ÉLÉMENTS DE LA SOCIETE FRANÇAISE
Les nations commencent par l'unité, parce quelles ne sont que l'expansion de la famille. Elles s'en éloignent par leur accroissement. Elles tendent à y revenir , parce que l'unité garantit l'existence.
Peuplée de bonne heure , et à l'époque où l'histoire n'exerce encore aucun droit, la contrée qui est
(l) De Boxald. Rapport à la Chambre des pairs, 15 novembre
aujourd'hui la France, reçut probablement une double
immigration ; Tune vint d'au delà des Pyrénées , remonta vers la Loire , le long du Rhône , et s'étendit sur le littoral méditerranéen , jusqu'à l'extrémité de la Sicile. (1) L'autre, venant de l'Est, fut le premier de ces flots humains, qui, pendant des siècles, se sont précipités vers l'Occident , pour le ravager ou le conquérir.
Les Phéniciens et les Grecs , par leurs établissements méridionaux et maritimes, communiquèrent aux peuplades voisines , leurs habitudes industrieuses , et développèrent en elles ce génie souple qui aime les lettres et les arts utiles. Etendue par le commerce , leur influence fut durable, et leurs traits ne sont pas encore entièrement effacés.
Les Romains les suivirent. Alliés de certaines villes , ils avaient préparé la conquête par la politique. Ils profitèrent des divisions intérieures de ces populations que la discipline et le courage n'auraient pas vaincues , ni la tactique domptées, et qu'un secours, habilement offert et imprudemment accepté , dans l'aveuglement des discordes , leur livra sans retour.
Il y avait entre les populations Italiques et Gauloises une étroite parenté. L'origine était probablement la môme; le génie ne différait pas. Mais Rome avait grandi par la vertu, ou du moins par une politique qui en revêtait les apparences. (2) Elle avait étendu
(1) Cette opinion exclusive prévaut, aujourd'hui, en Allemagne.
(2) « Dans une circonférence très-petite, elle s'exerçait à des vertus qui devaient être si fatales à l'univers. » Montesquieu. 67msidéralions, en, 1.
ses domaines par la supériorité des armes, le gouvernement d'un roi qui ne mourait pas: le sénat, l'union devant l'étranger , et un but toujours poursuivi : la conquête du monde.
La Gaule généreuse, brave, avide de gloire, avait rempli le monde de son nom et usé ses forces dans des expéditions aventureuses. Puis, elle avait tourné contre elle-même son courage , et , fière de son passé , imprévoyante autant que riche, elle avait prétendu se suffire , et elle était restée stationnaire.
Les armées romaines l'occupèrent après une conquête chèrement achetée, et marquée par des actes de cruauté qui dépassent tout ce que nous savons de la soumission des autres peuples. La culture des vainqueurs — nous ne voulons pas dire leur civilisation — l'enveloppa , la séduisit et la façonna. La force religieuse, la seule qui eût pu soutenir et féconder le sentiment national , était éteinte ou affaiblie. L'indifférence avait gagné ceux pour qui autrefois la parole d'un Druide venait du ciel, et qui retrempaient leur foi dans des rites teints de sang. Le sacrifice humain avait cessé, et c'était un progrès de Tindiffé* rence, plutôt que de l'humanité, par conséquent une diminution de foi et un signe de décadence*
La Gaule devint une seconde Italie. Elle en accepta l'esprit et en subit les besoins. Aussi , lorsque Rome , après l'anarchie , se consuma dans les bassesses et les cruautés de l'empire,» sa conquête, dégénérée dans sa vaillance même , parce que le despotisme est mortel pour tout ce qu'il touche , ne garda que deux choses î une organisation intérieure qui flattait l'orgueil
des villes, et un certain renom littéraire qui suppléait au patriotisme, à la liberté et à la gloire.
