L. POPIDIUM (L. F.) AED. 0. V. F
DiONYSIUS FULLO ROG. LIB.
Cf. no» 2974, 1041 et 998.
Cependant les éleclionj^ édiliciennes élaienl précédées inrimédiatement de celles des dnumvirs. Il n'est guère douteux que la présentation des candidatures ne se fit en même temps. Le duumvirat n'était brigué qu'après la gestion de rédilité (1) : partant, les candidatures étaient moins nombreuses. Et si la coutume n'avait existé d'honorer certains citoyens par des réélections au duumvirat, et surtout de ne conférer qu'à d'anciens duumvirs (2) le duumvirat de chaque cinquième année, qui était chargé du recensement et de la revision de la liste des décurions, et qui, grâce à ces attributions plus importantes, était entouré d'une plus haute considération et s'appelait le duumvirat quinquennal (3)^ sans ces coutumes, dis-je, les édiles sortis de fonctions seraient nécessairement arrivés tous au duumvirat. De plus, les candidats an duumvirat étaient davantage connus du public, qui avait pu apprécier leur mérite pendant la gestion de l'édilité. Aussi comprend-on que la lutte pour cette magistrature fût moins vive, les recommandations moins pressantes, moins nombreuses.
Parmi les bourgeois de Pompéi dont la candidature au duumvirat fut mise en avant en l'an 79, le plus jeune, ou du moins celui dont l'édilité était la plus récente (4), est C. Gavius Rufus. Il demeurait au nord de la première rue qui va de l'ouest à l'est, à l'ouest de la rue de Stabie. Là, dans le vico degli Scienziati, on lit encore la réclame par laquelle ses voisins avaient demandé, peu d'années aupa-
(1 ) Voyez mon Droii public rom , p. 542.
(2) Voyez Éclaire, § 4.
(3) Voyez mon Droit public rom.^ p. 547.
(4) Il fut probablement candidat à Tédilité en 75. Voyez Ëclairc, § 6.
( 2-2 ) ravant, sa candidalnre à Tédililé (1). A Taulre bout de la ville, vers le sud, non loin de la porte de Stabie, était la résidence d'un second candidat, L. Ceius Secundus (2). Il est plus difficile de déterminer le quartier qui réclamait la candidature de C. Calventius Sittius Magnns. Selon toute apparence, on le retrouvera dans la partie de la ville qui n'est pas encore mise à découvert.
. Les deux premiers candidats appartenaient à des génies dont des membres étaient arrivés antérieurement aux magistratures municipales.
Parmi les Gavii, nous citerons un L Gavius, candidat au duumvirat sur les plus anciens programmes (5), un P. Gavius Pastor, duumvir, on ne sait en quelle année (4), et un P. Gavius Proculus, qui brigua Tédilité dans les dernières années de Pompéi (5); parmi les Cei, L. Ceius L. f. Labeo, qui fut deux fois duumvir et quinquennal, comme l'atteste une inscription gravée sur le monument
(1) Bull delV Instit., 1877, p. 207.
Gavium AED. 0. V F.
ViGINI ROG.
Dans le vico del Panattiere il y avait ime maison appartenant à un M. Gavius Rufus, mais Fiorelli {Descriz., p. 187) confond à tort ce Gavius avec notre cacdidat qui s'appelait C.
(2) Nous le déduisons du grand nombre de recommandations de Ceius qui se trouvent dans cette partie de la ville. Voyez notre tableau aux Éclaire, § C.
(3) Zangemeister, ad C. I., IV, p. ± Cf. ib., n» 2897.
(5) Voyez Éclaire. § 3, n* 37. Les tab. ceratae (55-60 après J.-C.) mentionnent parmi les témoins un C. Gavius Proculus (n® 79), père peutêtre de P. Proculus, un C. Gavius Firmus (n" 60, 71, 78), et un C. Gavius Rufus (n' 7 1 ), père peut-être de notre candidat.
