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PREMIÈRE EPOQUE

DES PREMIERS SIÈCLES JUSQU'AUX RÉFORMES d'ADRIEN I*" EN 781. LETTRES OU ÉPITRES. DÉCRETS. DÉCRÉTALES. RESCRITS.

Les documents émanés des papes des trois ou quatre premiers siècles et d'une authenticité inconte3tée, sont généralement des

<^is, des ordres pu des instructions donnés sous forme de lettres. Le texte même des documents les qualifie Littéral, Epistoloy Pagina^ Scriptum, quelquefois Decretum, Les mots de Privilège^ Précepte ^ Autorité n'apparaissent qu'après le cinquième siècle.

Les savants et les canonistes qui se sont occupé des documents apostoliques, soit au point de vue de la forme, soit au point de vue de la doctrine intime, n'ont pas cherché s'il était possible de préciser rigoureusement le sens de ces différents termes, et de signaler lesmoyens.de les distinguer diplomatiquement. Il leur a paru que tous les documents de ces temps dont nous croyons pouvoir former une première période, rentraient dans l'une des catégories suivantes : les Lettres, les Décrets, les Décrétales et les Rescrits.

Quant au nom de Constitution^ il a toujours eu un sens assez général et assez indéterminé pour être donné à tous les documents publics émanés des papes,, même aux simples lettres, qui toutes ont eu dès l'originç une autorité souveraine et indiscutable, tant en Occident qu'en Orient. Mais le terme même de Constitution n'appartient pas au style officiel de la première période et ne se trouve employé que dans les temps postérieurs.

On désigne généralement sous le nom de Lettres ou Êpitres les actes ordinaires de la correspondance des papes avec les personnes de tous les rangs et de tous les ordres, prêtres, abbés, évêques, rois, empereurs, simples clercs ou simples laïques. Quelques lettres ont reçu des dértominations particulières en raison de leur origine ou de leur destination. Celles que l'on nommait dès les temps anciens Lettres synodiques avaient été délibérées et arrêtées par le pape dans un conseil épiscopal ou synode. Il est probable que les papes de ces premiers siècles, durant lesquels il y avait Incore dans la société beaucoup de païens et de gens d'une religion douteuse, eurent à déhvrer aussi plusieurs fois des Lettres formées. On appelait ainsi les certificats ou Exeat émanés des évêques, dont chaque clerc, obligé de voyager, devait se munir, pour justifier de sa position et de sa qualité.

On a appelé plus particulièrement Décrets les lettres promulguant des décisions prises par le pape spontanément, d'autorité ou, pourrait-on dire, motu proprio. Mais il feut bien remarquer

que ces derniers mots n'ont servi à désigner certains actes de l'initiative pontificale quau xv® siècle, sous Innocent VIII.

Les Décrétales sont les décisions rendues par les papes en réponse aux questions qui leur étaient soumises des différentes parties du monde chrétien sur des points de discipline ou d'administration ecclésiastique. Elles sont devenues une des premières sources et l'une des principales bases du droit canotiique. Les plus anciennes auxquelles on puisse ajouter foi sont celles de saint Sirice, élu pape en 384.

Au IX* siècle, un inconnu, peut-être Loup de Ferrières, caché sous le pseudonyme d'Isidore Mercator, composa un recueil de décrétales qu'il attribua aux anciens papes antérieurs et postérieurs à saint Sirice, pour leur doftner plus d'autorité. Un illustre prélat et un moine obscur, Hincmar, archevêque de Reims et Hériger, religieux à Lobbes, ont signalé l'origine illégitime des fausses Décrétales ^ Leurs critiques, qui étaient des observations théoriques ou historiques bien plus que des protestations, se sont perdues dans l'immense adhésion du monde catholique qui les accepta comme authentiques (Fleury l'a reconnu), parce qu'elles répondaient à ses désirs, à ses besoins et à sa situation. Gratien n'hésita pas à les admettre comme vraies dans son Décret. Les fausses décrétales, en effet, constatent le droit public existant et accepté par l'Église entière au ix® siècle; tant l'Eglise, depuis des siècles, avait senti la nécessité d'accroître et de fortifier 'les droits de son chef, qui seul, pouvait résister aux excès du désordre et du pouvoir féodal. *

Postérieurement au ix® siè ",1e , les papes n'ont cessé de rendre des Décrétales et des Décrets. Ils ont usé surtout de cette voie de notification depuis le milieu du xi« siècle, et ils en ont étendu successivement l'objet à toutes les matières ecclésiastiques. On connaît les collections célèbres formées par la réunion de ces décrétales- avec celles de Grégoire IX, mort en 1241, puis avec celles de Boniface VIII, mort en 1303 et enfin celles de Clément V et de Jean XXII. Les décrétales émanées de ces deux derniers pontifes sont nommées les unes les Clémentines, du nom du pape, les autres les Extravagantes, parce qu'elles se trouvent en dehors des anciennes collections.

