÉCUTEURS · texte numérisé non relu

CONTRE LES EXÉCUTEURS

damnés par Papillon vous ont avoué que ce Prévôt, joueur intrépide, venait souvent les interroger lorsque la perte du jeu l'avait rendu furieux, et qu'il déchargeait alors sa colère sur ces tristes victimes, en les condamnant à mort. Vous savez que son greffier, aussi scélérat que lui, présentait à l'accusé le folio verso de l'interrogatoire dont il donnait lecture, et qu'il avait l'adresse de donner aussi à signer ou de substituer le folio recto, dont il ne donnait pas lecture, et où il avait écrit tout ce que Papillon avait voulu, de sorte que l'innocence était

sûre d'être condamnée avec toutes les apparences de la justice Les

Prévôts sont les fléaux, les Attila, les bouchers des citoyens infortunés. « Il n'est donc pas étonnant que l'ombre présente ait été la victime

de ces mauvaisjuges Nous croyonsqu'il est digne de votre justice et

de votre équité, d'envoyer, dès à présent, cette ombre jouir des délices des Champs Élysées. — Ainsi jugé

Mo?i arrivée aux Champs Élysées.

« A peine le divin Mercure m'eut-il quitté, qu'une foule d'ombres se réunirent autour de moi, pour célébrer ma bienvenue et me demander des nouvelles de la France Je distinguai entre autres celle

de Lamoignon, qui n'était aux Champs Élysées que depuis deux jours, ayant passé le surplus dans le Ténare, pour purifier quelques fautes importantes qu'il avait faites pendant son ministère.

Conférence avec l'ombre de Lamoignon.

« L'ombre de Lamoignon me dit que la cherté du pain n'était arrivée qu'après sa sortie du ministère; que la conduite tenue au faubourg Saint-Antoine était indiscrète et imprudente, parce qu'on n'avait pas motivé la cause directe de cette émotion; de sorte qu'on l'avait défigurée aux yeux du monarque, en lui disant que ce n'était ni le prix excessif du pain, ni le défaut de travail qui avaient été la cause de celte sédition ; mais l'unique plaisir de faire du mal à deux citoyens, innocents, qui avaient fait beaucoup de bien pendant la rigueur de l'hiver; que le pain n'était pas trop cher, et autres tels propos; ce qui a arraché les ordres cruels que le monarque a signés malgré lui.

« Les soldats ont commencé à frapper à tort et à travers ; l'on s'est défendu; d'où est arrivée l'émeute considérable, que les militaires ont ensanglantée en faisant main basse sur la multitude qui était sans armes et sans défenses. Égorger des frères, des amis, des compatriotes, ce n'est plus qu'un jeu pour nos militaires, qui ne se piquent pas de ressembler aux Duguesclin, Condé, Turenne, etc., et qui croient être fort braves en poignardant des femmes, des enfants, et faisant couler ainsi des flots de sang innocent.

« Quelle boucherie! quelle horreur! quelle infamie! Ces militaires ont été assez barbares pour plonger leurs baïonnettes dans le corps de trois cents personnes enfermées dans une cour, sans armes, sans défenses, qui demandaient quartier. 0 Français ! n'est-ce pas une seconde Saint-Barthélémy dont vous aurez éternellement à rougir?

Conseil spécifique

Sur les moyens d'obtenir justice du monarque, punition des scélérats titrés et diminution du prix du pain.

« Comme je proposais pour les vivants un moyen d'obtenir justice par une grande manifestation populaire... l'ombre de Lamoignon me répondit que ce moyen était unique et excellent, mais elle ajouta

qu'il fallait se réunir... en grand nombre avec femmes et enfants,

au maillot même, tous le chef nu et la corde au cou.

« S'il n'y avait que quelques personnes, on les regarderait comme

des folles, et on les enfermerait aux Petites-Maisons On devrait

afficher les jour, lieu et heure où l'on se proposerait de faire cette démarche... Plusieurs se rendraient séparément, par des routes détournées ou directes, à Versailles, dans les avenues, dans les maisons et sur la route, afin de se joindre aux autres ;

« Cette assemblée, humble, soumise et respectueuse, ne peut être regardée comme un attroupement ou une assemblée illicite ; tout citoyen peut s'adresser au Roi et aux États généraux, selon les lois du royaume. Ceux qui voudraient l'empêcher commettraient un attentat contre l'autorité du Roi et de la Nation, auquel il ne faudrait pas déférer, sans cependant user d'aucune violence, pas même d'aucun murmure; il vaudrait mieux périr innocent, en restant à la place même, si l'on interceptait la route, que de faire le moindre acte répréhensible;

u La place Louis XV et le Cours-la-Reine seraient les endroits les plus favorables pour cette assemblée. Parvenus à Versailles, l'on s'y comporterait avec humilité et respect, en suppliant le monarque de faire donner du pain ou la mort, aimant mieux mourir innocents que d'offenser la Majesté Royale, ou de lui déplaire, protestant qu'on ne sortira point de ce lieu que la consolation dans le cœur ou le coup de poignard dans le sein, en se jetant tous à genoux, et observant le plus morne silence. »

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