( 23 ) q.ii lui était dédié par son afTraDchi Menomachus (1) dans le cimetière de la gens Ceia^ hors de la porte d'Herculaneum (2), et un L. Ceius Firmus, candidat, on ne sait à quelle magislralure, dans les dernières années de Ponjpéi (3).
Le troisième candidat, C. Calventius Sittius Magnus, appartenait, par ses ascendants maternels, à la famille des P. Sittii Magni (4), plus connue dans Thistoire de Pompéi que la gens paternelle des Calventii (5). Dans la Basilique, un oisif s'était amusé à peindre sur le mur l'ébauche d'un navire et il avait été assez satisfait de son œuvre pour la signer :
RUFIO SiTTI P. SERV.
HAEC NAVE PINXET (sic).
Il y ajouta même la date : C. Caes. P. Serv. (c)os. (6), c'est-à-dire l'an 48 avant J.-C.
Si Rufio, esclave de P. Sittius, a voulu laisser son nom à la postérité, il a parfaitement réussi; mais en même temps il nous a appris que déjà à cette épo]ue il y avait
(1) G. I., X, no 1037. — Tous les Gei, mentiODDés dans le G. I , X, ijo» 1038-1040, 909, et dans les lab. cer. (de Pelra, p. 227), portent le prénom L. — Notre candidat est le seul qui ait le cognomen Secundus.
(2) Fiorelli, Descriz.y p. 417-418.
(5) G L, IV, no 1033.
(4) Voyez Éclaire, § 8.
(3^ Hors de la porte de Herculaueum se trouve le tombeau de G. GalventiusQuietus, Augustale, et probablement affranchi: « huic oh muni/icpnt, decurionum decreto H populi consensu bisellii honor datus est » G. I., X, n^ 1026. Lui ou son fils figure parmi les témoins des tab. cer., n»» 40, 68. Un grafiito (G. L, IV, n» 1331) nomme un P. Calventius Proculus. — Parmi les canMats plus récents on rencontre un M. Galventius (Éclaire , § 3> nMOI.)
(6) C. I., IV, n- 1847.
des P. Sittii à Pompéi. Il en existait encore aux dernières années de la ville. Vers l'an 76 après J.-C. un P. Sitlius Magnus avait été candidat à Pédilité (1) et, quelques années auparavant, P. Sittius Conjunctus avait brigué le duumvirât (2).
Cependant Téclat de ces fanoilles pâlissait en regard de l'illustration de la race du quatrième candidat : M. Holconius Priscus. Les fastes de Pompéi mentionnaient à chaque page des Holconii investis des dignités municipales, et les monuments publics rendaient un témoignage permanent aux généreuses libéralités de ses ancêtres. Sous le règne d'Auguste, M. Holconius M. f. Rufus avait été cinq fois duumvir, deux fois quinquennal, flamine d'Auguste, et il avait reçu du sénat municipal le titre honorifique de patron de la colonie (3). Son frère, M. Holconius M. f. Celer, fut duumvir, quinquennal au début du règne de Tibère et prêtre du divin Auguste (4). Les deux frères bâtirent â leurs frais le grand théâtre de Pompéi (5). Nous rencontrons encore une Holconia M. f., prêtresse publique (6); en 23 après Jésus-Christ le duumvir M. Holconius Gellius (7), en 40-41 le praefectus juridi-
(1) Voyez Éclaire, §§ 4 et 6.
(2) Voyez Éclaire, § 6. — Les inscriptions mentionnent, outre les P. Sittii, aussi des M. (C. I., X, n»» 885-887), et des L. (tab. cer., de Petra, p. 229).
(3) C. I., X, no« 830, 838. Cf. n»» 787, 890. [Â) C. I., X, no- 859, 944, 943, 946.