* JVotto. traité de diplom,, t. IV, p. 614, n.

Le Rescrity qualifié ordinairement dans Je texte original Preceptum, Auctoritas, Privilégium et jamais Rescriptum, est une constitution apostolique comme le Décret et la Décrétale. Il est donné généralement à la suite d'une requête adressée au pape ; et son objet est précisément de concéder à l'impétrant la faveur sollicitée. On peut classer parmi les Rescrits les Lettres des papes Etienne II et Adrien I^* des années 757 et 786 * confirmant, à la demande des abbés de Saint-Denis, diverses faveurs accordées à leur monastère par Landry, évéque de Paris, pour faciliter l'administï'ation de ses domaines et notamment le droit d'avoir un évoque particulier, ou un chorévêque,résidant à Saint-Denis, exempt de la juridiction de l'évêquè de Paris et par conséquent ne relevant que du pape. .

Je n'insiste pas sur cette circonstance relative à Saint-Denis, qui n'est ici qu'un accessoire, mais je dois rappeler que les souverains pontifes ont accordé souvent.au moyen âge à de grands monastères la faveur d'être ainsi distraits, pour toutes leurs affaires, de la juridiction de l'ordinaire et placé sous ladministration directe du Saint Siège. C'est ce que l'on appelait proprement VExemption ecclésiastique, si fréquente au moyen âge. Les Bénédictins pensent qu'on pourrait retrouver les premiers privilèges de cette nature jusque dans les actes du pape Rormisdas, élu en 514.

. Malgré la rareté des actes authentiques de ces premiers siècles, malgré l'altération inconsciente qu'ont pu leur faire subir les copistes, il est encore possible d'en retrouver les traits généraux, et d'esquisser au moins les éléments de la diplomatique de cette époque.

* D. Bouquet, t. V, pp. 592, 596 ; Ad. Tardif, Mon. htsi., p. 65; Jaffé, nouv. éd., pp. 276, 300-301. Le Rescrit de 757 publié par Mabillon avec son sceau {ActaSS. ord. Bened sec. III, 2« part., p. 338), est suspecté en raison même de son sceau. (Jaflfé, p. 257 ; Rev. desguest. hïst, 1883, p. 614). La légende étant gravée en cercle paraît appartenir plutôt à un sceau d'Etienne lll ou d'Etienne IV que d*Etienne IL Mais le rescrit de 786 qui confirme celui de 757, semble inattaquable, et Ton en possède aux Archives un vidimus authentique de 1260. L. 253, n. 281, Bis. 11 est d'ailleurs question de l'évéque de Saint-Dénis, dans plusieurs diplômes royaux. Saint

LES ÉLÉMENTS DE LA DIPLOiMÂTlQUE PONTIFICA.LE. 11

Le caractère commun des anciens documents apostoliques est la simplicité, la clarté, la concision de la phrase, alors même que kl pièce dans sa totalité prend une ^ssez grande étendue. On a néanmoins reconnu déjà dans quelques lettres de la fin du iv* siècle une certaine recherche des assonnances cadencées, recherche qui, développée plus tard, produisit ce que l'on a appelé le CursîM, où le Rythme prosaïque, en si grande faveur dans la chancelier ijB pontificale aux xi« et xuo-siècles ^

I^s papes des premiers siècles se nomment tantôt avant tantôt après la personne à qui leurs lettres sont adressées, sans qu'il y ait à cet égard de règle absolument arrêtée jusqu'au milieu du ix« siècle. Hormisdas inscrit ordinairement son nom le premier. Comme saint Léon le Grand, la plupart des papes du vie siècle suivent un usage contraire, notamment Jean II, Agapet P^ Silvère,Vigile,Pélage I®^ et Pelage II; de môme que saint Zacharie et Léon II aux siècles suivants. A partir du pontificat de Nicolas l^, qui occupa le saint siège de 858 à 862, les secrétaires romains prirent l'habitude de nommer le pape en premier dans tous les documents apostoliques. Dès la fin de son pontificat, ce fut une règle invariable de chancellerie.

Le plus souvent le pape n'a d'autre titre que celui d'Episcopus : Sixtus episcopus^ Léo episcopus. Quelquefois lé litre est : Episcopus cafAo/icx ecclesix, ou Episcopus Roman» ecciesim ; quelquefois, par une pratique qui n'a été reprise que dans les brefs du xve siècle, papa * : Sir ictus papa ^ Celestinuspapa. A la fin du vi® siècle, après le pontificat de saint Grégoire le Grand, le mot Episcopus est suivi très souvent du qualificatif Servus Servorum Deiy employé quelquefois avant saint Grégoire et choisi particu? lièrement par ce saint pontife, pour l'opposer au titre un peu fastueux d'évégue œcuménique, adopté par le patriarche de Con-

Martin de Tours, Lobbes en Belgique, Honnow en Alsace ont joui quelque temps de la même faveur. Voy. Mabillon, Acta Sanct. 3 ssec, t. IIl, p. xix. Episcopt monasteriorum, et Fleury, Hist, ecclés* xliv. 21.

