‹ Les eléments d'une renaissance françaiseChapitre 20 sur 20 · Mi;\ 1 - Il · texte numérisé non relu

Mi;\ 1 - Il

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I*uiu' pr*'inlrt' i oii.stit'uci- ilc uotrc àiiio iiiV^U'i'ieiise, il faut, de temps à autre, aller clans des eudroits, couuue le Jardin des Plantes, où vivent île sauvao^es animaux et où croissent des lleurs donie^^tiques. Ces lieux sont tout emplis d'une verdure iihondanteet douce. Les tilleuls, qui bordent les avenues, se rejoijj^nent un peu au-dessus du sol sablonneux, afni de former de ])ucoliques voûtes, tout à tait propres à la uiéditation. Il est délicieux de s'y promener, ([uand le ciel frissonne aux prismes des feuilles. Là. chacun doit convenir que nous somuies liés, d'une uianière extrèmeuient profonde, aux métaux et aux végétaux ; aucun liouime ne peut perdre de vue cette joyeuse et antique nature, dont un Ficlite, un (rd'tlic, un Renan ij^^noreront toujours les délices, parce (juils leur préfèrent le monde des ])ensées.

Cependant, pas un livre humain ne nous dévoilera

ir notre être plus de sérieux secrets que cet arbre iiduleux, cette sarcelle dont les ailes battent le limon du noir bassin, ce cèdre anti(|ue de ([ui les torî'cntielles ramures descendent pleines de grondements verslegazon des terres. C'est dansdes endroits

inblables que jaime quelquefois goùtei' du repos.

)ii y entend l'orageux murnnire des feuillages. Au

devant de nous, sur les pentes, des pelouses .s*agi-

!cnt mélancoliquement. C(^ spectacle est d'une grande

douceur.

•^lO ELEMENTS I) UNE RENAISSAXGE FRANÇAISK

A voir ces végétaux, ces beaux lio^s douloureux, ces macreuses qui s'ébattent dans les eaux du bassin, comme nous sentons s'éveiller, tout à coup, l'obscur sentiment des fraternités qu'inspire la totaie création î Tant d'êtres, amassés là, dans ces parcs, nous émeuvent, à la manière de frères à peine achevés, comme si nous les reconnaissions, puisque nous les avons aimés, aux âges antiques, quand nous étions en Paradis, et bien avant, quand nous mêlions notre existence à la grande vie universelle des plantes, des rochers et du sombre azur J

De tout cet immense amour qu'inspira sans doute, jadis, à l'homme élémentaire des âges préhistoriques, la vue des animaux de la terre même et des végétaux qu'elle nourrit, nous gardons encore, aujourd'hui, une sorte de pitié éperdue, en présence de ces créatures si inférieures. A part certaines bêtes domestiques, aucune ne nous intéresse plus. Mais les abeilles, les chiens et les colombes nous semblent encore d'une attendrissante apparence.

C'est que ces animaux nous appartiennent. Ils font partie de la famille au même titre que la servante, que les fleurs rougeàtres du rosier et que les lierres dont s'environne la porte du seuil. Peut-être d'ailleurs nous paraissent-ils moins loin de nous. Gomment ne point les chérir, ces délicates petites levrettes, si fines, si fluettes sur leurs pattes légères et qui nous font craindre un subit brisement ! Comment ne pas prendre intérêt aux maux dont souftre un âne, un agneau ou un chardonneret, puisqu'ils

>(>iil associes à notre existence* même. i)uis(|uils endeiiieuront les fidèles témoins, puis(iu*iis savent sur MOUS tant détraui^es secrets, sans nous les avoir arrarliés. puis(ju'ils participent à notre infortune et à nos triomphes, tl'une manière plus profonde encore que bien des personnages du voisinage?

Nous ij^norons leur j^énie.Nul doute qu'ils ne comprennent tous nos détours. Ces noires hirondelles, dont le vol luisant fend les airs, qu'elles sont fidèles à la maison ! Je me souviens de l'allégresse où me mit, l()ngtemi)s, leur retour, comme j'étais encore iiix jours de l'enfance. Nous habitions, à la canq)a- ,ue, une maisonnette, toute teinte de lierre et qui -cmblait sortir d'un rouge a})ime de roses, tant il • Il poussait dans l'étroit jardin. (Chaque printemps, nous guettions la grâce des hirondelles. Les lumières de l'aube coloraient la plaine, quand nous les voyions revenir, volantes troupes, dans le haut ciel dazur sauvage. Leur retour nous comblait de joie. Sitôt (|u'elles distinguaient notre innocente maison, plusieurs d'entre elles se détachaient du groupe, «Iles coulaient comme des flèches vers le berceau de luiles. tourbillonnant, une dernière fois, peut-être pour saluer leurs conq)agnes î

Avec les hirondelles, nous ne l'ignorions [)as. le {•rintemps déjà s'était mis en marche vers le bourg. Nous regardions, en proie aux plus graves espérances. Nous sollicitions les oiseaux. Des niyrtes. tout à coup, ruisselaient, formaient de rayonnantes couronnes. Alors on ouvrait les fenêtres, afin de laisser pénétrer la brise, les parfums tlu printenq)s et la chaleur du jour.

