RENDU LES CHAMBRES ASSEMBLEES LES PAIRS Y SÉANT
« Qui condamne un imprimé ayant pour titre : La Passion, la Mort et « la Résurrection du Peuple, sans nom d'Auteur ni d'Imprimeur, à être « lacère et brùlè par l'exécuteur de la Haute-Justice, comme impie, sacri- « lège, blasphématoire et séditieux.
« Du treize mars mil sept cent quatre-vingt neuf.
« Ce jour, la Cour, toutes les Chambres assemblées, les Pairs y séant, les Gens du Roi sont entrés; et Me Antoine-Louis Séguier, avocat dudit Seigneur Roi, portant la parole, ont dit :
« Monsieur,
« Il vient de tomber entre nos mains une brochure, portant sur son premier feuillet : La Passion, la Mort et la Résurrection du Peuple... Imprimée à Jérusalem, 1789. Sans nom d'Auteur ni d'Imprimeur.
« Sur le seul titre de cet imprimé clandestin, nous nous sommes demandés à nous-mêmes si notre ministère devoit s'en occuper. Mais après en avoir fait la lecture, nous avons reconnu que, s'il ne renfermoit par l'impiété la plus éclatante, il ne seroit digne que du plus profond mépris. Cette production anonyme est en effet le fruit du délire d'une imagination malade, d'un cerveau troublé, d'une tête fanatique, qui, dans l'accès dont elle est agitée, rapproche toutes les idées pour les confondre, mêle le sacré au profane pour détruire l'un par l'autre, et affecte de contrefaire le langage respectable de nos saints Évangélistes,
1. La Passion, la Mort et la Résurrection du Peuple, imp. à Jérusalem, 1789, brochure de 23 p. in-8°. Bibl. Nat, Lb»9 1077.
2. F.-L.-C. Montjoye, Histoire de la Révolution en France, Paris, 1797, 2 vol. in-8«, 1. 1, p. 464-465, raconte que l'on criait par les rues, au milieu des huées : u L'Arrêt du Parlement qui condamne à être brûlées la Passion, la Mort et la Résurrection ! »
pour donner plus de force aux imputations qu'on s'est permis de faire au Clergé et à la Noblesse du Royaume.
« L'Auteur, par une dérision sacrilège, s'est attaché à travestir le récit du grand mystère de notre Rédemption. Non seulement il abuse à cet égard du texte des saintes écritures, mais encore il les falsifie ; et après en avoir adapté les circonstances au plan de folie qu'il s'est proposé, il le couronne par le sacrifice de la victime qu'il a luimême chargée de la haine de ses concitoyens.
« Le Peuple frauçois personnifié représente l'Homme-Dieu. Le Clergé, la Noblesse et la Magistrature sont désignés sous le nom des Princes des Prêtres, des Pharisiens et des Docteurs de la loi, qui accusent et poursuivent jusqu'à la mort la condamnation de l'accusé. Onle traduit au milieu de l'Assemblée de ses ennemis, et on lui demande s'il est homme, s'il est François. Il répond : Je le suis, et vous verrez dans quelques jours que je sais défendre mes droits et prouver mon innocence. Funeste allusion aux troubles de la province de Rretagne, ainsi que le démontre la conclusion de cet ouvrage séditieux! Au sortir de cet interrogatoire, l' Homme-Peuple est traîné de tribunaux en tribunaux, partout insulté, par-tout couvert d'ignominie, il est conduit enfin au lieu appelle Golgotha, où il est crucifie entre deux larrons, nommés ïun T Ordre du Clergé et Vautre l'Ordre de la Noblesse. Au moment où cette victime imaginaire est prête à expirer, la terre se couvre de ténèbres, le Plébéien pousse un grand cri, et prononce les paroles que l'Écriture place dans la bouche de notre divin Sauveur mourant.
« Quelque impie, quelque sacrilège que soit cette infâme profanation du sacrifice du Calvaire, nous nous contenterions de plaindre l'esprit égaré qui n'a pas rougi de se permettre une application, plus extravagante encore que scandaleuse ; mais ce qui doit faire trembler les plus sages, et révolter les partisans même les plus outrés de l'égalité républicaine, ce sont les paroles imprimées à la suite de cette imitation criminelle de la Passion de Jésus-Christ. Les voici : PerEoangelica dicta deleantur carnifices Magistratus et Nobilitas. Amen.
« A cet imprécation atroce, nous ajouterons un dernier trait d'animosité et de fureur.
« L'Auteur n'a pas négligé d'insérer à la suite de ce prétendu évangile quelques réflexions pour en faire connoître le but: on y lit : que cet évangile apprend que la Bretagne, la Franche-Comté et les autres provinces à Parlements, doivent bien se tenir sur leurs gardes;... que les citoyens de Nantes, de Rennes et de Besançon, méritent d'être déclarés traîtres à la patrie s'ils ne vengent l'affront sanglant fait à leurs compatriotes, en exterminant leurs assassins et les esclaves de ces lâches, en brûlant sans délai sur une place