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HSTOIRE ET DÉFINITION DES DOCUMENTS APOSTOLIQUES

Les mesures prescrites par le pape Léon XIII, à diverses époques de son glorieux pontificat, pour faciliter les travaux historiques, ont naturellement donné une impulsion nouvelle aux recherches et aux publications plus particulièrement destinées à la mise en œuvre des documents apostoliques. Déjà, depuis l'apparition des ouvrages de Jaffé * et de Pothast *, Tétude de la diplomatique pontificale avait pris un développement considérable. C'est aujourd'hui, on peut le dire, une* des branches les pins heureusement explorées de l'histoire générale des documents et des institutions du moyen âge. Nous n'avons pas besoin de justifier ici un semblable mouvement historique. Nous ne pouvons que nous en féliciter, et souhaiter que les érudits continuent à le seconder dans tous les pays. L'Église n'a qu'à gagner gloire et honneur à ce louable effort de la science moderne, qui portera une lumière réparatrice dans l'histoire de son passé, si souvent dénaturé. Un cr^ique éminent, et non suspect, M. Pertz, l'a dit depuis longtemps : la publication des Lettres des Papes est la plus.belle histoire qu'on puisse faire de la Papauté. Avant lui, M. de Maistre avait dit : « Les Papes ont a besoin de la vérité, et n'ont besoin que d'elle. »

^Regesta Pontificum rom. ad an. post Christ; natum ii98^ éd. Ph, Jaffé,

Berlin, 1851. 1 vol. in-4». Le piemier volume d'une seconde édition, dirigée

par M. Wattenbach, vient de paraître à Berlin, 1885, in-4°. 11 s'arrête â,1138,

: * Uegesta Pontificum roman* inde.ab a. post Christ um. nat, ii98 usque

dd a. 1304 s edidit Aug. Potthast. Berlin, 1874, 1875, 2 vol. in 4o.

4 LES ÉLÉiMENTS DE LA DIPLOMATIQUE -PONTIFICALE.

Le savant illustre que la confiance de Léon XIII a placé à la tête des archives du Saint-Siège, S. E. Mgr le cardinal Hergenroether, a Voulu encourager d'une façon spéciale, par des faveurs exceptionnelles et par sa propre collaboration, l'œuvre particulière dont le résultat doit doter le monde savant d'un Répertoire général des documents publics émanés des papes, en prenant pour base principale des publications lesRegistres pontificaux conservés au Vatican. Un premier volume analytique dès lettres de Léon X, pontificat désigné par le saint père lui-même au cardinal Hergenroether, a paru par les soins de Son.Étainence, en 1884*.

Plus récemment le R. P. Tosti, abbé du Mont Gassin, et sousarchiviste du Vatican, aidé de ses pieux collaborateurs, a donné le premier volume dès lettres de Clément V *. En même temps que r.on poursuit l'impression de ces deux recueils, on prépare au Vatican une plus complète édition du Répertoire d'Honorius III dont M. l'abbé Pressuti avait donné une ébauche ^, et on prend les dispositions pour la publication ultérieure des actes de divers pontificats, que le cardinal Hergenroether a réservés à ses auxiliaires immédiats. •

Notre école de Rome, si dignement dirigée par MM. Geffroy et Le Blant, s'jest fait une large part dans la grande et magnifique entreprise.

M. Élie Berger a donné le premier volume des lettres d'Inno- .cent IV de. 1243 à 1248 * ;* deux autres volumes, dont plusieurs fascicules ont déjà paru, termineront cette belle publication, que complètent d'amples et savants prolégomènes. M. Grandjean a

1 Leonis X, pont. max. Regesta^ gloriosis auspiciis Leonis D. P. papœ XIIL féliciter regnantis, e tabularii vaticani manuscriptis vglùminibas aliisque monument i s, adjuvantibt^ tum eidem archi'vo addictis tum aliis ertuiittsmriSy collegit et e^idit. Jos. S. R. E. Cardinalis Hergenroether, S. apost, sedis arckivista. Fribour^ en Brisgaw, 1884-1885, gr. in-8^'.