La servante nettoyait les carreaux longtemps clos. De douces vitres, extérieurement verdàtres, étincelaient dans le matin. On faisait, sur les murs, ruisseler l'eau et l'écume du jour. 'Dans le parc, on mettait des fleurs d'une coloration tiède et éclatante. De nouveau, nous allions dehors, sur les chemins, quoi<[ue nous tussions tout enfants. Nous en avions la permission. Les chemineaux traversaient le village. Leur passage était attendu comme les hirondelles et comme le printemps. L'espace de l'azur semblait gai, et les jeunes rosiers du jardin prenaient plaisir à s'environner de roses fortes.

Je me rappelle encore notre étonnement quand les hirondelles, dans les airs, tout à coup, sinnno- Ijilisaient, les ailes droites, glissantes en silence, sans paraître aucunement remuer. Des oiseaux fuyaient, magnifiques, dans l'immense aurore du printemps.

A cette époque, les tout petits entants lisent les tictions de La Fontaine. Ce poète me parut le plus sublime du monde : « Ah ! pensai-je, quel exquis génie ! Voilà donc un homme qui sut pénétrer les sentiments dont se nourrissent les formes d'être antérieures à nous, et il les a vus si semblables aux nôtres que la conversation des animaux, leurs entreprises et leurs rêveries nous enseignent plus encore sur notre esprit que ia plupart des traités dé morale. L'impérissable innocence ! Quelles délices il dut éprouver, ce grand homme, chaque fois qu'il rencontrait, dans ses promenades, un agneau broulant la bruyère amère, une sarcelle qui nage dans les eaux, ou quelque innocente tourterelle abritée

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au llîiiu' d'un nid de {)ailles l)leues'. Il sxïntretenait,

i!is nid doute, avec eux. Leur existence ne lui < rliappait j)()inl, etc.. » Tels sont les sentiments <|u"inspire ce t'ahidiste aux àgcs d'enrance.Les chiens avec lescjuels j'avais lié connaissance et les blanches jtoules de la basse-cour ravissaient mon Ame par leur seule couleur, et leurs cri^ dont l'air était déchiré, leurs cris im^ transportaient dans un monde de chimères.

Mais, aujourd'hui, je ne vois rien de plus pédant (|ue La Fontaine. Les apologues m'emplissent d'ennui. Faire parler les «uiimaux, connue des docteurs rn Sorbonne. c'est un bien sini>^uHer dessein.

Ah! ces plantes, ces aninxaux, nous ne connaîtrons jamais à quel point ils nous sont précieux et chers ! (a's êtres nous tiennent d'une manière infiniment lorte. Et certes, s'ils nous inspirent d'attendrissan- Ics pensées, c'est moins à cause d'une fabuleuse l'ra- Icrnité, conmie le prétendent les botanistes, que parce qu'ils demeurent liés à nous, associés à nos travaux, à nos peines et à nos extases, parce qu'ils assistent aux circonstances du monde.

En vérité, pour ma part, je ne pourrai jamais voir aucune hirondelle, en (juelque endroit (|ue je sois, sans me rappeler toute mon enfance et notre allégresse au printemps, sans considérer de nouveau toutes les scènes familiales aux({uelles le printemps donnait lieu, et sans revoir, dans mon esprit, la vieille servante, l'antique repos de Dieu et la paix silencieuse de la maison.

!2I I KLKMKNTS 1) INK IIEXAISSANCK MIANÇAISE

Ces rêveries nroccupaient, hier, en pensant à I'^a'position canine, organisée au Jardin d'Acclimatation. L'allée ombreuse était couverte d'un sable éteint. Les rameaux des arbres penchaient vers le sol de magnifiques touffes de ténèbres.

A quelles existences — malheureuses, joyeuses — participent ces graves animaux ? De quels spectacles sont-ils témoins ? Ah ! s'ils pouvaient parler, si leurs tristes regards n'étaient pas en quelque sorte clos sur l'abîme ! — Dans cette situation d'esprit, tant de chiens délicats, précieux, petites bêtes de luxe groupées là. me parurent soudain plus mélancoliques.

{6 juillet i8gp.)

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