Les Barbares vinrent. La Gaule fut pour eux une proie. Ils la pillèrent dans un rapide passage qui ne laissa que des ruines. Un de ces peuples occupa le cours de la Saône et du Rhône; l'autre s'établit le long des Pyrénées. Presque au même moment, la Gaule septentrionale recevait de nouv eaux hôtes. Ceuxlà étaient depuis longtemps connus et redoutés des Romains. On les avait vaincus quelquefois et on s'en glorifiait avec la jactance qui est le signe de la faiblesse. Dans Rome dégénérée , la victoire sur un millier de soldats Franks était aussi glorieuse que la défaite d'un million de Perses. (1) Aussi avait-on essayé d'intéresser au maintien de l'empire ces redoutables ennemis; et, pendant que quelques tribus semblaient préparer de nouvelles expéditions, d'autres formaient sur ce Rhin qui était alors la frontière de la Gaule , et qui n'est plus hélas! celle de la France , une ligne défensive.
Les Franks descendirent vers cette Gaule que tous les peuples d'origine germanique ambitionnaient, et où ils devaient atteindre la plus haute destinée.
Peu de temps après, l'établissement des Bretons dans la presqu'île soumise , mais non domptée par les armes romaines ; trois siècles plus tard , la domination éphémère des Maures, le long des Pyrénées, et enfin en 911, la formation d'un état par ces hommes que
(1) Voyez Flav. Vopisc» Hist. Aug., p. 310.
Pasquier (1) a loués avec tant d'amour, achevèrent le tableau, du moins dans ses grandes lignes, des éléments humains qui ont constitué ce peuple dont malgré de cruelles catastrophes et un douloureux affaiblissement, l'histoire n'est pas finie dans le monde.
Le Gaulois avait l'habileté de la parole et le courage militaire. Cest le témoignage que lui a rendu un austère Romain. (2) C'est ce que constate dans son rapide et intéressant récit, le général habile qui ne put le soumettre qu'après dix laborieuses campagnes. (3)
Le Romain apporta le génie de l'organisation, la force de la discipline, le respect pour l'autorité. A son exemple , et par - son influence s'accrut cette habitude ancienne en Gaule, (4) de s'approprier tout ce qui pouvait donner une supériorité.
Le Germain fit prévaloir l'indépendance du caractère et porta très haut le respect pour la force. Il avait, dans sa violence môme , quelque chose de chevaleresque ; et, mêlé aux éléments réunis sur ce sol où tous les peuples semblaient s'être donné rendez-vous pour former un peuple modèle , il y imprima sa trace.
Bornée à quelques villes, la conquête des Francs s'étend au nord de la Gaule. L'empire n'était qu'un
(U « Tant eut vertu et puissance ce sang normand conjoinct avec l'illustre sang de France. » Pasquier. Reclicrclies, liv. l or , ch. 12. Paris 1607.
(2) On a souvent cité ce mot de Caton l'ancien : La nation gauloise aime passionnément deux choses: bien combattre et finement parler.
(3) Cœs. de bell. galJ. liv. VI, ch. Il et suivants.
(k) Ut est summx genus solerlix, alque ad omnia imilanda, alque efficienda qu% ab quoque tradantur aptissimun. (Cœs. de beli* gall. VIL 22.)
fantôme , lorsqu'un roi barbare détrôna , et laissa mourir ignoré, celui qui, le dernier, sans ambition et sans vertu, sous un double nom que l'histoire a conservé comme une dérision, avait été couvert de la pourpre impériale. Presque à ce moment, (474) les Franks qui avaient combattu Attila, d'accord avec les Romains, s'inclinaient volontairement, pendant huit ans, sous la loi romaine du général iEgidius, et ce fait suffit à peindre une situation.
Devenus chrétiens, les Franks reçoivent un esprit nouveau. Assurément, il y avait des vertus au sein du paganisme, et les nobles inspirations, n'y manquent pas plus que les actions généreuses. Mais, combien l'homme devient plus grand, lorsque la vérité religieuse éclaire son intelligence et guide ses actes!
Rome païenne était tombée sous sa corruption, et Rome chrétienne préludait à cette domination morale qui devait régénérer le monde. Les peuples barbares subissaient son influence et se transformaient. Ce travail s'accomplit lentement, car il demande une adhésion libre de l'esprit , et une soumission volontaire du cœur. Chrétiens, les Franks ne dépouillent pas le vieil homme, et l'on retrouve toujours chez eux, des passions trop chères à la nature humaine , pour qu'elle y renonce sans retour.