* 'Regestum démentis papae V ex Vaticanis archetypis sanctis. D. n. Leonis Kl 11 pont, m^aximijussu et munificerUia nunc primum editum cura et studio monachorum ord. S» Benedicti. Rome, impr. du Vatican, 1885, in -fol.

3 / Regesti del pontefice Onorio ///, dall anno 1216 air anno 1227^ compilait sut codici deir archivi/j Vaticano, ed altre fonii storiche, per lab. Pietro Pressuti. Rome, Befani. Via Celsi, 2 vol. in-S^.

* Lçs Registres d^ Innocent IV publiés ou analysés d'après les Mss. origi-fiaux du Vatican et de ta Bibl. nat,, par Elle Berger, 1. 1. Paris, Thorin,

publié l'analyse des lettres de Benoît XI ^•. MM. Thomas et Faucon, celle de Boniface VIII *. MM. Digard, Langlois, Prou et Auvray se sont chargés des lettres de Clément IV, de Nicolas IV, et de quelques autres pontificats des xm^ et xiv® siècle3. Ils n*ont qu'à suivre les modèles déjà publiés.

Nous voudrions que le haut moyen âge ne tardât pas à avoir son tour. Nous souhaitons qu'un jour vienne où l'on recherchera au Vatican et ailleurs, mais par ses ordres, les meilleurs textes des Lettres apostoliques des siècles précédents, afin de les livrer à une définitive publicité,en reprenant et complétant ainsi l'œuvre si malheureusement interrompue de D. Constant et des Ballerini. LesJettres apostoliques du x« au xii* siècle ont un intérêt historique non moindre que les premières, et pour les études particulières de laDiplomatique,elles sont d'une incomparable valeur.

Le sage désir de ne pas reculer à une époque trop éloignée les publications projetées a fait commencer par les documents du xiii® siècle, parce que ce sont les premiers dont les transcriptions soient conservées d'une manière suivie aux Archives pontificales. A part un regi^re de Jean VIII (872-882) et un volume de Gi'égoire VII (1073-1085), le Vatican ne possède plus rien en effet de ces vieux et précieux registres de chancellerie que l'on sait avoir été conservés dans les archives apostoliques dès les ive* et v« siècles.

Sans attendre que les magnifiques publications dont nous venons de parler soient plus avancées, et à l'occasion même de ces publications, auxquelles vient de se joindre tout récemment un beau volume du cardinal Pitra ^, nous voudrions donner 'aux lecteurs de la Revtœ une idée générale,mais un peu précise, des règles qui 4ont été suivie?? dans les différents siècles pour rédiger et dénommer les documents qu'elles renferment. La connaissance de ces règles n*est autre chose que la Diploma-

* Le Registre de Benoit XI, recueil des bulles de ce pape publiées ou analysées d'après le ms. original des archives du Vatican, par Ch. Grand* Jean, Paris, 1884-1885, 3 fasc. ia-4o. Les tables et les prolég. manquent.

* Deux fascicules, 1884-1885.

^ Le premier volume de la nouvelle série du Spicilège de Solesmes que M. le cardinal Pitra vient de publier porte ce titre : Analeda'novissimaSpi' alegii SolesmensiSy t. I. De epistolis et registris romanorum potitif. disse» ruit, J. B. card. Pitra, ep» Port, s. r. e. bibUGthecarius.(ï*Hna, Rome, 1885). Il est tout entier consacré aux sources et aux principes de la diplomatique pontificale.

lique^ et forme ce que l'on peut appeler, sans trop d'ambition, la meilleure partie de la critique des textes.

