DE MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE PARIS
QUI ORDONNE DES PRIÈRES PUBLIQUES DANS TOUT SON DIOCÈSE POUR LES ÉTATS GENERAUX DU ROYAUME1
« Antoine -Éléonor- Léon LECLERC DE JUIGNÉ, par la Miséricorde Divine, et par la Grâce du Saint-Siège Apostolique, Archevêque de Paris, Duc de Saint-Cloud, Pair de France, Supérieur de la Maison de Navarre, etc. Aux Archiprêtres de Sainte-Marie-Madeleine et de Saftit- Séverin, aux Doyens-Ruraux et à tous les Fidèles de notre Diocèse, Salut et Bénédiction en N. S. J.-C.
1. Ce mandement se trouve dans la collection Rondonneau des Archives nationales, AD1 8, et se retrouve à la Bibliothèque nationale, en feuille in-4° de 20 pages..
Antoine-Éléonor-Léon Le Clerc de Juigné de Neuchelles était archevêque de Paris depuis le 23 décembre 1781. Il était né à Paris en 1728, et il y mourut le 19 mars 1811. Député aux États généraux, il fut des derniers du Clergé à se réunir au Tiers-État, et des premier» à émigrer. Sur la liste générale des émigrés, son absence est constatée aux dates des 5, 11, 28 octobre et 8 novembre 1791, et 26 juillet 1792.
« Enfin, Nos Très Chers Frères, le vœu de la Nation va s'accomplir. Vous allez voir ses Représentans se rassembler de toutes les Provinces du Royaume autour du Trône, pour y présenter les vœux des Peuples, et pour y préparer, sous les auspices du Souverain, les moyens de remédier aux malheurs de l'État, et de rétablir la félicité publique.
« Quelle époque pour cette génération ! Et jamais la France s'estelle trouvée dans une position où la protection du Ciel lui fût plus nécessaire, et où elle dût l'implorer avec plus de ferveur ?
« Car, loin de vous, N. T. C. F., le préjugé des faux sages du siècle, qui voudroient exclure la Providence divine du gouvernement des choses humaines, et attribuer tous les ëvénemens politiques à la vaine sagesse des hommes, ou aux caprices d'un aveugle hasard. «Ne parlons « plus de hasard ni de fortune», dit l'illustre Rossuet, dans l'ouvrage immortel où il démontre d'une manière si sublime l'empire de la Divinité sur toutes les révolutions qui ont agité le monde depuis son origine, « ne parlons plus de hasard ni de fortune; ou parlons-en seu- « lement comme d'un nom dont nous couvrons notre ignorance. Ce « qui est hasard, à l'égard de nos conseils incertains, est un dessein « concerté plus haut... Dieu tient du plus haut des cieux les rênes de « tous les Royaumes. lia tous les cœurs dans sa main. Tantôt il retient « les passions, et tantôt il leur lâche la bride; et par là il remue tout « le genre humain1. »
« Ainsi donc, N. T. C. F., Dieu règle la destinée des hommes et des Empires. Aussi avec quel empressement les Peuples, de tous les siècles et de toutes les Religions, avoient-ils recours à l'Arbitre suprême des événemens, dans les grandes circonstances qui intéressoient leur Patrie?
« A Rome, à Athènes, dans les jours les plusbrillans de ces Nations célèbres, avec quel zèle, avec quelle éloquence ïeurs Chefs et leurs Orateurs faisoient-ils intervenir la Divinité ? Et maintenant encore, ne voyons-nous pas les Nations même qui ont eu le malheur de se séparer de l'Église, ordonner des jeûnes et des supplications solennelles, pour attirer sur leurs entreprises politiques les grâces et les bénédictions du Ciel ; tant l'empire de la Divinité sur le sort des Nations tient aux premiers principes de la raison même et de la nature!
« Mais combien il nous est encore plus nécessaire de recourir à Dieu, dans la fermentation présente des esprits? Nous rendons justice, N. T. CF., au sentiment de patriotisme qui paroît se ranimer depuis quelque temps, dans toutes les conditions. Le monde même le plus