Mais toute résistance cède à l'action de la foi , et à la pénétration de la charité. Que n'auraient pas été les premières années de notre histoire , sans cette douce et puissante influence! Sans doute, nous avons à flétrir des bassesses et des crimes. La violence règne et le sang coule. Mais pour être juste envers ces
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temps, il faut se demander de quels excès nos ancêtres se seraient rendus coupables, s'ils n'avaient eu pour éclairer leur esprit , la foi chrétienne , et pour retenir leurs passions, le frein de l'enseignement, de l'exhortation et de l'exemple.
Les peuples ne se transforment que lentement, et l'homme, n'aliénant jamais sa liberté, offre toujours des contrastes qui arrachaient à un sceptique cette parole : « Je ne sais si la nature peut présenter un objet plus étrange et plus difficile à pénétrer que ce que nous appelons un animal raisonnable. Il y a là un chaos plus embrouillé que celui des poètes. »■ (1)
Les Franks conservèrent après la conquête , leur gouvernement. Ils obéirent à des chefs choisis dans une famille dont la noblesse était ancienne. (2) Indépendants les uns des autres , unis par la communauté d'origine et par l'intérêt , ils furent bientôt divisés par l'ambition , et le plus fort , ou le moins scrupuleux , eut raison de. ses rivaux.
Avant d'arriver à son organisation définitive , le pouvoir passe par plusieurs phases. On accepte d'abord celui dont l'autorité s'étend d'une famille à plusieurs , puis , celui que son ambition , ou les circonstances font le maître ; on choisit dans la même
(1) Bayle. Met. hist. et critique. L'homme,
(2) Tacite. Germanie , VU,
famille , l'homme le plus propre à commander , et , comme l'incertitude et les compétitions engendrent des malheurs , on recherche les avantages de Fhérédité. L'organisation de la famille sert ainsi de modèle à celle de la société. Le pouvoir se transmet comme la vie.
Il y eut , dans la Gaule , une phase intermédiaire. Au choix dans la famille, succéda le partage du pouvoir entre tous les fils. Dans ces tribus encore distinctes, le pouvoir n'était pas assez fort pour s'étendre sans s'affaiblir , et si l'on trouvait des inconvénients à faire un choix , on voyait des avantages à multiplier les chefs.
Ces avantages sont passagers et le danger apparaît dans toute son étendue. Mais l'ambition des grands maintient la division du pouvoir. Le roi tombe en tutelle, et lorsque la paix de Paris, (613) eut reconnu l'hérédité dans la mairie du palais , comme dans la royauté, le roi n'est pas celui dont le nom figure dans les actes publics , et devant qui l'on s'incline avec une déférence superbe, mais celui qui se fait obéir.
Une double influence sollicite alors le pays : le génie romain qui est l'autorité , et le génie germanique qui est la liberté. Le christianisme s'efforce d'obtenir une pénétration mutuelle , de les compléter , par leur diversité même , et de les vivifier , en élevant , tempérant, moralisant et fécondant leur action.
Notre histoire, de 481 à 752, est tout entière dans la lutte entre l'esprit Gaulois devenu romain et l'esprit Germanique, Là où nous ne voyons, trop
les armes en Italie, pour la défense du Saint-Siège. Il voulait dans le monde , deux grandes figures ; le Pape et l'empereur , deux puissances devant lesquelles pendant la longue période de reconstitution sociale, tout s'inclinât, dans Tordre moral et dans Tordre politique : la Papauté et la France.
Par une restitution des biens enlevés au Saint-Siège, par l'acceptation de la couronne impériale des mains du souverain pontife , il prouvait à Tempire dont il était le chef , que Tindépendance temporelle de la papauté était une nécessité pour la société chrétienne, et que tout pouvoir a une origine supérieure à la naissance, au choix populaire ou au hasard d'une ambition heureuse.
Ce grand roi d'un grand peuple, que l'imagination du moyen-âge a vu sur le Rhin, embrassant l'Allemagne et la France , pour combiner leurs vertus et accroître leurs forces, a eu la gloire d'être l'instrument du plus vaste dessein de Dieu sur les sociétés humaines. Il
nous donna un noble exemple, et nous créa d'immenses devoirs. La France dès ce moment peut être appelée le soldat de Dieu. Sa voie était tracée, et lorsque l'Empereur fut couché dans sa tombe, il resta par sa gloire et par ses institutions, la force qui soutint au milieu des plus cruelles épreuves , sa race immédiatement dégénérée.