J'emprunte mes principales informations à l'immense et inappréciable répertoire de notions et d'observations consignées dans le Nouveau traité de diplomatique des Bénédictins. C'est un devoir pour moi de le déclarer, en rendant hommage à ces maîtres vénères. Mais je ne veux pas négliger d'introduire dans leur œuvre capitale les résultats acquis par les travaux modernes» qui la modifient sur quelques points très importants. Je ne suivrai d'ailleurs dans cet exposé sommaire ni le plan ni la méthode du Nouveau Traité, Les distinctions y sont trop multipliées ; les explications, j'ose le dire, manquent quelquefois de précision et de clarté ; les subdivisions par siècle.ne sont pas J4istifîées, car les pratiques diplomatiques ne changeaient pas avec le millésime séculaire.

Il me semble qu'il y aurait quelque avantage à répartir ainsi l'ensemble de tout ce que comporte l'étude des documents apostoliques des diverses époques. On pourrait donner d'abord, dans une revue générale, l'historique et la définition comparative des actes divers émanés des papes comme chefs de la foi et de rÉglise,depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. On réserverait pour une seconde partie l'exposé des usages techniques suivis pour la rédaction même de ces actes au point de vue du style, des formules, de la date et du sceau ; sauf à voir ultérieurement ce que l'on sait de leur enregistrement et de leur promulgation. C'est l'ordre que je suivrai dans l'étude dont je donne aujourd'hui la première partie.

Il va sans dire que je n'ai pas à m'occuper ici dé la doctrine ni* des faits constatés par les documents apostoliques. Mon but est uniquement de montrer comment ces documents ont été dénommés et libellés dans lesdifférents siècles; c'est de faire en quelque Sorte, sous une forme abrégée, Thistorique du protocole apostolique, ou de ce que l'École appelle les éléments intrinsèques des documents. L'entreprise est délicate,surtout pour les six ou sept premiers siècles. Les documents de ces temps ne nous sont pas parvenus en original. Les copies qu'on en possède ont été trouvées dans des recueils d'époques bien postérieures à celles de de la confection première de la pièce. Quelque soin qu'aient apporté les collecteurs à leur transcription, ils n'ont vraisemblablement pas reproduit la rédaction primitive dans son intégrité

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aiïsolue, telle qu'elle est désirable pour les études diplomi^ tiques, études auxquelles ils étaient bien loin de songer. Préoccupés surtout de questions de doctrine et de juridiction, ou'de questions domaniales, Içs auteurs des recueils de décrétales plus encore que les copistes des cartulaires ont dû abréger ou sup* primer les formules du commencement et de la an des actes, qui sont précisément les parties les plus caractéristiques du libellé diplomatique dans les différentes époques. Il est peu probable en outre que les papes des premiers siècles ou leurs secrétaires, saint Jérôme lui-môme, qui fut secrétçiire de saint Damase, s'astreignissent, comme il fufplus tard d'usage, à suivre des modèles bien arrêtés et spéciaux pour chaque sorte de lettres.

La distinction par siècle ne correspondant pas d'une manière précise à des circonstances diplomatiques, je crois préférable dégrouper l'ensemble des documents apostoliques en trois périodes dont les limites sont réellement marquées par des Modifications du Formulaire pontifical.

I-A première période me semble pouvoir s'étendre jusqu'au VHP siècle et s'arrêter à l'époque des changements que le pape Adrien V^ apporta au cadre de ses lettres vers l'an 781. La seconde période comprend toute la grande époque du moyen âge, l'âge des Bulles, qui a- duré six siècles et demi environ, depuis les réformes d'Adrien l^^ jusqu'à la création des Brefs, sous Eugène IV, au milieu du xv® siècle. La troisième période commencerait précisément au pontificat d'Eugène IV, élu en 1431, et s'étendrait jusqu'aux temps modernes.

A chacune de ces époques* appartiennent des documents qui se distinguent de ceux des autres- divisions par leurs noms et plus encore par la manière dont ils ont été datés et promulgués,

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