‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789 (volume 2)Chapitre 95 sur 549 · ACCUSATION CONTRE L'ABBÉ ROY · texte numérisé non relu

ACCUSATION CONTRE L'ABBÉ ROY

du sieur Réveillon, dans une affaire de faux, passe dans le public pour avoir été l'instigateur de l'émeute arrivée au faubourg Saint-Antoine et de la vengeance exercée contre ledit Réveillon. Il a, dit-on, été vu dans le faubourg, haranguant la populace et distribuant même de l'argent. On l'a vu dans un autre quartier de Paris, entouré d'ouvriers et de gagne-deniers, dont il échauffait l'esprit par ses propos. Un grand nombre de personnes le croient arrêté, d'autres s'étonnent qu'il ne le soit pas encore. Quelques-uns répandent le bruit qu'il a terminé ses jours par une mort volontaire.

<( Parmi cette foule de traits vagues, j'ai recueilli quelques faits qui semblent leur avoir servi de fondement. (Un marchand limonadier sur le boulevard déclare avoir vu, le 29 avril, un ecclésiastique donnant 18 livres à une espèce de gagne-denier pour aller au faubourg Saint- Antoine ^) Plusieurs personnes delà rue Saint-Séverin ont connaissance de l'espèce de harangue faite dans cette rue par l'abbé Roy à une troupe d'ouvriers, et ces personnes, questionnées extrajudiciairement sur ce fait, en ont assuré l'existence. Il est vrai que quelques-unes d'elles, entendues depuis en déposition, n'ont rien avoué, dans la crainte de se faire un ennemi implacable dudit Roy, qu'elles connaissent pour un sujet infiniment dangereux. Mais il y a lieu de croire que, s'il était arrêté, cette crainte cessant par sa détention, il se présenterait des témoins contre lui.

« Le jour même de l'émeute, M. le marquis deSaint-Huruge se présenta chez moi, dans la soirée, pour me donner avis d'un propos qui lui avait été tenu par une personne à lui inconnue, mais dont l'extérieur et les discours annonçaient, a-t-il dit, une âme honnête. Cette personne disait avoir la preuve que l'abbé Roy avait une grande part à l'émeute. M. le marquis de Saint-Huruge, entendu hier en déposition, a dû déposer de ce propos.

" On a vu hier avec étonnement reparaître au Palais-Royal l'abbé Roy, qui, la veille, s'était absenté de l'assemblée de l'Archevêché, où il était un des électeurs. Il n'y a contre lui qu'un cri d'indignation, et, d'après les détails que je viens de mettre sous les yeux du ministre et le peu de considération personnelle dont jouit cet ecclésiastique, il m'a paru intéressant de s'assurer de sa personne et de faire cesser le reproche de négligence que l'on fait à l'autorité à cet égard. J'ai fait les dispositions en conséquence, pour qu'il fût arrêté et remis à M. le Prévôt de l'Ile. Il y a lieu de croire que les ordres du Roi seront couverts par un décret décerné sur l'information qui se continue.

« De Crosne. )S

1. La phrase mise entre parenthèses est effacée sur la minute, mais reste très lisible.

Conformément au désir exprimé par le lieutenant de police, est rempli, daté de la veille, 2 mai, signé Louis et contresigné Laurent de Villedeuil, l'ordre (autographié) De par le Roi « au sieur Ghesnon père, « commissaire au Ghâtelet de Paris, de se transporter chez le sieur « abbé Roy, censeur royal, à TefiFet d'y faire une exacte perquisition, de « saisir tout ce qui lui paraîtra suspect, après en avoir dressé procès- « verbal, et d'apposer les scellés, si le cas y échoit ».

L'arrestation opérée, le même commissaire de police recevait du lieutenant général la commission de « se transporter le 5 mai dans les « prisons du Ghâtelet, où était détenu, de l'ordre du Roi, le sieur abbé « Roy, pour l'interroger sur l'objet de la dénonciation générale et pu- « blique faite contre lui, ainsi que sur les papiers constatés dans la « perquisition ».

Page 1