‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 94 sur 549 · ACCUSATION CONTRE L'ABBÉ BOY · texte numérisé non relu

ACCUSATION CONTRE L'ABBÉ BOY

(( Le dimanche 3 mai, sur le soir, on apprend l'arrestation du sieur abbé Roy, censeur royal, qu'on annonçait dans tout Paris, les jours précédents, comme ayant eu beaucoup d'influence dans la dernière insurrection Je l'avais vu le matin, à six heures, traverser le Luxembourg en soutane et en manteau long, accompagné d'un autre ecclésiastique en redingote Il a été arrêté vers les quatre heures après

midi, venant de rentrer chez lui, rue d'Enfer-Saint-Michel, au-dessus

de la rue Saint-Dominique On a mis le scellé sur tous ses effets

On a emporté dans la voiture qui le conduisait au Châtelet une cassette remplie de papiers L'enlèvement de cet abbé a fait grand

bruit dans son quartier; environ deux cents personnes présentes y ont

applaudi de tout leur cœur

« Le mercredi 13 mai, on apprend que le sieur abbé Koy, prêtre et censeur royal dans la partie théologique, était sorti la veille du Châtelet de Paris, Oli il avait été constitué prisonnier le dimanche au soir, 3 du présent mois, ne s'étant soi-disant rien trouvé dans ses papiers qui déposât contre lui le moins du monde, et aucun des particuliers arrêtés et détenus relativement à l'insurrection du faubourg Saint-Antoine n'ayant déclaré le reconnaître pour avoir été stimulé par lui avec de l'argent, comme le bruit s'en était si fortement répandu. » /

L'agent du ministre des affaires étrangères, chargé de suivre les travaux des États généraux à Versailles et les mouvements de l'opinion publique à Paris, rapportait, à la date du 7 mai:

« On fait des raisonnements à perte de vue sur l'aventure de l'abbé

Roy et son emprisonnement. On va jusqu'à dire que l'abbé de V lui

a fourni les fonds nécessaires pour exciter les séditieux. La position de

l'abbé de V sa place et son influence supposée fournissent quelque

vraisemblance aux déclamations injurieuses qu'on se permet. De là mille propos plus révoltants les uns que les autres. On ne respecte rien^ »

Le procureur du Roi au Châtelet, de Flandre de Brunville, à partir du 30 avril, ajoutait aux rapports, qu'il faisait chaque jour aux ministres sur les assemblées électorales de Paris intra et extra muros % des notes sur les poursuites qu'il dirigeait contre les émeutiers.

Il écrivait à Necker, le 30 :

1, Archives des Affaires étrangères, France, 1405, f 107. V***, c'est l'abbé Jacques do Vermond, lecteur de la Reine et son conseiller le plus intime, qui avait fait arriver au ministère l'archevêque Loménie de Brienne, et qui, dans la préparation du « coup d'autorité » contre les États généraux, que prévint la prise de la Bastille, se trouva compromis au point d'émigrer tout de suite, comme le maréchal duc de Broglie et le comte d'Artois.

2. Archives nationales, B* 64. liasse 1 de Paris hors murs, et aussi liasse 4.

« D'après les funestes événements de la journée de mardi et l'attribution donnée à M. le Prévôt de la maréchaussée pour en connaître, j'ai fait faire hier, aussitôt que M. le procureur général m'a eu envoyé la Déclaration du Roi, le procès à deux des particuliers arrêtés dans la maison du sieur Réveillon, et j'ai mis toute la célérité que cette triste circonstance exigeait, afin que l'exécution pût avoir lieu dans la journée, ainsi que M. le garde des sceaux, que j'avais eu l'honneur de voir pendant la nuit, me l'avait recommandé.

M L'exemple a été fait à temps. Les deux particuliers ont été pendus en vertu du jugement prévôtal rendu sur mes conclusions, et l'exécution s'est faite près la porte Saint-Antoine, devant un concours immense de peuple, que la présence des troupes a contenu dans le plus grand silence. Il est bien à désirer que ce seul exemple puisse suffire.

« Je vais, monsieur, faire continuer l'instruction contre les autres prisonniers, afin de voir s'il ne sera pas possible de tirer d'eux quelque lumière sur les causes de ce fatal événement. Mais les moyens judiciaires ne sont pas ceux dont on puisse avoir le plus de fruit pour de pareilles découvertes. Je ne ferai pas prononcer de jugement contre ces différents prisonniers, à moins que les circonstances ne l'exigent, très convaincu que l'intention du Roi est de ne faire que les exemples indispensables »

Le 3 mai, il expliquait à Laurent de Villedeuil :

« J'ai fait entendre un assez grand nombre de témoins dans l'information que je fais faire à ma requête devant le Prévôt de l'Ile-de France relativement à l'émeute arrivée il y a quelques jours. Jusqu'à présent, il résulte très peu de chose de l'information. Je ne négligerai d'approfondir aucun des faits qui viendront à ma connaissance, et je vous prie de vouloir bien être convaincu que j'apporterai à l'instruction de cette importante affaire le plus grand zèle et l'activité la plus soutenue. Si je faisais, monsieur, quelque découverte intéressante, j'aurai soin d'avoir l'honneur de vous en faire part aussitôt »

Ce même jour, 3 mai, le ministre de la maison du Roi et du département de Paris recevait du lieutenant général de police l'information suivante ^ :

Page 1