‹ Les élections et les cahiers de Paris en 1789Chapitre 253 sur 282 · LES PRIÈRES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

LES PRIÈRES PUBLIQUES

plus nombreuse et la plus souffrante, envers les pauvres du peuple-, par votre respect inaltérable pour les anciens et les vrais principes du Gouvernement françois ; mais principalement par votre inviolable attachement à la foi de vos pères, par votre zèle pour le maintien de la Religion, de ses dogmes, de son culte, de ses loix, la base et la sanction de tous les droits qui assurent l'ordre et le repos des Empires.

« Que le Ciel daigne écarter de cette illustre Assemblée tout esprit de mésintelligence et de rivalité entre les différens Ordres qui la composent! Les sacrifices annoncés par les premiers Ordres de l'État n'ont-ils pas dû étouffer d'avance tout germe de dissension ? Fidèles aux droits essentiels de chacun de vos Ordres, de chacune de vos provinces, qui ont déposé leurs intérêts dans vos mains, toujours vous serez unis par l'intérêt commun de la Patrie, et la France ne verra régner entre vous d'autre rivalité que la noble et sainte émulation du bien public. Toujours le Roi sera le centre de votre réunion, non-seulement par votre respect pour la majesté de votre Souverain, mais par votre confiance dans sa justice et son amour pour la Nation.

« Quelle sera la gloire du Roi ! quelle sera votre satisfaction quand vous verrez le succès de vos travaux et que vous entendrez retentir autour de vous les bénédictions des peuples !

«Quoi déplus consolant», disoit un grand homme d'État de l'Antiquité, non moins recommandable par sa piété que par son génie ! « Quoi de plus consolant, disoit le sage et vertueux Gassiodore, que de « voir croître par ses soins le bonheur public, où se trouvent renfermés «les intérêts particuliers de tous1! Quoi de plus glorieux pour un « prince, que de régner sur un peuple heureux et paisible, sur les « grands unis par la Concorde et sur une Nation revêtue de l'honnêteté « des mœurs 2 ! »

« Mais en vain le Souverain et tous les sages de la Nation réuniroient leurs efforts pour le bonheur de la France, si Dieu ne daigne bénir leurs travaux. Implorons donc le secours du Ciel, offrons-lui nos prières et nos supplications pour tous nos concitoyens, pour notre Souverain, pour tous ceux qui sont élevés en dignité et particulièrement pour ceux qui sont chargés en ce moment des intérêts de la Patrie ; afin que, selon les paroles de l'Apôtre3, « nous menions ici-bas non-

1. « Quid gratius quam videre crescere publicura decus, ubi omnium militas in generalitate concluditur? Cassiod. »

2. « Quid est quod principem melius praedicet quam quietus populus, concors Senatus et tota respublica morum honestate vastita? Cassiod. »

3. « Obsecro igitur primum omnium fieri obsecrationes, postulationes, gratiarum actiones, pro omnibus hominibus ; pro regibus et omnibus qui in sublimitate sunt, ut quietamettranquillam vitam agamus inomni pietatt castitat l.Ad Timoth.,U,\ et 2.

« seulement une vie tranquille et paisible, mais une vie sanctifiée par « la piété et par l'innocence. »

« Pendant que les Représentais de la Nation travailleront à votre bonheur, accourez dans nos temples, levez les mains vers le Ciel, sanctifiez vos prières par les œuvres de piété, de Pénitence, de miséricorde; conjurez le Seigneur de faire descendre du haut des cieux la sagesse qui assiste à ses conseils éternels1; «espérez dans votre Dieu; répandez vos âmes devant lui2 », afin qu'il daigne présider lui-même à une Assemblée si décisive pour le salut de ce Royaume.

« Mais quelle confiance doivent surtout nous inspirer les prières des justes! « Combien l'âme d'un juste est un puissant rempart pour « sa patrie, par sa foi et sa piété ! Quantus murus patrix vir juslus 3/ » Ames chéries de Dieu, que le monde dédaigne et qui soutenez le monde par vos vertus, connoissez toute votre puissance auprès de la Divinité. Malgré votre éloignement des affaires du siècle, connoissez l'influence que le solitaire le plus humble, que la vierge la plus simple peut avoir sur la destinée des Royaumes. 0 prières, ô vertus des justes, plus utiles aux Nations que toutes les lumières, que tous les efforts de la plus sublime politique! intercédez auprès du Seigneur pour votre Roi, pour votre Nation (car la piété véritable, bien loin d'affoiblir l'amour de la patrie, l'enflamme de plus en plus), et ce sera du fond de vos humbles retraites que partiront les plus grands traits de lumière qui viendront éclairer le Conseil Auguste de la Nation.

u Grand Dieu, qui tenez dans vos mains le sort des Peuples et des Rois, jettez un regard propice sur l'empire des François, respice ad Francorum benignus imperium1'. Daignez diriger vous-même les Conseils des différens Ordres du Royaume, rassemblés sous vos auspices pour réparer les malheurs de l'État et pour régénérer la félicité publique. « Envoyez votre Esprit et vous allez faire une création nouvelle et vous « allez renouveller la face de cette portion de la terre5... Faites que « les Peuples et les Rois se réunissent pour vous adorer6. » Faites que le Royaume très-chrétien voye renaître dans son sein la foi et la piété

Page 1