Par lui, le mouvement vers l'unité s'accéléra , les éléments se rapprochèrent pour se féconder , la culture romaine devenant civilisation, par l'influence chrétienne, reçut une force inconnue ; la langue, le témoin le plus indiscutable de l'état d'un peuple, et le signe le plus
éclatant de sa vie, se dégagea, et la France devint une nation.
Les conséquences de ce grand règne et l'influence de ce puissant génie , nç se montrèrent pleinement qu'à l'avènement de la troisième race. La France a son
nom , l'hérédité est établie, et la division faite par le
traité de Verdun, en 843, est définitive. Qu'importe que la puissance soit faible , le domaine royal peu étendu , l'autorité limitée par les prétentions ou les droits de la féodalité! Dès qu'une chose a un nom, ses destinées ont commencé.
La royauté française est sortie d'un long et laborieux enfantement. Expression vivante et nécessaire des aspirations et des besoins de la nation, elle est chargée de la défense de ses intérêts, elle est dépositaire de ses destinées. Il lui appartient de tracer la carte de France , et de faire de ce peuple , le premier peuple du monde.
La première race avait vu la lutte des vainqueurs et des vaincus; la seconde s'efforça d'infuser dans les veines de la barbarie , un sang vivifié par les croyances chrétiennes ; la troisième réalisa cette fusion désirée par le grand empereur et retardée par ses successeurs impuissants. Elle eut pour mot d'ordre et pour but : l'unité. Son mérite devant l'histoire est d'y avoir été fidèle, malgré des faiblesses, des malheurs et des crimes.
Ce travail de fusion intérieure et d'influence au dehors marche rapidement. La constitution se forme, non pas de dessein arrêté, mais par la lente et sûre élaboration du temps. Elle n'est pas plus écrite que
les armes en Italie, pour la défense du Saint-Siège. Il voulait dans le monde , deux grandea figures ; le Pape et l'empereur , deux puissances devant lesquelles pendant la longue période de reconstitution sociale, tout s'inclinât, dans Tordre moral et dans Tordre politique : la Papauté et la France.
Par une restitution des biens enlevés au Saint-Siège, par l'acceptation de la couronne impériale des mains du souverain pontife , il prouvait à Tempire dont il était le chef , que l'indépendance temporelle de la papauté était une nécessité pour la société chrétienne, et que tout pouvoir a une origine supérieure à la naissance, au choix populaire ou au hasard d'une ambition heureuse.
Ce grand roi d'un grand peuple, que l'imagination
du moyen-âge a vu sur le Rhin, embrassant l'Allemagne
et la France, pour combiner leurs vertus et accroître
leurs forces, a eu la gloire d'être l'instrument du plus
vaste dessein de Dieu sur les sociétés humaines. Il
nous donna un noble exemple, et nous créa d'immenses devoirs. La France dès ce moment peut être appelée
le soldat de Dieu. Sa voie était tracée, et lorsque l'Empereur fut couché dans sa tombe, il resta par sa gloire et par ses institutions, la force qui soutint au milieu des plus cruelles épreuves , sa race immédiatement dégénérée.
Par lui, le mouvement vers l'unité s'accéléra , les éléments se rapprochèrent pour se féconder , la culture romaine devenant civilisation, par l'influence chrétienne, reçut une force inconnue ; la langue, le témoin le plus indiscutable de l'état d'un peuple, et le signe le plus
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souvent, que des ambitions personnelles , se manifeste où se cache un antagonisme de principe. Il y a des deux côtés , mais à un degré inégal , une même influence religieuse. L'Austrasie et la Neustrie sont catholiques , comme le Midi et l'Est , car l'arianisme n'eut pas une longue durée : ce qui diffère , c'est l'esprit. Il faut que la Gaule plie sous le rude génie des populations germaniques , qu'elle le soumette , ou que , par une combinaison habile , dont de grands rois et le temps furent les ministres, elle n'en fasse qu'un avec le sien.
