LES PRIÈRES PUBLIQUES. 5(M
Dieu ne plaise, N. T. G. F., qu'elle oublie les intérêts légitimes des cités passagères que vous habitez ! Du haut des cieux, elle veille sur le bonheur de la terre. Avec quel zèle ses ministres s'empresseront de concourir avec le Roi et les autres Ordres de l'État, au bonheur de la France !
« Mais il est, N. T. G. F., il est des malheurs bien plus affligeans que tous les malheurs politiques que vous vous proposez de réparer; la décadence de la foi, l'horrible dépravation des mœurs, la licence incroyable des écrits, l'audace et l'anarchie des esprits, le mépris de la Divinité, la scandaleuse profanation des jours consacrés au Seigneur, les efforts de l'irréligion, qui voudroit profiter de la commotion présente pour achever de renverser les principes de toute autorité, de toute vérité, de toute vertu. Et qui doit être plus affecté que nous de tous ces maux, que nous qui nous trouvons au milieu du foyer de cette contagion? Voilà, N. T. G. F, la vraie maladie du siècle, la grande plaie de TÉtat. Nous la dénonçons solennellement à la Nation assemblée.
« 0 inconcevable sécurité du siècle, au milieu d'une révolution non moins effrayante pour la vie présente que pour la vie future ! Mais la partie morale des Gouvernemens qui paraissoit si importante aux yeux des politiques de l'antiquité; mais la Religion et la Vertu sontelles maintenant comptées pour rien par la plupart des politiques modernes ? Ils ne veulent donc plus connoître d'autre ressort que la richesse et la force pour gouverner les hommes ?
« Nous ne leur produirons point ici le témoignage des oracles divins, dont ils ont eu le malheur de méconnoître l'autorité ; qu'ils consultent les philosophes et les politiques les plus fameux de l'Antiquité, dont le suffrage est si imposant pour eux : un Solon, un Lycurgue, un Phocion, et ce sage illustre, surnommé le dernier des Romains, qui déploroit avec tant d'amertume au milieu du Sénat le dérèglement des mœurs de son tems, comme un présage certain de la chute de ce grand Empire; qu'ils ouvrent les fastes de tous les peuples, qu'ils examinent les causes de leur grandeur et de leur décadence, et qu'ils jugent euxmêmes si la Vertu n'a pas toujours été la première base de la puissance et de la gloire des Nations, et si la dégradation des mœurs n'a pas toujours préparé la ruine des Empires les plus florissans 2.
« C'est sans doute, N. T. C. F., aux ministres de la Religion, qui sont aussi les ministres des mœurs, à remédier les premiers à leur dégradation. Mais que pourront tous nos efforts sur des âmes flétries
1. « Justitia élevât gentem; miseros autem facit populos peccatum. Prov. XIV, 34. » La faute soulignée est dans l'imprimé de l'Archevêché. Dans la traduction orthodoxe de la Bible, on lit : exaltât.
par le vice et insensibles à la persuasion, si nous ne sommes pas soutenus par l'autorité du Gouvernement?
« Dans un tems où l'esprit d'indépendance voudroit briser le joug de toute autorité, nous sentons, N. T. C. F., combien le vœu que nous formons pourra déplaire à ceux « qui fondent le repos des États, non « sur la solidité des vertus, mais sur l'impunité des vices 1 ». Us diront que c'est vouloir attenter à la liberté des citoyens; mais qu'une licence effrénée ne vienne pas usurper ici les droits sacrés d'une sage liberté, qui mérite seule la protection des loix !
« Nous ne vous parlons pas ici seulement comme pasteurs, mais comme citoyens. Oui, N. T. G. F., nos très chers concitoyens, nous vous en conjurons au nom de la Religion, au nom delà Patrie; reconnaissez donc la justice et la nécessité de renouveler la vigueur des anciennes loix sur la police des mœurs publiques et d'y ajouter celles qui pourroient manquer encore à la législation françoise, sur un point si important pour l'honneur et le salut de la Nation.
« Vous formez les vœux les plus ardens pour la réformation des abus et pour le rétablissement de la félicité publique, mais comment réformer les abus de l'administration, si l'on ne réforme la licence des mœurs, la première source de tous les abus? Gomment rétablir la discipline des mœurs, si l'on ne rétablit le respect de la Religion, le seul frein qui puisse contenir les passions des hommes? La restauration de la foi et des mœurs, la régénération des âmes, c'est là, N. T. G. F., la régénération essentielle de la France.
« 0 vous ! qui avez eu la gloire d'être choisis par vos concitoyens pour représenter la Nation dans cette grande circonstance ; puisque vous êtes rassemblés dans ce diocèse et que j'ai l'honneur d'être dans ce moment votre pasteur, souffrez que je vous adresse ici mes vœux pour le succès des nobles travaux que vous allez entreprendre. Songez que toute la Nation a maintenant les yeux fixés sur vous, que vous portez dans vos mains ses destinées, que vous êtes devenus comme les pères de votre Patrie.
« Vous vous montrerez dignes d'un si beau titre par l'élévation de vos sentimens et de vos pensées, par le généreux oubli de tout intérêt personnel, pour ne vous occuper que de l'intérêt général; par votre ardeur pour le bien public et par la prudence qui dirigera toutes vos opérations; par votre justice et votre impartialité envers les différentes classes de vos concitoyens, et surtout par votre humanité envers la
1. « Stare volunt rempublicam non firmitate virtutum, sed impunitate vitiorura. Aug.. de doit. Dei. »