L'acte de Paul 1er qui donna au roi Pépin, en 762, le monastère de Saint- Sylvestre au Mont Soracte peut encore être considéré comme un rescrit. D. Bouquet. V. 522.

* Voir à ce sujet le Mémoire de M. Noél Valois sur le Rythme des Bulles pontificales publié en 1881. Biblioth. de V Ecole des chartes, t. XLll. Les principes de ce beau travail seront rappelés dans la seconde partie des présentes études.

* Dès Tan 400, un corfbile de Tolède réservait à Tévêque de Rome seul 1© titre de Papa,

Rtantinople, Jean le Jeûneur. La formule du Servus Servorum Dei ne devint constante qu'au ix® siècle.

Les suscriptions sont. rarement suivies d'un salut avant le pontificat d'Adéodat,élu en 672,qui employa souvent la salutation : Salutem a Deo et benedictionem nostram. Avant lui saint Jules 1®^ saint Silvère et saint Damase, au milieu du iv® siècle, avaient cependant terminé leurs suscriptions par ces mots : in Domino salutem, ou in Domino xternam salutem. Après Adéodat, les salutations initiales manquent souvent. Il faut soigneusement contrôler l'authenticité des actes des vii«, viii« et ix« siècles dans la suscription desquels figurent les mots : Salutem et apostolicam benedictionem. Cette forme de la salutation apostolique, que les Bénédictins croyaient remonter au vii« siècle ^ en se fondant sur les bulles de saint Bénigne de Dijon, dont la fausseté a été bien établie de nos jours* est très rare avant le x® siècle ; et il est certain qu'elle n'est devenue de style réglementaire qu'au xi« siècle.

Les papes des premiers temps emploient dans leurs lettres tantôt le pluriel, tantôt le singulier. Encore à la fin du vie siècle, ils parlent souvent au pluriel en s'adressant aux patriarches et aux évêques des grands sièges ; dès le ve siècle , ils usent quelquefois du pluriel à Tégard des princes laïques. Vers le milieu du xi» siècle, l'emploi du pluriel devient très rare dans leurs lettres, et il en est absolument banni dès le milieu du xiie siècle, au pontificat d'Eugène III (1145-1153), tant à l'égard des ecclésiastiques que des princes séculiers les plus élevés en dignité. Les derniers documents où l'on trouve quelques vestiges du pluriel sont deux lettres d'Eugène III à Suger. Mais en s'adressant au pape, il était absolument de convenance et de style, dès la fin du iv^ siècle, de lui dire Vous. Une lettre de Léonce, évêque d'Arles, au pape saint Hilaire de l'an 462, est grandement suspectée parce que l'évoque se permet d*y tutoyer le Souverain pontife,

. Si la salutation initiale manque souvent à la suscription des actes pontificaux de cette période, ui> salut s'y trouve très fréquemment à la fin. Il est placé avant la date et souvent exprimé par l'une de ces formules : Deus te incolumen cuslodiat ou Benevale frater carissime. Saint Jules (337-352) termine ainsi

* Nouv. trait, de diplom.^ t. V, p. 148.

* M. Delisle, Les Bulles sur papyrus de P abbaye de Saint-Bénigne conservées à AsOurnàam-Place et à jD/;on,dan8 les Mélanges de paléographie. Paris, 1880. p. 37.

plusieurs de ses lettres adressées à des évoques : Opto te frater carissime * semper benevalere,

Oa a constaté que la salutation finale du pape reste quelquefois au singulier, alors même que dans le contexte de la lettre, le pontife emploie le pluriel. Gela tient à ce que certaines lettres apostoliques, bien qu'expédiées nominativement à un seul évéque, s'adressaient en réalité et collectivement à plusieurs de ses collègues, ou aux prêtres de son clergé et même .à ses ouailles. Pour un prince,la salutation finale est plutôt conçue ainsi: Incolumen Excellentiam tuant^ ou vestram^ gratia superna cu^ stodiat. Une formule plus ample est employée quelquefois pour les empereurs.

Plus habituellement, à la place de ces diverses salutations, la pièce se terminé par le seul mot Benevalete, écrit en toutes lettres.