MM. Holconii Rufus et Geler cryptam tribunalia theatrum . Voyez Fiorelll, Descriz.^ p. 355. ^
(6) C. T., X, no 950. ^
ciiiido Caesaris quinqueonalis M. Holconius Macer (1). Toutefois la branche illustre des Holconii Rufi n'était pas éteinte. Sur les tablettes de cire (2) Ggure, en 57, comme témoin un M, Holconius Rufus. Peut-être est-ce lui le quinquennal plus récent M. Holconius M. f. Rufus, désigné dans des graffiti qu*on lit dans la Basilique (5), et dont il semble rester encore un fragment de recommandation (4). Mais sur tes mêmes tablettes nous rencontrons, pour la première fois, un M. Holconius Pr(iscus) (5), sans aucun doute proche parent des deux M. Holconii Priscî, qui ont été candidats dans les dernières années de Pompéi, l'un à Tédilité en l'année 78 (6), l'autre, qui avait déjà géré, ce semble, le duumvirat et le briguait en- l'an 79 pour la seconde fois (7).
Voilà la situation sociale des citoyens de Pompéi disposés à briguer les fonctions municipales en l'an 79, si le
(1) C. I., X, n« 904. — Sur la nature de celle magistrature, voyez mon Droit public rom., p. 547.
(3) C. I.,lV,no»1886J918.
(4) C.I.,IV,n°2927.
(5) No 58.
(6) Sur Tannée et sur la distinction à faire entre les deux Holconii, voyez Éclaire, § 6.
(7) Voyez Éclaire, § 5. — On trouve encore parmi les candidats à Tédilité un M. Holconius Pinus et un C. Holconius Serenus (Éclaire, § 3, n«« 38- 39). Sauf le dernier, tous les Holconii connus portent le prénom M. Les tab. cer. citent parmi les témoins un M. Holconius Jucundus (n<" 75, 83: dans le dernier n» le texte de de Peira donne, par erreur d'impression sans doute, le prénom N ), qui élait un affranchi. En 32 il était encore esclave d'un Holconius Anteros (C. I., X, n» 899), affranchi lui-même, à en juger d'après son cognomen grec. — Les tab cer. permettent de rectiOer certaines erreurs qui se trouvent dans Particle de Fiorelli sur les Holconii, inséré dans le Giornale degli scavi^ 1861 , pp. 30-31.
( 26 ) public les encourageait à poser leurs candidatures. Le signal une fois donné par le voisinage (I), les affiches demandant la présentation de l'une ou l'autre de ces diverses candidatures se multipliaient dans les autres quartiers de la ville. L'intérêt, la sympathie ou les alliances de familles 'guidaient spécialement les réclamants.
Pompéi, comme toutes les cités de l'Empire, possédait de nombreuses associations de toute nature, des collegia ou sodalicia, qui conféraient l'honneur du patronat à des membres de familles influentes. Il était de leur devoir et dans leur intérêt de faciliter aux membres de ces familles l'accès aux fonctions publiques.
Sera-t-on étonné que les orfèvres de Pompéi aient réclamé tous la candidature de l'opulent Cuspius Pansa? Sur le mur d'un grand édifice public qui se trouve au forum, ils ont fait peindre l'affiche (C. L, IV, n*»710) :
CuspiUM Pansam aed.
AURIFICES UNIVERSI ROG.
La même candidature (et probablement pour le même motif) est demandée par la nombreuse corporation des lignari (2). Les lignari, ce ne sont pas seulement les
(1 ) On lit encore les recommandations électorales des viêini en faveur de plusieurs candidatures d^années antérieures, des candidatures à l'édililé de À. Vetlius Gaprasius Félix (C. L, IV, n» 204), de Â.yettius Firnius (no 171) et d'ÂmpIiatus (n<* "âOTS), des candidatures au duumvirat de Tl. Claudius Verus (n<*« 307 et 440) et d'Epidius Sabinus (n» 105d), et de celles à la quinquennalité de Poslumius Modestus (n<> 778) et de Veranius Hypsaeus(no 193). — Sur la date de certaines de ces candidatures, voyez Éclaire, § 6.
