‹ Les élémens primitifs des languesChapitre 2 sur 41 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Il J a peut-être de l'imprudence à proposer de nouvelles idées sur les principes et la formation des langues, après que tant de savans se sont exercés sur cette matière. Oseroit-on se flatter de découvrir ce qu'ils n'ont pas aperçu , et de trouver un système plus satisfaisant et plus complet que ceux qu'ils ont suivis ? Sans être aussi habile qu'eux, on peut être plus heureux. Dans toutes les sciences , on ne parvient ordinairement à la vérité qu'après des tentatives réitérées ; les travaux de ceux qui nous ont précédés sont autant de pas qui nous en approchent : plus nos maîtres ont fait de chemin , moins il nous en reste à faire ; et si nous trouvons enfin le vrai , c'est qu'ils ne nous ont laissé qu'un court intervalle à franchir. Déjà plusieurs grands génies ont soupçonné que les racines des langues anciennes pourroient bien être les mêmes que celles des langues modernes 5 mais personne n'avoit encore entrepris de le vérifier par un parallèle exact et suivi : il étoit temps d'oser le tenter. Les dissertations que l'on donne au Public ne sont que les préliminaires d'un ouvrage plus considérable dont elles développent les fondemens et la méthode. Si elles sont accueillies favorablement, ce sera le plus puissant attrait pour encourager Fauteur à surmonter les dégoûts d'un travail ingrat et pénible ; si elles sont rebutées, il doit abandonner entièrement son dessein. L'on auroit pu grossir aisément cet ouvrage par une apparence d'érudition capable d'en imposer au commun des lecteurs • mais on cherche à mériter des suffrages et non pas à les surprendre : dans un essai que l'on propose avec timidité, il convenoit de se borner au pur nécessaire. L'Auteur pourra donner de plus amples éclaircissemens à la tête du Dictionnaire des Racines, et il recevra avec reconnoïssance et docilité toutes les observations que l'on voudra bien lui adresser par la voie des Libraires.

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