Cette forme si connue et si fréquente de la salutation apostolique, se trouve dès le iv« siècle ;,elle est presque constante «lu vu® et au VIII® siècle. Au x^ siècle seulement *, on commence à l'abréger ; et peu à peu on réduit le mot Benavalete à la forme monogrammatique qu'il rççut définitivement sous Léon IX, au milieu du xie siècle, et qu'il conserva depuis dans les grandes Bulles. Avant l'époque de sa transformation en monogramme, qui est celle où la distinction des grandes et des petites Bulles devient plus facile, le mot Benevalete, de même que les autres formules de salutation, tiennent lieu de la souscription manuelle et forment en quelque sorte la signature du pape.

A part quelques décisions conciliaires et quelques privilèges ecclésiastiques qui ont pu être confirmés dans le sein d'un concile par la souscription nominative.des pères de l'assemblée et du pape leur président, les papes des premiers .siècles n'ont point mis leur nom au bas de leurs lettres ou de leurs décrets. Le mot Benevalete remplaçait la signature. La souscription par le nom même du souverain pontife n'apparaît au bas des pièces apostoliques que dans la seconde époque, sous le régime des grandes et des petites Bulles, et elle ne figure alors comme nous le verrons que dans les grandes Bulles.

Il faut donner toujours une attention particulière à ce qui con-

* Dès la fin du vie siècle les Papes appellent les évêques vénérable frère ^ terme resté depuis lors presque invanaole.

«iVoMU, traité, t. V, p. 194, 200 et 222.

cerne la date. Les décrétales de saint Sîrice (384-398)sont les premières lettres apostoliques où Ton trouve quelques mentions chronologiques. Elles consistent dans le nom des consuls romains en exercice,avec Tindication du jour, d'après l'usage antique des calendes, nones et ides. On s'est demandé ai l'absence de notes chronologiques dans les lettres de ses prédécesseurs et danscelles d'un grand nombre de ses successeurs provenait d'un usage systématique des rédacteurs pontificaux, ou simplement du fait des copistes et des compilateurs, qui nous ont conservé cirs documents en négligeant presque toujours les dates. Les meilleurs critiques considèrent cette dernière raison comme la vraie.

Nous devons le répéter, la plus grande partie des documents apostoliquQs des six premiers siècles nous sont parvenus dans les collections de décrétales dont les auteurs, se proposant de réunir des textes relatifs aux questions de discipline et de droit ecclésiastique, et non des textes diplomatiques, ont pu très souveilt abréger ou supprimer de» dates et des formules de chancellerie tout à fait inutiles à leurs yeux pour établir des questions de doctrine.

Brève et sommaire comme l'ensemble de la rédaction, la date antique consista, quand cessèrent les consuls, dans la mention de l'année des empereurs d'Orient et plus tard dans la mention des années du règne des rois francs, devenus les défenseurs en même temps que les fidèles serviteurs du saint-siège. Vers la fin du VIII® siècle, les pratiques de la secrétairerie reçurent des modifications assez notables, qui portèrent principalement sur la date. Adrien I«', résolu à se séparer des empereurs Byzantins qui négligeaient de plus en plus la sécurité de l'Occident, couronna le jeune fils de Charlemagne roi d'Italie, en 781, préparant ainsi à son père Taccès de la couronne impériale que Léon III devait déposer sur son front. C'est à cette même époque, qu'Adrien I^r change d'une façon très significative les règles de sa chancellerie. Il prend la première place dans la suscription de ses lettres, et ne déroge à cet usage qu'en' s'adressant aux souverains ; il supprime la mention des années du règne de ces princes et date ses lettres des années de son propre pontificat, que l'on peut considérer comme un règne depuis les donations de Pépin et de Charlemagne. On lui attribue en outre une décrétale qui aurait ordonné de sceller désormais en plomb toutes les lettres apostoliques ; et il est certain que depuis son

pontificat les actes apostoliques de toutes sortes furent ainsi authentiqués.

Enfin c'est à cette époque et sous le môme Adrien I®' que s'établit Tusage de la double date S dont on pourrait retrouver peut-être quelques exemples antérieurs, mais dont la pratique usuelle part de son pontificat pour durer près de trois siècles. La première date, ou la première phrase de la date, commençant par Scrtptum, donnait avec une première indication chronologique le nom du fonctionnaire rédacteur ou copiste de la pièce ; l'autre commençant par Data (plus tard Datum), désignait, avec une nouvelle date plus circonstanciée, le dignitaire qui délivrait la pièce après qu'elle avait reçu, par l'apposition du sceau, son dernier caractère d'authenficité.

Ces circonstances minimes en elles-mêmes, bien qu'elles touchent à des événements considérables de Thistoire et de la politique générale de l'Église, sont assez marquantes dans la diplomatique pure, pour nous permettre d'y. rattacher le com- ' mencement d'une période nouvelle dans les procédés et dans les actes de la chancellerie apostolique.

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