La mission de la seconde race fut de réaliser cette conciliation et de la faire servir à la grandeur de la patrie commune.
Un homme résume ces efforts , et sa volonté dirigée par une vaste intelligence lui permet de les harmoniser dans l'intérêt présent , et pour l'avenir de la noble nation dont il est le chef. C'est celui dont « la grandeur a pénétré le nom » (1) et dont
le génie , après avoir illustré un long règne , illumina les siècles suivants.
Gharlemagne est le centre où aboutit un monde en formation , et d'où il s'échappe , déjà pénétré d'unité ,
d'ordre et de . grandeur. Il réunit les vaillantes et
rudes qualités de l'esprit germanique , aux influences plus douces du génie romain. Il ne veut pas détruire mais édifier. La révolution morale dont il est l'auteur
et le guide , est symbolisée dans une de ses recommandations. D'après ses ordres , toute pierre portant
(l) De Maistre. Considérations sur la France.
une sculpture ou une inscription ancienne , employéedans une construction nouvelle, devait être placée de telle sorte que sa conservation fut assurée. (1)
Il se servit ainsi des débris de la culture romaine, pour composer la civilisation que le christianisme donnait à l'individu , et par lui à l'ordre social. Le christianisme avait vaincu l'homme. Il s'agissait de lui faire vaincre la société. La victoire ne sera jamais complète, parceque « la vie de l'homme est un combat sur la terre » (2) et que nous allons toujours vers ce qui est défendu , désirant ce qu'on nous refuse ; (3) mais il est des résultats que l'on peut obtenir , et le bonheur pour l'homme , la gloire pour un chef de peuple, sont le prix de ces efforts généreux.
Charlemagne a compris le besoin de l'unité religieuse sociale et politique. Il s'efforce de la réaliser avec une ardeur dont l'histoire garde de nombreux témoignages. Il est le propagateur de la foi chrétienne. Les procédés qu'il emploie ne sont pas sans doute en harmonie avec une tolérance indifférente ou raisonnée, ni avec la charité, mais il avait une idée exacte des conditions de l'existence de toute société, et la volonté d'assurer le solide établissement de cet édifice, assis sur les deux rives du Rhin et qui dépassait les Alpes.
Il le prouva, lorsqu'à l'exemple de son père , il porta
(1) C'est ainsi (ju'ii dépouilla de ses marbres Ravenne, pour en enrichir Aix-la-Chapelle.
La recommandation de Charlemagne fut renouvelée, ou du moins suivie sous François 1 er . Les remparts de Narbonne , bâtis sous son règne, étaient formés en grande partie de pierres sculptées appartenant à des statues ou à des édifices romains.
(2) Job. Vila hominis mililia super tcrram. VII. 1.
(3) Nilimur in veliïum semper cupinuis que negala. Ovide, Ain. III. 17.
les armes en Italie, pour la défense du Saint-Siège. Il voulait dans le monde , deux grandes figures ; le Pape et l'empereur , deux puissances devant lesquelles pendant la longue période de reconstitution sociale, tout s'inclinât, dans Tordre moral et dans Tordre politique : la Papauté et la France.
Par une restitution des biens enlevés au Saint-Siège, par Tacceptation de la couronne impériale des mains du souverain pontife , il prouvait à Tempire dont il était le chef , que l'indépendance temporelle de la papauté était une nécessité pour la société chrétienne, et que tout pouvoir a une origine supérieure à la naissance, au choix populaire ou au hasard d'une ambition heureuse.
Ce grand roi d'un grand peuple, que l'imagination
du moyen-âge a vu sur le Rhin, embrassant l'Allemagne
et la France, pour combiner leurs vertus et accroître
leurs forces, a eu la gloire d'être l'instrument du plus
vaste dessein de Dieu sur les sociétés humaines. Il
nous donna un noble exemple, et nous créa d'immenses devoirs. La France dès ce moment peut être appelée
le soldat de Dieu. Sa voie était tracée, et lorsque TEm-
pereur fut couché dans sa tombe, il resta par sa gloire
et par ses institutions, la force qui soutint au milieu
des plus cruelles épreuves , sa race immédiatement
dégénérée.