(2) C. F., IV, no 960:
CuspiuM Pansam
AED. LIGNARI UNIVERSI ROG.
marchands de bois, les ébénistes, Iqs menuisiers, mais encore les charpentiers et, en général, les entrepreneurs et ouvriers de bâtisses. Seulement, les lignari réclament, outre la candidature de Pansa à Tédilité, celle de Holco- DÎus Priscus au duumvirat (1), par deux affiches peintes dans la rue de Stable, tout près des Thermes, Tune à droite, l'autre, vis-à-vis, à gauche de la rue (2), tandis que la candidature de Casellius à l'édilité n'a pu recevoir le patronage que d'une section des lignari, les lignari plostrari, les charrons (3), Ceux-ci ont affiché leur demande à la porte de Noie, passage fréquenté par la population rurale. Les cultivateurs sont les clients ordinaires des charrons, et Casellius jouissait de la sympathie des campagnards. A preuve cette affiche, peinte près de cette même porte de Noie (C. I., IV, n° 490) :
M. Casellium Marcellum
AED. AGRICOLAE ROG.
< La candidature de Casellius est demandée par les
(1) C.I,lV,no95l :
HOLCONIUH II V. I. D.
LitiNARI
(2) Fiorelli, Dèscriz., p. 570.
(3) C. I.,IV,n<»485:
Marcellum aed. lignari
PLOSTRARI ROG. LASSI CUM (F)ABIO ET CRIMIO ET C. NlSIO I{N)FANTIONE DBIQ(UE)
Il y ava't à Pompéi une gens Lama. Cf. C. I., X, n» 1074 ;
Lassia m. F.
Sacerdos publica Cereris d. d.
(28 ) agriculteurs. > Casellius était-il par hasard le candidat des intérêts agricoles?
Cependant les fruitiers de la ville, les pomari, ne sem* blent pas avoir fait cause commune avec les campagnards. Les fruitiers aimaient à intervenir dans les recommandations électorales. Dans la rue de Mercure, rue importante du quartier nord ouest, où était le centre de leur conrimerce, on ne lisait pas moins de quatre affiches des fruitiers [i]. Trois se rapportent aux élections de Tan 79. A rentrée même de la rue, à Tare de C. Caesar, Tune, à gauche, réclame Tédilité de Helvius (2); l'autre, à droite, celle de Cerrinius (3); quelques maisons plus loin, à gauche, les fruitiers demandent tous (pomari universi) la candidature de Holconius au duumvirat (4).
(1) Cuire les trois qui suivent, il y a (C. I., IV, n» 206) une recommandation eu faveur de Tédilité de M. Holconius Priscus, qui avait été candidat en 78 (Éclaire , § 6). Il y a de plus une aflfiche qui n'émane pas des pomari, mais qui les exhorte à voter en faveur de Vettius Firmus, candidat à rédilité en 76 et 75. (Éclaire , § 6.) C. I., IV, u» 185 :
FlRlfUM
Vettium
AED. 0. V. F. DIGN.
EST. POMARI FACITE
(â) G. I., IV, no 180. L'inscription mal copiée porte: M. Enium Sabinun
AED. POMARI ROG.
Il s*agitou de M. Epidius ou de Cn. Helvius : mais plutôt de celui-ci» la lettre n ayant été lue plutôt pour Iv que pourpiVf.
(3) C.I.,IV,nM49:
M. Gerrinium
AED. POMARI ROG.
(4) G. r, IV, no 202 -
M. HOLCONIUM
POMARI UNIVERSI PRISCUN 11 VIR. I. D.
GuM Helvio Vestale rog.
Parmi les personnes qui réclament en nom propre la présentation de certaines candidatures, il ne manque pas de boulangers. Nous avons déjà mentionné le boulanger Genialis (1).
Mais, comme corporation, les boulangers interviennent plus rarement. Il était sans doute difficile de concilier les intérêts de tous et de faire taire les préférences que leur clientèle imposait à chacun d*eux. Il est vrai, peu d'années auparavant, ils s'étaient déclarés tous et avec instance pour une candidature au duumvirat (2) :
c. julium polybium ii vir 0. v, f,
{Mu)ltum pistores rogant
Le motif de l'enthousiasme des boulangers pour le duumvirat de Polybe se devine peut-être quand on lit cette autre affiche par laquelle un électeur de la rue de Noie avait recommandé antérieurement l'édilité de Polybe (3) :