Par lui, le mouvement vers l'unité s'accéléra , les
éléments se rapprochèrent pour se féconder , la culture
romaine devenant civilisation, par l'influence chrétienne,
reçut une force inconnue ; la langue, le témoin le plus
indiscutable de l'état d'un peuple, et le signe le plus
éclatant de sa vie, se dégagea, et la France devint une nation.
Les conséquences de ce grand règne et l'influence de ce puissant génie , nç se montrèrent pleinement qu'à l'avènement de la troisième race. La France a son
nom , l'hérédité est établie, et la division faite par le
traité de Verdun, en 843, est définitive. Qu'importe que la puissance soit faible , le domaine royal peu étendu , l'autorité limitée par les prétentions ou les droits de la féodalité ! Dès qu'une chose a un nom , ses destinées ont commencé.
La royauté française est sortie d'un long et laborieux enfantement. Expression vivante et nécessaire des aspirations et des besoins de la nation, elle est chargée de la défense de ses intérêts , elle est dépositaire de ses destinées. Il lui appartient de tracer la carte de France , et de faire de ce peuple , le premier peuple du monde.
La première race avait vu la lutte des vainqueurs et des vaincus; la seconde s'efforça d'infuser dans les veines de la barbarie , un sang vivifié par les croyances chrétiennes ; la troisième réalisa cette fusion désirée par le grand empereur et retardée par ses successeurs impuissants. Elle eut pour mot d'ordre et pour but : l'unité. Son mérite devant l'histoire est d'y avoir été fidèle, malgré des faiblesses, des malheurs et des crimes.
Ce travail de fusion intérieure et d'influence au dehors marche rapidement. La constitution se forme, non pas de dessein arrêté, mais par la lente et sûre élaboration du temps. Elle n'est pas plus écrite que
la loisalique, dont la première mention, peu authentique encore , remonte au règne de Dagobert , bien qu'on la dise formulée peu de temps après le baptême de Clovis. (1) Mais elle a un sanctuaire plus sûr et plus inviolable qu'un acte , de quelque nom qu'on la désigne et de quelque solennité qu'on l'entoure. Elle est , suivant une heureuse et toute patriotique expression , a escrite ès-cœurs des Français. » (2)
Cette constitution , les cœurs la garderont pendant des siècles , les lois en découleront , comme les ruisseaux de leur source, les mœurs qui l'ont formée s'y retremperont; elle sera la gardienne des droits et le code des devoirs ; elle laissera au roi la dignité de sa magistrature, la liberté de son action et de son initiative; elle reconnaîtra aux seigneurs des droits dont ils ne feront p;s toujours un bon usage et leur imposera une subordination qu'ils essayeront de briser, mais que maintiendra une politique traditionnelle , tour à tour souple et forte , ambitieuse et modérée ; elle favorisera la formation des associations communales, qu'elle fera mouvoir dans un cercle où elles serviront l'autorité royale. Fidèle, dans le Midi, à la tradition romaine , qui respectait l'autonomie de chaque ville , elle secondera, dans le Nord, une libre expansion des libertés locales, et, en contenant l'ambition de la féodalité, elle réalisera l'accord de la diversité avec l'unité.
Le malheur qui retrempe les caractères , et les catas-
(1) Pasqcier, (Recherches, iiv. n , en. li) après avoir exposé les opinions les plus singulières sur son nom et son origine, la croit venue île la Germanie.
(2; Jérôme J3igxox. De l'Excellence des liois de France.
tvophes qui relèvent ce qui est fort , n'ont pas manqué aux peuples et aux rois. Ils y ont tous puisé une grandeur féconde. Ils ont appris à ne pas se contenter de ce qui passe , et à rechercher ce qui dure. Les solutions hâtives lui ont paru dangereuses , et ils ont regardé devant eux , songeant à leurs successeurs autant qu'à eux-mêmes. Ils ont compté sur le temps ; et si le poète a pu dire :
Le temps respecte peu ce que Ton fait sans lui , (1)
le temps ne leur a pas manqué. C'est la condition de toute conquête morale et matérielle. C'est la condition de la grandeur de la France.
(I) Lemierre. La peinture.